‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 2)Chapitre 189 sur 408 · ALLIANCE DE LA PIÉTÉ · texte numérisé non relu

ALLIANCE DE LA PIÉTÉ

née aux devoirs de la religion , qu'elle ne manque à aucun devoir du monde ; ennemie du libertinage , zélée pour le bon ordre , commençant par s'y soumettre elle-même, et donnant l'exemple à ceux qu'elle y veut réduire ou qu'elle travaille à y maintenir.

Supposons un grand en de telles dispositions, et agissant de telle sorte en toutes choses : est-W un homme plus respecté? du moins est-il un homme plus respectable? peut-on se défendre de l'estimer, de l'admirer, de l'aimer? Qu'il ait quelques ennemis secrets, qu'il ait des concurrents et des envieux, ses ennemis mêmes, ses envieux et ses concurrents seront forcés dans le cœur de lui rendre la justice qui lui est due. Quoi qu'il en soit, et quoi qu'ils en pensent , tout le public se déclarera en sa faveur ; et c'est à son égard que se vérifiera ce que le Saint- Esprit a dit en particulier d'un homme désintéressé : Quel est ceiui-là f nous le comblerons d'éloges ; car sa vie est un perpétuel miracle, ( Eccl, , 3t , v. 9.) Mais , dira-t-on , ne voit-on pas quelqufois de ces grands que la piété rend importants, difficiles, chagrins, bizarres, farouches, et par là même insupportables et méprisables? Erreur. Je dis erreur : non pas que je ne convienne de toutes leurs bizarreries et de tous les travers où ils donnent ; mais erreur, si l'on attribue tout cela à la piété. Car il faut bien distinguer ce qui vient d'eux-mêmes, et ce qui vient de la piété qu'ils professent. Une parfaite piété, bien loin de nous porter à tous ces écarts, nous en garantit ou nous en retire : et de là il faut conclure que le principe du mal , c'est qu'ils n'ont encore qu'une piété très-défectueuse. Autant qu'ils la perfectionneront, autant efle les perfectionnera eux-mêmes ; et plus elle les perfectionnera en corrigeant les défauts personnels qu'on leur reproche, en leur faisant acquérir les vertus contraires , plus elle donnera de lustre à leur grandeur et les rendra recommandables.

II. Comme la piété relève la grandeur, ou peut dire aussi que la grandeur, par un heureux retour, sert infiniment à relever la piété, et cela en plus d'une manière : parce que la grandeur met en crédit la piété , parce que la grandeur a plus de pouvoir pour bannir le vice , et que , par la force de ses exemples , elle engage plus de monde dans le parti de la piété; parce que la grandeur, par l'édification qu'elle donne, détruit le plus puissant obstacle que la piété ait à combattre, qui est le respect humain; parce que la grandeur fournit à la piété de plus importants sujets et des occasions plus éclatantes de s'exercer et de signaler sa religion et son zèle.

La grandeur met en crédit la piété, et la raison est, qu'étant prévenus naturellement, comme nous le sommes, d'un certain respect pour les grands, nous sommes par là naturellement portés à juger

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