‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 2)Chapitre 202 sur 408 · USAGE DES ORAISONS JACULATOIRES · texte numérisé non relu

USAGE DES ORAISONS JACULATOIRES

4tS

k volonté de Dieu , qui nous éprouve : TotU vient k tous. Seigneur y et vous êtes le maître; soit en e résignant et en acceptant : f^ous le voulez , mon %eu, et parce que vous le voulez, je le veux; soit ■ offrant à Dieu ses souffrances : f^ous voyez, Seimur, ce que je souffre et pour qui je le souffre; «t en cherchant auprès de Dieu du secours et du ûHlagement : // vous a plu dem* affliger. Seigneur, tu ne tient qu'à vous de me consoler. Si nous sen- Nis notre foi s'affaiblir et chanceler, disons : Je voit, mon Dieu, mais fortifiez , augmentez ma M. (Matth., 9. ) Si nous sommes dans le découigement et que nous manquions de confiance, di- }DS : Qu'ai'je à craindre. Seigneur, et tant que ow serez avec moi, que peut tout l'univers contre ïoif ( Psalm. 3 ) ou : 7^ puis tout en celui et avec M qtdme soutient. ( PhU., 4.) Si notre amour munence à se refroidir, et qu'il n'ait plus la même [Tacite ni la même ardeur, disons : Embrasez mon swr de votre amour, 6 mon Dieu ! et si je ne vous Une point assez, faites que je vous aime encore SKf . Dans la vue des bienfaits de Dieu , nous nous nerons : Qu'est-ce que l'homme. Seigneur,' et par i tti'je mérité tant de grâces? ( Job , 7. ) Dans le uTenir et le désir de Féternelle béatitude où Dieu »iis appelle , nous dirons : Quand viendra le moent et quand sera-ce que j'entrerai dans la joie mon Seigneur et de mon Dieu? ( Matth., 25. ) ins la sainte résolution de nous attacher plus étroiment à Dieu, et de le servir avec plus de zèle que nais, nous lui ferons la même protestation que roi prophète : Je l'ai dit. Seigneur, c'est mainusntqueje vais commencer {Psalm. 70) ; et nous noterons : Cet heureux renouvellement, 6 mon ieul ce sera Vouvrage de votre droite. Enfin selon I conjonctures, les temps, et selon que nous nous ouverons touchés intérieurement et diversement fectionnés , nous userons de ces prières, et de tant antres que je ne marque pas, mais qu'il nous est se de recueillir conformément à notre dévotion , , d'avoir toujours présentes à la mémoire. Peut-être comptera-t-on pour peu des prières nsi faites, et peut-être, à raison de leur brièveté, )persuadera-t-on qu'elles ne doivent pas être d'un rand poids devant Dieu. Mais le Sauveur des homles nous a formellement avertis que le royaume de îeu ne consiste point dans l'abondance des paro- 8. La droiture de l'intention , la force et l'ardeur s sentiment, voilà à quoi Dieu se rend attentif, )îlà à quoi il se laisse fléchir; et c'est à ce sens i*on peut prendre ce qu'a dit le Sage : Qu'une mrte prière pénètre les deux, David dans un tême péché avait commis un double crime , et le irdon de l'un et de l'autre ne devait être , ce seme , accordé qu'à de puissantes intercessions, longmps et souvent réitérées ; mais dès qu'aux repro-

ches que lui fait le prophète , il s'est écrié : J'as péché contre le Seigneur {Reg., 13); cette seule confession , que le repentir lui met dans la bouche, sufiQt pour apaiser sur l'heure la colère de Dieu. Bornons-nous à cet exemple , et ne parlons pomt de bien d'autres , non moins connus , ni moins convaincants. On ne traite avec les grands du monde que par de fréquentes entrevues et de longues délibérations; mais avec Dieu, tout peut se terminer dans un instant.

