LNJUSÏICE DU MONDE A L'ÉGARD DE LA DÉVOTION
autant que je le puis votre saint nom , de rendre hommage à votre suprême pouvoir, d^user de retour envers vous et de reconnaître vos bontés infinies, de vous témoigner ma dépendance , mon zèle , mon amour. Voilà les motifs qui doivent me toucher, et que je dois me proposer. De tout le reste, je m*en remets aux soins paternels de votre providence : earelle ne me manquera pas; et m*a-t-elle manqué jusques à ce jour? m'a-t-elle manqué dans le cours même d'une vie tiède, négligente, d'une vie sans fruit et sans mérite, où vous n'avez point cessé de m'appeler et de me représenter mes devoirs ? Or il est temps de vous répondre, et ce serait une obstination bien indigne de résister encore à de si farorableS poursuites. Je me rends. Seigneur, je viens à vous, je me confie en votre secours tout-puissant; et comme c'est par vous que je commence , ou que je veux commencer l'ouvrage de ma sanctification , c'est par vous que je le consommerai.
Ah ! Seigneur, si ce n'était pas vous , par quel autre le pourrais-je ? Serait-ce par moi-même, lorsque dans moi je ne trouve que des obstacles? Toute la nature en est alarmée et y forme des oppositions au-dessus de mes forces, h moins qu'il ne vous plaise de me seconder. Une vie plus réglée , plus retirée , plos appliquée aux exercices intérieurs et toute contraire à mes anciennes habitudes, trouble mes passons, étonne mon amour-propre, ébranle mon cou- <*age, et me remplit d'idées tristes et déplaisantes. Grand Dieu! levez-vous; prenez ma défense : pre- 'itsz-la contre moi-même, quoique pour moi-même. C^est contre moi-même que vous la prendrez, en '^e défendant de ces ennemis domestiques qui sont ^és avec moi et dans moi , et qui conspirent à me détourner de la sainte résolution que j'ai formée; tiais ce sera en même temps pour moi-même, puisque ce sera pour le progrès de mon âme et pour v^on salut.
(.«JUSTICE DU MONDE DANS LE MEPBIS QU'iL FAIT DES PBATIQUES DE DÉVOTION.
A quoi bon tant de pratiques de dévotion et tant fie menues observances ? La piété ne consiste point en tout cela, mais dans le cœur. Ainsi parlent un liomme et une femme du monde qu'on voudrait engager à une vie plus religieuse et à certains exercices qu'on sait leur être très-convenables et trèssalutaires. Le principe qu'ils avancent est incontestable, savoir, que la piété consiste dans le cœur; mais sur ce principe, dont nous convenons également de part et d'autre , nous raisonnons du reste bien différemment. Car, disent-ils, pourquoi ne pas s'en tenir là, et qu'est-il nécessaire de s^assujettir h tous ces exercices et à toutes ces règles qu'on veut nous prescrire? Voilà ce qu*>i« MinAiiMnt • et moi ,
par un raisonnement tout opposé, voici ce que je leur réponds , et ce que je leur dis : 11 est vrai , c'est dans le cœur que la piété consiste ; mais dès. qu'elle est vraiment dans le cœur, elle porte , par une suite naturelle, à tout ce que je vous prescris; et dès qu'elle ne vous porte pas à tout ce que je vous prescris , c'est une marque évidente qu'elle n'est pas vraiment dans le cœur.
