SAINTS DESIRS D'UNE VIE PARFAITE
t du reste qu'il ne lui est pas défendu de ressenuœ secrète joie d'avoir toujours marché droit 18 la route qu'il a tenue , de ne s*étre pas écarté moment des règles les plus exactes de la probité Je la justice, et de n'être redevable de son éléion et de sa fortune , ni à la fraude, ni a l'intri- B. Au lieu qu'il en est autrement d'une âme basse servile, qui trahit son devoir pour satisfaire sa tsion. Si cet liomme prospère dans ses entreprii, au milieu de sa prospérité et jusque dans le 18 agréable sentiment de ce bonheur humain dont oait, il y a toujours un ver de la conscience qui ronge malgré lui , et un secret remords qui lui iroclie sa mauvaise foi et ses honteuses menées, lia c'est encore bien pis si ses desseins échouent , isqu'il a tout à la fois le désespoir, et de se voir ▼é du fruit de ses fourberies , et d'en porter le me dans le cœur, et d'en être responsable à la (tîce du ciel , quand même il peut échapper à la itîee des hommes.
III. Son honneur par rapport au monde. Car s'il ; de rhumilité chrétienne de fuir l'éclat, et de ne chercher jamais restitue des hommes par un senti- «it d'orgueil et par une vaine ostentation , le chri^nisme, après tout, ne condamne point un soin sonnable de notre réputation , sur ce qui regarde itégrité et la droiture dans la conduite. Or, ce qui us fait cette bonne réputation qu'il nous est pers jusqu'à certain point de ménager, c'est d'être l^ttlier dans Tobservation de nos devoirs. Le monde ;bien corrompu ; il est plein de gens sans foi , sans igion , sans raison , et |)our m'exprimer en des mes plus exprès , je veux dire que le monde est npli de fourbes, d'impies , de scélérats ; mais du {te« j'ose avancer qu'il n*y a personne dans le mde,ou presque personne, si dépourvu de sens si perdu de vie et de mœurs , qui n'estime au fond rame et ne respecte un homme qu'il sait être èle à son devoir, inflexible à Tégard de son devoir, igé en tout et déterminé par son devoir. Ce carao* « , malgré qu'on en ait , imprime de la vénération , Ton ne peut se défendre de l'honorer.
Ce n'est pas néanmoins qu'on ne s'élève quelques contre cette régularité et cette exactitude, and elle nous est contraire et qu'elle s'oppose à s prétentions et à nos vues. Il y a des conjonctu- I où Ton voudrait que cet homme ne fût point si jde observateur des règles qui lui sont prescrites, qu'en notre faveur il relâchât quelque chose de devoir si austère dont il refuse de se départir, t se plaint , on murmure , on s'emporte , on raille , traite de superstition ou d'obstination une telle 'érité; mais on a beau parler et déclamer, tous gens sages sont édifiés de cette résolution ferme courageuse. On en est édifié soi-même après que feu de la passion s'est ralenti , et que l'on est
revenu du trouble et de l'émotion où l'on était. Voilà un honnête homme , dit-on ; voilà un plus homme de bien que moi. On prend confiance en lui , on compte sur sa vertu , et c'est là ce qui accrédite la piété , parce que c'est là ce qui en fait la vérité et la sainteté. Au contraire, si c'était un homme capable de mollir quelquefois sur l'articledu devoir, et qu'il fût susceptible de certains égards au préjudice d'une fidélité inviolable, pour peu qu'on vint à s'en apercevoir, son crédit tomberait tout à coup, et l'on perdrait infiniment de l'estime qu'on avait . conçue de lui. En vain dans ses paroles tiendrait-il les discours les plus édifiants , en vain dans la pratique s'emploierait-il aux exercices de la plus haute perfection , on n'écouterait rien de tous ses discours, et toutes ses vertus deviendraient suspectes. Il ferait des miracles, qu'on mépriserait également et ses miracles et sa personne; car on reviendrait toujours à ce devoir dont il se serait écarté, et on jugerait par là de tout le reste.