De tout ceci , concluons combien nous sommes inexcusables, lorsque nous négligeons une manière de prier qui nous doit coûter si peu et qui nous peut être si salutaire. Car il n'est point ici question de profondes méditations, et il ne s'agit point d'employer des heures entières à l'oraison. Quand on le demanderait de nous, nous n'aurions communément , pour nous en dispenser, que de vains prétextes et de fausses raisons ; mais ces raisons, après tout, quoique frivoles et mal fondées, ne laisseraient pas d'être spécieuses et d'avoir quelque apparence. Nous pourrions dire, et c'est en effet ce qu'on dit tous les jours, que nous manquons de temps, que nous sommes chargés de soins qui nous appellent ailleurs, que notre esprit, naturellement volage, nous échappe, et que nous avons peine à l'arrêter; que mille distractions viennent nous assaillir en foule et nous troubler, dès que nous nous mettons à l'oratoire, et que nous voulons rentrer en nousmêmes ; que d'avoir sans cesse à combattre pour les rejeter, c'est une étude , un travail, une espèce de tourment ; en un mot, que nous ne sommes point faits à ces sortes d'exercices si relevés et si spirituels, et qu'ils ne nous conviennent en aucune façon.

Voilà, dis-je, de quelles excuses nous pourrions nous prévaloir, quoique avec assez peu de sujet; mais de tout cela que pouvons-nous alléguer, par rapport à ces dévotes aspirations qui nous devraient être si habituelles? Sont-ce nos occupations qui nous détournent de cette sainte pratique, et qui nous ôtcnt le temps d'y vaquer? mais il n'y faut que quelques moments. Craignons-nous que cet exercice ne nous devienne ennuyeux? mais quel ennui nous peut causer un instant qui coule si vite, et qui se fait à peine sentir? Dirons-nous que nous sommes trop distraits? mais pour un simple mouvement du cœur, et pour quelques paroles que la bouche prononce, il ne faut pas une grande contention d'esprit, et il n'est guère à croire qu'on n'y puisse pas donner l'attention suffisante. Tout est terminé avant qu'aucun autre objet ait pu s'offrir à l'imagination et la porter ailleurs. Enfin, nous retrancherons -nous sur le peu de commodité par rapport aux occasions , aux heures, aux 4ieux cony^iables? mais en toute rencontre i à toute heure , {Murtoot, et en quelque lieu que ce soit, il n'est rien

ORAISON DOMLMCALK.

qui nous empêche de rappeler le souvenir de Dieu, de nous tourner intérieurement vers lui, et de lui adresser nos vœux. Il n'est point besoin de préparation pour cela; il n'est point nécessaire de se retirer à récart , d'être au pied d'un autel , de quitter un travail dont on est actuellement occupé , ni d'interrompre une conversation où la bienséance nous a engagés et où elle nous retient.

Qu'avons-nous donc, encore un^ fois, à opposer, et quel obstacle réel et véritable peut servir à notre justification? Reconnaissons-le de bonne foi : la source du mal , c'est notre indifférence pour Dieu , et pour tout ce qui regarde la perfection et la sanctification de notre âme. Si nous aimions Dieu , |e dis, si nous l'aimions bien, notre cœur, aidé de la grâce et entraîné par le poids de son amour, se porterait de lui-même à Dieu : il ne laudrnit point alors nous inspirer les sentiments que nous aurions à prendre, ni les chercher ailleurs que dans le fond de notre âme; et comme la bouche parle de l'abondance du cœur, il ne faudrait point nous suggérer des termes pour exprimer ce que nous sentons; ces expressions viendraient assez , et, sans recherche, sans étude, elles naîtraient, si je Tose dire, sur nos lèvres. Nous en pourrions juger par une comparaison , si elle était convenable à une matière aussi sainte que celle-ci. Qu'un homme soit possédé d*un fol amour, et qu'il soit épris d'un objet profane et mortel, faut-il l'exhorter beaucoup et le solliciter de penser à la personne dont il est épris ? que dis-Je , peut-il même n'y penser pas et l'oublier ? Tout absente qu'elle est , il ne la perd en quelque manière jamais de vue, et elle lui est toujours présente. Hélas! à quoi tient-il que nous ne soyons ainsi nousmêmes dans une présence continuelle de Dieu , mais dans une présence toute sainte et toute sanctifiante.'