En effet, du moment qu'elle est dans le cœur, elle veut s'y conserver ; or c'est par toutes ces pratiques qu'elle s'y maintient. Du moment qu'elle est dans le cœur, elle y veut croître et augmenter ; or c'est par tous ces exercices qu'elle y fait sans cesse de nouveaux progrès. Du moment qu'elle est dans le cœur elle veut se produire au dehors et passer aux œuvres , et c'est selon toutes ces règles qu'elle doit agir. Du moment qu'elle est dans le cœur, elle veut glorifier Dieu , édifier le prochain , faire honneur à la religion, et c'est dans toutes ces observances qu'elle trouve la gloire de Dieu, l'honneur de la religion, l'édification du prochain. Enfin, du moment qu'elle est dans le cœur, elle veut acquérir des mérites et s'enrichir pour l'éternité, et tout ce qu'une sainte ferveur nous inspire , ce sont autant de fonds qui doivent profiter au centuple , et autant de gages d'une éternelle béatitude. Aussi l'Église, éclairée et conduite par l'esprit de Dieu , outre ce culte intérieur qu'elle nous recommande, et qu'elle suppose comme le principe et la base de toute vraie piété , a-t-elle cru devoir encore établir un culte extérieur où la dévotion des fidèles pût s'exercer et se nourrir. Voilà pourquoi elle a institué ses fêtes, ses cérémonies, ses assemblées , ses offices, ses prières publiques , ses abstinences , ses jeûnes : pratiques dont elle a tellement compris l'utilité et même la nécessité , que de plusieurs elle nous a fait des commandements exprès, en nous exhortant à ne pas négliger les autres , quoiqu'elle ait bien voulu ne les pas ordonner avec la même rigueur. Rien n'est donc plus conforme à l'esprit de l'Église, ni par conséquent au divin esprit qui la guide en tout, qu'une dévotion agissante, et appliquée sans relâche à de pieuses observances, ou qu'une longue tradition autorise, ou que le zèle suggère selon les temps et les conjonctures.
Le monde est merveilleux dans ses idées, et prend bien plaisir à se tromper : je dis même le monde le moins profane et en apparence le plus chrétien. On veut une dévotion solide, et en cela l'on a raison; mais cette dévotion solide, on voudrait la renfermer toute dans le cœur : pourquoi? parce qu'on voudrait être dévot , et ne se contraindre en rien , ni se faire aucune violence ; parce qu'on voudrait être dévot , et consommer inutilement les journées dans une molle oisiveté et dans une indolence paresseuse ; parce qu'on voudrait être dévot, et vivre en toutes
SIMPUQTÉ ÉVANGELIQUE DANS LA DÉVOTION.
choses selon son gré , et dans une entière liberté. Car ces exercices propres d'une vie spirituelle et dévote ont leurs difficultés et leur sujétion; il y en a qui mortifient la chair et qui soumettent les sens à des œuvres de pénitence dont ils ont un éloignement naturel; il y en a qui attachent Tesprit, qui rappliquent à d'utiles réfiexions , et l'empêchent de se distraire en de vaines pensées où il aime à se dissiper; d'autres captivent la volonté, répriment ses désirs trop vifs et trop précipités, et, tout indocile qu'elle est, la tiennent sous le joug et dans la dépendance ; d'autres règlent les actions de chaque jour, les fixent à des temps précis, et leur donnent un arrangement aussi invariable qu'il le peut être dans la situation présente. Chacun porte avec soi sa gêne , sa peine, son dégoût. Or voilà ce qui rebute, et à quoi l'on répugne.
Mais , dans le fond , qu'est-ce que toutes ces méthodes, que toutes ces pratiques? Ne sont-ce pas des minuties? Des minuties! mais ces prétendues oninuties plaisent à Dieu , et entretiennent dans une sainte union avec Dieu. Des minuties ! mais ces prétendues minuties, les plus habiles maîtres et les plus grands saints les ont regardées comme les remparts et les appuis de la piété. Des minuties! mais ce sont ces prétendues minuties qui font le bon ordre d'une vie et la bonne conduite d'une âme. Des minuties! msus c'est dans ces prétendues minuties que toutes les vertus, par des actes réitéré^s et réglés, s'accroissent et se perfectionnent. Des minuties! mais c'est à ces prétendues minuties que Dieu a promis son royaume, puisqu'il l'a promis pour un verre d'eau donné en son nom.
