RECOURS A LA PRIÈRE DANS LES AFFLICTIONS
sons point de prier. La prière , comme la parole de Dieu , prodtdt son fruit dans la patience ■ .
C'est de quoi nous avons , sinon un exemple , du moins une ûgure, dans la personne de Jésus-Ciirist. Ce divin Sauveur se voyant à la veille de cette sanglante passion où la justice de son Père l'avait condamné , et sentant le trouble et les agitations de son dme, ne cherche point ailleurs de soulagement à sa peine que dans la prière. (Luc, 22.) S'il eût suivi Tattrait et le sentiment naturel, il se fût arrêté avec ses apôtres , il leur eût déchargé son cœur, ii leur eût représenté l'extrémité des maux qui lui pendaient sur la tête, et la ri^eur du supplice qu'il allait subir. C'eût été pour lui une espèce d'adoucissement, de les entretenir, de les écouter, de recevoir les témoignages de leur zèle, de leur attachement à sa personne , de leur compassion. Mais il connaissait trop combien il y a peu de fond à faire sur les hommes , et combien peu Ton en peut attendre de solides secours dans les adversités de la vie. Il l'éprouviiit même sur l'heure : à peine ses apôtres faisaient-ils quelque attention a ce qu'il leur disait, à peine l'écoutaient-ils ; ils demeuraient plongés dans le sommeil , et ne lui répondaient pas une parole.
Que lui restait-il donc? la prière : mais une prière bumble et soumise, mais une prière continue et prolongée pendant les heures entières , mais une prière fréquente et réitérée Jusqu'à trois fois sur le même sujet et dans la même conjoncture. Et en quoi consistait-elle, cette prière } à quoi se réduisait-elle? elle ne consistait point en de longs discours; mais, selon le rapport des évangélistes , elle se réduisait à quelques mots entrecoupés qu'il prononçait et qu'il répétait de temps en temps. Du reste, il se tenait prosterné devant son Père, il se soumettait à ses ordres, il acceptait ses arrêts , il attendait dans le silence que ce Père tout- puissant et tout miséricordieux jetât sur lui un regard favorable, qu'il le rassurât, qu'il le fortiflât , qu'il lui rendit la tranquillité et le calme.
Chose admirable, et merveilleux effet de la prière î Il semblait que le ciel fût insensible aux gémissements et aux vœux redoublés de ce Dieu sauveur. Il priait , il se remettait à prier; et sans se rebuter, il recommençait encore tout de nouveau ; mais ses inquiétudes^ ses alarmes, ses ennuis, ses combats intérieurs , bien loin Je lui donner quelque relâche, croissent au conti aire jusqu'à le faire tomber en défaillance, et à lui causer une sueur de sang. Tout cela est vrai : mais tout cela n'était point une preuve de l'inutilité de sa prière. Elle devait agir dans peu, et le moment approchait où il en devait sentir l'efflcace. Il vint , ce moment : la prière , ou , I»ouf mieux dire, la grâce d'en haut, fruit ordi-
^ Fntetum afferunt m patimila. Lvc, 8
naire de la prière, eut bientôt dissipé ses frayeurs, relevé son courage , et fait succéder dans son âme, aux plus violents orages , la sérénité la plus parfaite. Quelle heureuse et quelle subite révolution dans les sentiments et les dispositions de son cœur! Avant que de prier, et jusque dans l'exercice de la prière , il était tout interdit , tout abattu , tout désolé; mais sa prière finie , ce fut tout à coup, pour ainsi dire , comme un autre homme. Plus rien qui l'étonnât, plus rien qui le déconcertât, plus rien qui pût altérer sa fermeté désormais inébranlable, et cette nouvelle force dont il se trouve revêtu.