Cette présence de Dieu est un des exercices que tous les maîtres de la vie chrétienne et dévote nous ont le plus recommandé. Ils nous en ont tracé diverses méthodes, toutes bonnes, toutes utiles; mais de toutes les méthodes , je ne fais point difficulté d'avancer qu'il n'en est aucune, ni plus solide, ni plus à la portée de tout le monde, que de s'accoutumer, ainsi que je viens de l'expliquer et que je l'entends, à parler à Dieu de temps en temps dans le cours de chaque journée. La plupart des autres méthodes consistent en des efforts d'imagination qu'il est difficile de soutenir, et dont les effets peuvent être nuisibles, au lieu que celle-ci se présente comme d'elle-même , et ne demande aucune violence.

Elle a encore cet avantage , que, sans nous détourner des affaires dont nous sommes chargés, ni des fonctions auxquelles nous sommes indispensablement obligés de nous employer selon notre profession , elle nous met en état de pratiquer pres-

que à la lettre cette importante leçon du Sauveur du monde, qu'il faut toujours prier et nepouU cesser. Car, n'est-ce pas une prière oontiaudie? depuis leréveildumatinjusqu'ausommeiidela nuit >. d'heure en heure, ou même plus souvent,onpeoseà Dieu, on dit quelque chose àDieu, on se tient étroitement et habituellement uni àDieu. Ce n'est pas sans retour de la part de Dieu , ni même sans le retour quelquefois le plus sensible. Dieu ne manque guère de répondre etde faire entendresecrètement sa voix. On l'écoute, et on se sent tout animé , tout excité, tout pénétré. Il y a même des moments où l'on se connaît à peine soi-même; et c'est bien là que se vérifie ce que nous lisons dans l'excellent livre de l'Imitation de Jésus-Christ : Le Seigneur se plait à visiter souvent un homme intérieur ; il s'entre» tient doucement avec lui; il le comble de consola' tion et de paix , il en vient même à une JamiUarité qui va au delà de tout ce que nous pouoatu comprendre. Heureuse une âme qui , sans bien comprendre ce mystère de la grâce, se trouve toujours eo disposition de l'éprouver.

ORAISON DOMINICALE

COMMENT ELLE NOUS CONDAMNE; DELA HANIEBB QBE NOUS LA BÉCITONS; ET DANS QUEL ESPRIT NOUS LA DEVONS BÉCITEfi.

Qu'est-ce que l'oraison dominicale? c'est le précis de toutes les demandes que nous devons faire à Dieu. Nous les lui faisons en effet chaque jour; nous récitons chaque jour cette sainte prière. Ce sont, dans les vues de Jésus-Christ, des demandes salutaires pour nous; mais dans la pratique et selon les dispositions de notre cœur, ce sont autant de condamnations que nous prononçons contre nous, et voici comment.

Nous demandons à Dieu que son nom soit sanctifié, qu'il soit connu, béni, adoré par toute la terre; et ce nom adorable du Seigneur, nous le profanons, nous le blasphémons. Ce souverain maître, ce créateur de toutes choses, que nous reconnaissons digne des hommages de tout l'univers, nous le déshonorons par les désordres de notre vie, nous l'insultons jusques au pied de ses autels par nos scandales et nos irrévérences. Bien loin de nous employer à étendre sa gloire dans toutes les contrées du monde, nous ne prenons pas seulement soin de le faire servir et glorifier dans l'étroite enceinte d'une maison soumise à notre conduite; nous ne l'y glorifions ni ne l'y servons pas nous-mêmes : première condamnation.

