ET DE LA GRANDEUR
des choses selon qu'ils en jugent, surtout si ce sont d'ailleurs de bonnes choses en elles-méraes , ou des choses au moins qui ne paraissent pas évidemment mauvaises. Ainsi, quand on voit pratiquer les exercices du christianisme à un grand ; quand on le voit fréquenter les sacrements, assister régalîèremeDt et dévotement au sacrifice de l'autel, sanctifier les fêtes par son assiduité aux prières et aux officej ordinaires de l'Église , observer les abstinences, les jednes , écouter la parole divine , ne manquer à rien de tout ce qui concerne le culte de Dieu , on n'en a que plus d'estime pour ces mêmes exercices. On ne les compte plus seulement pour des pratiques du peupleetd'un petit nombre d'âmes pieuses, mais on les regarde comme des devoirs convenables à tous les états et aux plus hauts rangs. Les païens, selon le témoignage de saint Cyprien , respectaient jusqu'aux vices même de leurs prétendues divinités, et il leur semblait que ces vices étaient consacrés dès que c'étaient les vices des dieux. De là nous devons juger à combien plus forte raison la vertu reçoit des grands un éclat particulier, et quel prix dans l'opinion commune y ajoute leur grandeur.
De ce premier avantage il en suit un autre : c'est que l'exemple des grands ayant autant d'efficace qu'il en a pour toucher les cœurs et pour les engager, il est par là même d'un secours infini à la piété pour s'établir et pour se répandre. Ce sont des modèles sur lesquels on se forme beaucoup plus volontiers que sur le reste des hommes. Ce sont des lumières , suivant la figure de l'Évangile, et des lumières , non point cachées sous le bi^ seauy mùis placées sur le chandelier, dont les rayons éclairent toute la maison (Matth., 5), et dont la splendeur frappe vivement les yeux. L'édification que donne un particulier est renfermée dans un p^ tit nombre de personnes qui le voient et qui sont témoins de ses actions : mais il n'en est pas de même d'un grand. Plus il est élevé, plus il est conon et remarqué : d'où il arrive que la bonne odeur éb sa piété s'étend bien plus loin, et que sa vie exemplaire devient bien plus édifiante. Édification ausâ efficace qu'elle est générale : car les exemples d'un homme au-dessus de nous sont contre nous les titres les plus convaincants et les plus pressants reprocbes, quand nous refusons de faire ce qu'il fait, et que nous ne voulons pas tenir la même conduite que luit ni nous assujettir aux mêmes observances. Motie cœur nous applique à nous-mêmes ce témoignage, et le tourne à notre confusion. Tous les prétextes dont nos passions tâchent de se prévaloir s'évanouissent, parce qu'on se trouve forcé de reoonnaftre que ce ne sont en effet que des prétextes et que défausses excuses. Onest intérieuremenlexcité, sollicité, attiré; et plusieurs enfin suivent Pattrait dont ils ressentent l'impression. Voilà i