D'où nous pouvons juger quelle est Fillusion, non-seulement de tant de mondains , mais de tant de chrétiens même et de personnes pieuses qui , par l'aveuglement le plus déplorable , quittent le remède lorsqu'ils en ont un besoin plus pressant; je veux dire qui, dans l'affliction, se retirent de la prière et la négligent, lorsque la prière leur est plus nécessaire et qu'ils en peuvent tirer plus d'avantage. Car voilà l'erreur : on est rempli d'amertume, on a dans l'esprit mille pensées qui l'attristent et qui le tourmentent , on a dans le cœur mille mouvements qui le saisissent, qui l'irritent, qui le soulèvent. Que faire en cette situation pénible et douloureuse? on se persuade pouvoir alors se distraire avec plus de liberté, on se croit en droit de s*émanciper et de laisser ainsi pendant quelque temps mûrir la plaie et se fermer; on retranche de ses pratiques journalières, on abr^ ses prières les plus communes , bien loin d'en ajouter de nouvelles : c'est-à-dire qu'on se prive de la plus sûre, et même de l'unique ressource qu'on puisse avoir, et que, par un égarement pitoyable, on cherche sa consolation où elle n'est pas , sans la chercher où elle est , et où tant d'autres l'ont trou-' vée avant nous. On la trouverait à un autel , on la trouverait à un oratoire et aux pieds du crucifix, on la trouverait dans une méditation, dans une communion ; on la trouverait partout dès quel'âine s'élèverait à Dieu et le réclamerait en implorant son assistance.
On me dira : Mais le moyen de prier, lorsqu'on est sans cesse obsédé du sujet qui nous chagrine et qu'on ne peut presque penser à autre chose, ni être touché d'autre chose? Dans ce renversement et ce bouleversement de l'âme, pour s'exprimer de la sorte, est-on maître de recueillir son esprit , et est-on maître d'affectionner son cœur? Ah ! j'en conviens , et telle est notre misère, il y a de ces temps orageux où l'on n'est proprement maître ni de son esprit par rapport à Tattention que demande la prière, ni de son cœur par rapport à une certaine affection. Mais prions au moins comme nous le pouvons : or, nous le pouvons toujours, puisqu'au moins nous som* mes toujours maîtres d'aller nous présenter devant
PRIÈRE MENTALE, etc.
Dieu, et de nous tenir auprès de Dieu. Cette seule préseoce parlera pour nous, et dira confusément tout ee que nous ne pourrons dire distinctement et en détail. Ainsi le prophète Jérémie, dans une posture de suppliant , et prosterné aux pieds du Seigneur, se contentait de lui représenter sa peine : yoyeZf mon Dieu , considérez en quelle affileUon fe me trouve. ( Tkren. , 1.) Ce langage se fait entendre à Dieu : il en démêle tout le sens, et il est très-disposé à y répondre.
Mais j'ai prié et je n'éprouve point que j'en sois mieux. Peut-être n'en étes-vous pas mieux actuellemeot, ou peut-être avez- vous quelque lieu de le croire , parce que votre sensibilité est toujours la même; mais retournez à la prière , persévérez dans la prière, demeurez-y et attendez le Seigneur. S'il diffère, il saura bien vous dédommager de ce délai. Ob ne perd rien avec lui, et il ne lui faut qu'un instant pour former le plus beau jour dans la plus épaisse nuit , et pour faire succéder la joie la plus pure aux plus amères douleurs. D'autres que vous en ont fait l'épreuve, et ils en ont tous rendu le même témoignage. Croyez-les , et mettez-vous en état de pouvoir bientôt vous-même en servir comme eux de témoin.
Mais je me sens bien : le chagrin qui me poursuit est plus fort que moi ; je n'en reviendrai jamais. Jamais! flé! qui êtes-vous, homme de peu de foi, pour mettre des bornes à la vertu de la grâce et à la douceur de son onction? est-il un cœur si serré qu'elle ne puisse ouvrir et où elle ne puisse pénétrer, et partout où elle s'insinue et elle pénètre, e8^il une blessure si profonde, si envenimée, si cuisante, dont elle ne puisse amortir le sentin^ent? Vous avez mille voies. Seigneur, pour la répandre, cette onction sainte. Ces voies nous sont inconnues, mais c'est assez que vous les connaissiez. Votre esprit soufHe où il veut, quand il veut, de la manière qu'il veut. Nous ne savons où il va, ni comment il y va ; mais enûn il y va lorsqu'on a pris soin de l'y appeler, et il y porte Tabondancede la paix. Oh! qu'il est doux cet esprit du Seigneur! et selon la parole de votre prophète, qu'il est doux, mon Dieu, pour ceux qui vous craignent! qu'est-ce donc pour ceux qui espèrent en vous , qui vous aiment et qui vous invoquent?
PBIBBE MENTALE, OD PBÀTIQUE DE LÀ MEDITA- TION. Son importance a l'boabd des gens