Nous demandons à Dieu que son régne arrive :

ORAISON DOMINICALE

e*at-Mire que, dès cette vie, il règne dans nous ptrsa grâce, et qu'en Fautre nous régnions avec teipar la possession de son royaume céleste. Mais ce rigne de Dieu dans nous par la grâce , nous le détmisons par le péché. Sous Tcmpire de qui vivonsnous, et voulons-nous vivre? sous l^empire du monde eorrompUfSOUs celui de nos habitudes vicieuses , de nos passions déréglées. Voilà lesmaîtresqui nous gouvernent et dont nous aimons la domination , toute honteuse et tout injuste qu^elIe est. Tellement qu*au lieu de soumettre notre cœur à Dieu, nous en bannissons Dieu pour y établir en sa place ses plus déclarés ennemis. De là , nous ne pensons guère à ce royaume du ciel où Dieu nous appelle , et où il nous promet de nous faire régner éternellement avec lui et avec ses saints. Comme de vils animaux, nous avons toujours les yeux tournés yers la terre; nous ne sommes occupés que de la vie présente , et c'est à cette vie terrestre et sensuelle que nous rapportons toutes nos vues, tous nos désirs, tous nos intérêts : seconde condamnation.

Nous demandons à Dieu que sa volonté se fasse sur la terre comme dans le ciel; que toute sa loi soit observée, tous ses préceptes fldèlement gardés, que nous ayons là-dessus la même exactitude, la même diligence, la même pureté d'intention, la même ferveur et la même constance qu*ont ces esprits bienheureux dont il a fait ses anges et ses ministres : que, de quelque manière qu il lui plaise disposer de nous en ce monde, il nous trouve toujours dociles, patients, résignés, et dans une parfaite conformité de cœur aux desseins de sa providence. Cest pour tous les hommes en général, mais spécialement pour chacun de nous en particulier, que nous lui faisons cette prière. Or, de bonne foi, comment pouvons-nous la faire , quand nous transgressons ses commandements avec tant de liberté et>tant de facilité, quand nous résistons avec tant d'obstination à tous les mouvements intérieurs, à toutes les inspirations qu'il nous donne , et où il nous déclare ce qu'il veut de nous; quand nous n'accomplissons au moins qu'en partie et qu'avec des réserves et des négligences extrêmes ce qu'il nous prescrit, et ce que nous savons lui être agréable; quand, à la moindre disgrâce qui nous arrive, au moindre événement qui nous chagrine et qui nous mortifie , nous nous troublons , nous nous révoltons, nous éclatons en plaintes et en murmures.' Allons après cela lui faire des protestations d'obéissance , et d'un sincère attachement à son bon plaisir ; toute notre conduite , tous nos sentiments démentent nos paroles : troisième condamnation.

Nous demandons à Dieu qu*U nous donne notre patn de chaque jour, et ou il nous le donne dans

le Jour et pour le jour présent: rien davantage. Par où nous lui témoignons que nous nous contentons du nécessaire; que nous ne voulons que le pain, et que notre pain; que nous ne prétendons point avoir le pain d'autrui , mais celui seulement qu'il nous a promis , et qui nous appartient comme un don de sa bonté paternelle ; que nous ne le voulons même qu'autant qu'il peut suffire dans le cours de ajournée à notre subsistance et à nos besoins. Cette demande, prise dans son vrai sens, est sans contredit une des plus raisonnables et des plus modérées. Mais en effet, nous bornons-nous à ce nécessaire? Avons-nous jamais assez pour remplir l'insatiable convoitise qui nous dévore? Fussions-nous dans l'état le plus opulent , nous voulons toujours acquérir, toujours amasser, toujours accumuler biens sur biens. Non contents que Dieu nous fournisse Falîment et le pain, nous portons bien au delà nos prétentions. Il faut que nous ayons de quoi soutenir d'excessives dépenses en logements, en ameublements , en équipages, en jeux , en parties de plaisir. Il faut que nous ayons de quoi satisfaire tous nos sens , de quoi leur procurer toutes leurs commodités et toutes leurs aises , de quoi mener une vie molle et délicieuse. Il faut que nous soyons dans le faste , l'éclat , la splendeur. Il le faut, dis-je, selon nos désirs désordonnés ; et si les revenus dont on jouit ne sont pas assez amples pour cela, à quelles injustices a-t-on recours ? quelles voies prend-* on, tantôt de violence ouverte, tantôt d'adresse et d'industrie, pour enlever aux autres le pain qu'ils ont reçu de Dieu et pour se l'approprier ? épargnet-on le pauvre, Torpheliu, la veuve? Et jusqu'où n'étend-on point ses vues dans l'avenir? Il semble que nous nous croyions immortels, et que nous devions au moins passer de plusieurs siècles cet aujourd'hui que le Fils de Dieu nous a toutefois marqué comme l'unique objet de nos soins , et où il veut que nous les renfermions : quatrième condamnation.

