‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 2)Chapitre 193 sur 408 · PENSÉES DIVERSES SUR LA DÉVOTION · texte numérisé non relu

PENSÉES DIVERSES SUR LA DÉVOTION

mission qu'elle demande, ou par rapport à la justice et aux obligations qu'elle impose , ou par rapport à la charité et à ses devoirs les plus indispensables : voilà ce que je ne puis approuver et ce que jamais nul homme comme moi n'approuvera. Mais les prières , les oraisons , les fréquentes comnmnions ne sont-elles pas bonnes? Oui, sans doute, elles le sont ; et c'est justement ce qui nous condamne , qu'étant si bonnes en elles-mêmes, elles ne nous rendent pas meilleurs.

Gardez toutes vos pratiques de dévotion , j^'y consens et je vous y exhorte même très-fortement; mais avant que d'être dévot , je veux que vous soyez chrétien. Du christianisme à la dévotion, c*est l'ordre naturel; mais le renversement et l'abus le plus monstrueux, c'est la dévotion sans le christianisme. Pour en donner un exemple , en matière d'inimitié, de vengeance, de médisance, si l'on n'y prend garde, on fait souvent par dévotion tout ce que les libertins et les plus mondains font par passion. Dans le cours d'une affaire ou dans la chaleur d'une dispute, on décrie des personnes, on les comble d'outrages, on les calomnie , et l'on croit rendre par là service à Dieu; si dans la suite il en vient quelque scrupule, on se contente, pour toute réparation, de dire dévotement : N'y pensons plus et n'en parions plus; je mets tout cela au pied du crucifix. Mais il y faudrait penser, mais il en faudrait parler, mais il y fooarait remédier; et ce serait là non-seulement la perfection, mais le fond du christianisme et la religion.

Vouloir accorder tout le luxe et tout le badioage du monde avec la dévotion , cela n'est pas sans exemple ; mais c'est l'aveuglement le plus déplorable. Hé ! ces parures peu modestes, ces manières si libres, si enjouées, si familières, les peut-on même accor* der avec la réputation?

Beaucoup de directeurs des consciences, mais peu de personnes^pii se laissent diriger. Ce n'est pas (|ne toutes les âmes dévotes , ou presque toutes , ne veuillent avoir un directeur, mais un directeur à leur mode , et qui les conduise selon leur sens : c'est-àdire un directeur dont elles soient d'abord eUes-m^ mes comme les directrices, touchant la manièredoot il doit les diriger. Cela s'appelle, à bien parler, non pas vouloir être dirigé, mais vouloir, par uo dire^ teur, se diriger soi-même.

La dévotion doit être prudente, et on peut Dien lui appliquer ce que saint Paul a dit de la foi : Que votre service soit raisonnable. {Hom,^ 12.) Ce n'est donc point l'esprit de l'Évangile, que par une dévotion outrée nous nous portions à des extrémités qui choquent le bon sens, ou à des singularités qui

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