‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 2)Chapitre 181 sur 408 · DE LA VRAIE · texte numérisé non relu

DE LA VRAIE

ET

jyy. LA FAUSSE DÉVOTION.

RÈGLE FOTiDAMENTALE ET ESSENTIELLE DE LA VRAIE DÉVOTION.

Faire de son devoirson mérite par rapport à Dieu, son plaisir par rapport à soi-même, et son honneur par rapport au monde : voilà en quoi consiste la vraie vertu de l'homme, et la solide dévotion du chrétien.

I. Son mérite par rapport à Dieu : car ce que Dieu demande singulièrement de nous et par-dessus toute autre chose, c'est l'accomplissement de nos devoirs. Dès là que ce sont des devoirs, ils sont ordonnés de Dieu, ils sont de la volonté de Dieu ,

mais d'une volonté absolue, d'une volonté spéciale. Par conséquent c'est en les remplissant et en les observant que nous plaisons spécialement à Dieu ; et plus notre fidélité en cela est parfaite, plus nous devenons parfaits devant Dieu, et agréables aux yeux de Dieu.

Aussi est-ce par là que nous nous conformons aux desseins de sa sagesse dans le gouvernement du monde, et que nous secondons les vues de sa providence. Qu'est-ce qui fait subsister la société humaine, si ce n'est le bon ordre qui y règne? Et qu'est-ce qui établit ce bon ordre et qui le conserve si ce n'est lorsque chacun , selon son rang , sa profession , s'acquitte exactement de l'emploi où il est destiné, et des fonctions qui lui sont marquées? Et comme il y a autant de différence entre ces fonctions et ces emplois, qu'il y en a entre les rangs et les professions, il s'ensuit que les devoirs ne sont pas partout les mêmes , et que n'étant pas les mêmes partout , il y a une égale diversité dans la dévotion : tellement que la dévotion d'un roi n'est pas la dévotion d'un sujet, ni la dévotion d'un séculier la dévotion d'un religieux, ni la dévotion d'un laïque la dévotion d'un ecclésiastique : ainsi des autres.

Pour bien entendre ceci , il faut distinguer l'esprit de la dévotion et la pratique de la dévotion ; ou la dévotion dans l'esprit et le sentiment, et la dévotion dans l'exercice et la pratique. Dans le sentiment et dans l'esprit, c'est partout, et ce doit être la même dévotion, parce que c'est partout et que ce doit être le même désir d'honorer Dieu, d'obéir à Dieu, de vivre selon le gré et le bon plaisir de Dieu. Mais dans la pratique et l'exercice, la dévotion est aussi différente que les obligations et les ministères sont différents. Ce qui est donc dévotion dans l'un ne l'est pas dans l'autre : car ce qui est du devoir et du ministère de Tun , n'eist pas du devoir et du ministère de l'autre.

Règle excellente! juger de sa dévotion par son devoir, mesurer sa dévotion sur son devoir, établir sa dévotion dans son devoir. Règle sûre, règle générale et de toutes les conditions ; mais règle dont il n'est que trop ordinaire de s'écarter. Où voit-on en effet ce que j'appelle dévotion de devoir? Cette idée de devoir nous blesse, nous gène, nous rebute, nous paraît trop commune , et n'a rien qui nous flatte et qui nous pique. C'est néanmoins la véritable idée de la dévotion. Toute autre dévotion sans celle-là n'est qu'une dévotion imaginaire ; et celle-là seule , indépendamment de toutes les autres, peut nous faire acquérir les plus grands mérites et parvenir à la plus haute sainteté. Car on ne doit point croire que d'observer religieusement ses devoirs , et de s'y tenir înviolablement attaché dans sa condition, cq soit en soi peu de chose , et qu'on n'ait besoin pouf

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