Nous demandons à Dieu quHl nous remette nos offenses, et qu'il nous pardonne comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés. Terrible condition, comme nous pardonnons ! car nous ne pardonnons rien , ni ne voulons rien pardonner ; ou si , peut-être après bien des difficultés et de Ion-, gués négociations , nous consentons ' à quelque accommodement, du moins attendons-nous qu'on fasse toutes les avances. Et comment encore pardonnons-nous alors? nous ne pardonnons que de bouche et qu'en apparence, sans pardonner de cœur. Nous ne pardonnons qu'à demi , voulant bien nous relâdier jusqu'à certain point , mais sans aller plus loin. De sorte que, malgré nos retours affectés et imparfaits, il nous reste toujours dans le fond un venin secret et une indispositioa h»^

ORAISON DOMINICALE

tudle qui ne se produit que trop dans les rencontres , et ne se fait que trop sentir. D'où s'ensuivent les plus affreuses conséquences; savoir, qu'en demandant à Dieu quil nous remette nos offenses, comme nous remettons celles qui nous ont été faites , nous lui demandons qu'il ne nous en remette aucune, puisque de toutes celles que nous pouvons recevoir, il n'y en a pas une que nous voulions remettre. Nous lui demandons que s'il se trouve en quelque manière disposé à se réconcilier avec nous, il nous laisse faire vers lui toutes les démarches , sans nous prévenir et sans nous rechercher par sa gràee : ce qui nous rendrait cette réconciliation absolument impossible, ^'ous lui demandons que s'il daigne se rapprocher de nous, ce soit seulement une réunion apparente , et que son cœur à notre égard demeure toujours dans le même éloignement et le même ressentiment. Nous lui demandons que, si par l'entremise de ses ministres , il veut bien nous donner l'absolution de nos péchés, ce ne soit qu'une demi absolution, une absolution limitée, laquelle ne l'empêche point d'agir contre nous à toute occasion , et de travailler secrètement à notre ruine. Quelles prières et quelles demandes ! Qui n'en doit pas être effrayé , pour peu qu'on y pense? Mais elles sont toutes néanmoins comprises dans cette règle. Pardonnez-nous comme nous pardonnons; et c'est la cinquième condamnation.

Nous demandons à Dieu qu'il ne nous expose pointa la tentation, surtout à certaines tentations que nous savons être plus dangereuses pour nous, et où notre faiblesse est plus en péril de succomber. Car quoique Dieu permette quelquefois que la tentation nous attaque malgré nous, et quoique nous devions alors en soutenir l'effort avec patience et avec courage , il veut du reste que nous la fuyions autant qu'il dépend de nous , et il trouve bon que nous lui adressions nos vœux pour en être délivrés. Mais voici l'énormecontradiction où nous tombons, et qui nous rend inexcusables , c'est que nous nous exposons aux tentations les plus violentes. On a cent fois éprouvé le danger prochain de telle ou telle occasion , et cependant on y demeure toujours ; on ne peut ignorer combien cette liaison , combien ces conversations , ces entrevues , font d'impression sur le eœur, et à quels désordres elles sont capables de conduire , et cependant on n'y veut pas renoncer : on sait que le monde est plein de pièges et d'éeueils ; on a l'exemple de mille autres qu'on y a vus, et qu'on y voit sans cesse échouer malheureusement; on a l'exemple de ses propres chutes, dont peut-être on ne s'est encore jamais bien relevé, et cependant on veut être du monde , et d'un certain monde , c'est-àdire d'un monde particulier qui plaît davantage, et dont on se sent plus touché ; d*un monde qui exdte plus nos passions, qui flatte plus nos incli-