En vérité, les mondains ont bonne grâce de rejeter avec tant de mépris ce qu'ils appellent, en matière de dévotion, minuties et petitesses, lorsqu'on les voit eux-mêmes dans l'usage du monde descendre à tant d'autres petits soins et d'autres minuties, pour se rendre agréables à un prince , à un grand , à toutes les personnes qu'ils veulent gagner. Ils ont bonne grâce de traiter de bagatelles ce qui concerne le service de Dieu, lorsque les moindres choses leur paraissent importantes à l'égard d'un souverain , d'un roi de la terre, dont ils recherchent la faveur, et à qui ils font si assidûment la cour. Qu'ils en jugent comme il leur plaira : dès qu'il sera question du Dieu que j'adore et des hommages que je lui dois, je ne tiendrai rien au-dessous de moi; mais tout me deviendra respectable et vénérable. Ils riront de ma faiblesse, et j'aurai pitié de leur aveuglement.
SIMPLICITÉ ÉVANGELIQUE, PRÉFÉRABLE DANS LA DÉVOTION A TOUTES LES CONNAISSANCES HUBfAINES.
J'entends une bonne âme qui me parle de Dieu , et qui m'cxposo les sentiineots que Dieu lui donne
à la communion, à l'oraison , dans son travail et ses occupations ordinaires. Je suis surpris , en l'écou* tant, de la manière dont elle s'explique : quel fea anime ses paroles! quelle onction les accompagne! elle s'énonce avec une facilité que rien n'arrête; elle s'exprime en des termes qui , sans être étudiés ni affectés, me font concevoir les plus hautes idées de l'Être divin, des grandeurs de Dieu, des mystères de Dieu, de ses miséricordes, de ses jugements, des voies de sa providence, de sa conduite à l'égard des élus, de ses communications intérieures. J'admire tout cela, et je l'admire d'autant plus que la personne qui me tient ce langage si relevé et si sublime n'est quelquefois qu'une simple fille, qu'une domestique , qu'une villageoise. A quelle école s'estelle fait instruire? quels maîtres a-t-elle consultés? quels livres a-t-elle lus ? Et ne pourrais-je pas, avec toute la proportion convenable, lui appliquer ce qu'on disait de Jésus-Christ : Où cet homme a-i-U appris tout ce qu'il nous dit f n'est-ce pas le fis d'un artisan ? ( Matth. ,13.)
Ah! mon Dieu, il n'y a point eu pour cette âme d'autre maître que vous-même et que votre esprit; il n'y a point eu pour elle d'autre école que la prière où elle vous a ouvert son cœur avec simplicité et avec humilité; il ne lui a point fallu d'autres livres ni d'autres leçons qu'une vue amoureuse du crucifix, qu'une continuelle attention à votre présence, qu'une dévote fréquentation de vos sacrés mystères, qu'une pratique fidèle de ses devoirs, qu'une pleine conformité à toutes vos volontés, et qu'un désir sincère de les accomplir. Voila par où elle s'est formée; ou plutôt, voilà, mon Dieu, par où elle a mérité, autant qu'il est possible à la faiblesse humaine, que votre grâce la formât, l'éclairât, l'élevât.
Aussi est-ce à ces âmes simples comme la colombe, et humbles comme les enfants, à ces âmes pures, droites et ingénues, que Dieu communique avec plus d'abondance ses lumières. C'est avec elles qu'il aime à converser. 11 leur parle au cœur, et cette science du cœur , cette science de sentiment, cette science d'épreuve et d'expérience qu'il leur fait acquérir, est infiniment au-dessus de tout ce que peuvent nous découvrir toutes nos spéculations et toute notre théologie.
Que je m'adresse à quelqu'un de nos savants , et quejelefasseraisonncrsurceque nous appelons fie spirituelle, vie de l'âme, vie cachée en Jésus-Christ et en Dieu : que me dira-t-il ? peut-être avec toute son habileté le verrai-je tarir au bout de quelques paroles, et sera-t-il obligé de confesser que là-dessus il n'en sait pas davantage, ou, s'il veut s'étendre sur cette matière, il m'étalera de beaux principes et de belles maximes, mais dont je m'apercevrai bientôt qu'il n'a qu'une connaissance vague et superficielle. Dans ses raisonnements je pourrai n-