Ce qu'il y a encore de plus remarquable, c'est qu'il ne faut souvent qu'une omission ou qu'une transgression assez légère en matière de devoir, pour décréditer ainsi un homme, quelque profession de vertu qu'il fasse et quelque témoignage qu'il en donne. Le monde est là-dessus d'une délicatesse extrême, et le monde même le plus libertin , tant la persuasion est générale et le sentiment unanime, que la base sur quoi doit porter une vraie dé- ( votion , c'est l'attachement à son devoir. Je ne veux ' pas dire que toute la piété consiste en cela , mais je dis qu'il ne peut y avoir de vraie piété sans cela , et que cela manquant, nous ne pouvons plus faire aucun fond sur notre prétendue dévotion. Puissent bien comprendre cette maxime, certaines âmes dévotes , ou réputées telles! Elles sont si curieuse^ de pratiques et de méthodes extraordinaires, et je ne blâme ni leurs méthodes, ni leurs pratiques; mais la grande pratique , la première et la grande méthode, est celle que je viens de leur tracer.
SAINTS DÉSIBS d' UNE AM£ QUI ASPIBB A UNB VIE PLUS PABFAITE, ET QUI VEUT S'AVANCBB DANS LES VOIES DE LA PI ETE.
Quand serai-je à vous, Seigneur, comme j'y puis être , comme j'y dois être , comme il m'importe souverainement d'y être ; puisque c'est de là que dépend mon vrai bonheur en ce monde, et sur cela que sont fondées toutes mes espérances dans l'éternité?
Il est vrai, mon Dieu, par votre miséricorde, que je tâche à me conserver dans votre grâce. J'ai horreur de certains vices. qui perdent tant d'âmes, et qui pourraient m'éloigner de vous. Je respecta votre loi , et j'en observe , à ce qu'il me semble , k s
points essentiels , ou je les veux observer. Que toute ïa gloire vous en soit rendue ; car c>st à vous seul qu'elle appartient , et si je ne vis pas dans les mêmes dérèglements et les mêmes désordres qu'une infinité d'autres , c'est ce que je dois compter parmi vos bienfaits, sans me Tattribuer à moi-même.
Mais, mon Dieu, d'en demeurer là, de borner là toute ma fidélité , de m'abstenir précisément de ces œuvres criminelles dont la seule raison et le seul sentiment de la nature me font connaître la difformité et la honte ; de n'avoir devant vous d'autre mérite que de ne me point élever contre vous, que de ne point commettre d'offense capable de me séparer de vous, que de ne vous point refuser un culte indispensablemént requis, ni une obéissance absolument nécessaire, est-ce là tout ce que vous attendez de moi ? Est-ce là . dis-je, souverain auteur de mon être, tout ce que vous avez droit d'attendre d'une âme uniquement créée pour vous aimer, pour vous servir et vous glorifier? Cet amour qui vous est dû par tant de titres , cet amour de tout le cœur, de tout l'esprit, de toutes les forces; ce service, cette gloire , se réduisent-ils à si peu de chose ?
Qu'ai-je donc à faire, Seigneur? Hélas ! je le vois assez; vous me le donnez assez à entendre dans le fond de mon cœur ; je me le dis assez à moi-même, et je me reproche assez là-dessus à certains temps mon peu de résolution et ma faiblesse : car ce ne sont pas les connaissances qui me manquent, ni même les bons désirs, mais le courage et l'exécution. Quoi qu'il en soit, ce qu'il y aurait à faire pour moi, ce serait de me détacher pleinement du monde, et de m'attacher désormais à vous uniquement et inviolablement ; ce serait de (ne conformer à ces âmes ferventes qu'une sainte ardeur porte à toutes les pratiques de piété que vous leur inspirez, et qui peuvent dans leur état leur convenir; ce serait, en renonçant aux vains amusements du monde , de m'adonner, selon ma condition et la disposition de mes affaires, à de bonnes œuvres, à la prière, à la considération de vos vérités éternelles, à la visite de vos autels , au fréquent usage de vos sacrements, au soin de vos pauvres , à tout ce qui s'appelle vie dévote et parfaite ; ce serait de vaincre sur cela ma lâcheté et mes répugnances, de prendre une fois sur cela mon parti , de me déterminer enfin sur cela à suivre l'attrait de votre divin esprit , qui depuis si longtemps me sollicite, mais à qui j'oppose ton* jours de nouvelles diflicultés et de nouveaux retardéments.
Hé quoi! Seigneur, faut-il tant de délibérations pour se ranger au nombre de vos serviteurs les plus fidèles; et , si je l'ose dire, au nombre de vos amis ? Tout ne m'y engage-t-il pas? N'êles-vous pas mon Dieu : c'est-à-dire n'êtes -vous pas le principe, le loutien, la (In de mon être? ne m'êtes-vous pas tout,