nations ; d'un monde où l'innocence des plus grands saints eût fait un triste naufrage , et où la vertu des anges serait à peine en sûreté. On veut vivre dans ce monde, parmi ce monde, avec ce monde , on veut avoir part à ses divertissements , à ses assemblées, à ses entretiens, sans égard à tous les risques qu'il y a à courir, et sans proGter de la connaissance qu'on a de son extrême fragilité. Il en est de même d*uue infinité d'autres engagements, où l'on se jette en aveugle , quoique d'une volonté pleine et délibérée : engagements de professions et d'états , engagements d'emplois et de commissions, engagements d'affaires et d'intérêts. N'avons-nous pas bonne grâce alors de dire à Dieu : Seigneur, détournez de nous les tentations où nous pourrions nous perdre , et ne nous y abandonnez pas! Et Dieun'a-t-il pas droit de nous répondre : Pourquoi donc y restez-vous habituellement? pourquoi donc ne prenez-vous aucune des mesures que je vous inspire pour vous en défendre? Avec cela ne comptez ni sur moi ni sur vous-même : sixième condamnation.

Nous demandons enfin à Dieu qu'il nous délivre du mal. Le plus grand mal qu'il y ait à craindra sur la terre , c'est sans doute le péché, et de tous les maux, le plus grand que nous ayons à éviter dans Tautre vie, c'est la damnation étemelle, où le péché conduit comme la cause à son effet. C'est donc particulièrement de l'un et de l'autre que nous demandons d'être préservés. Mais voulons-nous, si j'ose parler de la sorte , nous jouer de Dieu; prétendons-nous l'outrager en le priant, et lui faire insulte? Seigneur, lui disons-nous, que votre grâce nous garde du péché ; mais ce péché , nous Fairoons ; mais ce péché, nous l'entretenons dans nous et nous l'y nourrissons; mais ce péché, nous en feisons le principe de toutes nos actions, le ressort de toutes nos entreprises , l'âme de tous nos plaisirs, la douceur et l'agrément de toute notre vie. Je dii plus : nous en faisons notre idole et notre divinité; nous le favorisons ce péché, nous nous familiarisons avec lui, nous prenons sa défense; et, si l'on veut nous en donner de l'horreur, c'est contre ceux mêmes qui travaillent à nous en détacher que nous tournons toute notre haine. Ainsi nous laissonsnous entraîner dans cet abîme de malheurs qui en est le terme, et où nous ressentirons éternellement les coups de la vengeance divine. C'est là , c'est dans cette fatale éternité , qu'il n'y aura plus à demander que Dieu nous délivre de ce lieu de tourmente où l'arrêt de sa justice nous aura précipités. Il allait le demander plus t6t, et le bien demander. Nous l'aurons demandé pendant la vie, il est vrai : mais nous l'aurons demandé comme ne le demandant pas. Car, c'est ne le pas demander que d'y apporter, en le demandant, des obstacles invincibles, et Dieu pourra toujours nous reprocher que nous ne Tau-

ORAISON DOMINICALE

4tî

oulu , oa bien voulu : septième et dernière ition.

c en sommes-nous , et que ne sera pas ', corrompre la malice de notre cœur, quand le la sorte pervertir la prière même, et la lente de toutes les prières? Je ne dis pas, 9 plaise, la pervertir en elle-même, c'est ) toute divine , et qui garde partout son de divinité : mais je dis la pervertir par nous, et au fruit que nous en devons redessein du Fils de Dieu, en nous la traté que ce fût pour tous les fidèles une grâces et de bénédictions : mais par Fai font la plupart des chrétiens en la récine peut qu'irriter le ciel, et qu'attirer les anathèmes et ses malédictions. Faut-il nous rinterdire absolument, et ne la promais? autre malheur non moins funeste terrible. Ce serait nous excommunier les ; ce serait nous retrancher du nombre ts de Dieu, en ne Thonorant plus comme e; ce serait, en quelque manière, nous 1 corps de l'Église , en ne priant plus avec nme elle. Nous ne pouvons donc trop user ^re qui nous a été si expressément reoomlar Jésus-Christ. Si nous sommes justes , re , dite avec une foi vive et une humble , servira à notre avancement et à notre L Si nous sommes pécheurs , cette prière, ;née d'un sentiment de repentir, servira le cœur de Dieu et à nous remettre en >rès de lui par une sincère conversion. Si 08 ne nous sentons point encore touchés «tir assez vif, cette prière , jointe à un ' d'être plus fortement attirés, servira à mir une grâce de contrition. Mais adres- }, pour en profiter, au divin Sauveur qui uaseignée , et demandons-lui que comme 'auteur, et qu'il nous l'a mise dans la bou- I soit, en nous animant de son esprit, le teur et le médiateur.

Tun et l'autre, quand nous prierons selon' tions que cet adorable mattre s'est propo- >us apprenant lui-même à prien Ëtudionsitons-les, pénétrons-les; et pour y bien ipliquons-nous chacun en particulier chainde, et disons à Dieu :

^e Père qui êtes dans les cieux, que votre sanctifié. Dieu de majesté, Roi des rois lur des seigneurs, grand Dieu , ce ne sont is ces titres et tant d'autres que j'emploie s intéresser en ma faveur et pour trouver vtès de vous. Vous êtes mon père : cela me ai , vous l'êtes. Seigneur, et tout ce que le vous me le donne bien à connattre. Vous hre de tous les hommes : mais j'ose dire

àLODI. — T. m.

que vous êtes encore plus particulièrement le mien que celui d'une infinité d'autres hommes, puisqu'il y a une multitude innombrable d'hommes et des peuples entiers que vous n'avez jamais prévenus des mêmes grâces que moi, ni favorisés des mêmes dons.

Cependant, mon Dieu, ce titre de père, qui m'est si cher et qui m'annonce vos miséricordes, ne me fait point oublier votre pouvoir suprême et votre souveraine grandeur; et s'il excite toute ma confiance , il ne m'inspire pas moins de respect et de vénération. Car vous êtes dans les ciçux, ô Père tout-puissant! et dans le plus haut des oieux. C'est là que vous avez établi le trône de votre gloire, là que vous faites briller toute votre splendeur, là que vous exercez votre empire au milieu de vos anges et de vos élus; et , quoique la lumière où vous habitez soit inaccessible, c'est là même néanmoins que vous nous ordonnez d'élever nos esprits, de porter nos cœurs , d'adresser nos vœux. Recevez les miens« Seigneur, je vous les adresse. Ils sont sincères, et ils sont tels que vous le voulez. Par où puis-je mieux commencer que par vous-même, et de toutes les demandes que j*ai à vous faire , quelle est la plus naturelle et la plus juste, si ce n'est que votre nom soit sanctifié?

Ce nom adorable, c'est votre essence divine, puisque vous vous appelez cehd qui est; ce sont vos infinies perfections ; c'est tout ce que vous êtes. Or, que tout ce que vous êtes, é mon Dieu! soit honoré, comme il le doit être, je veux dire du culte le plus pur, le plus religieux, le plus saint. Que tout l'univers vous connaisse, vous glorifie, vous adore. Que tout ce qui est capable d'aimer s'attache inviolablement à vous et ne s'attache qu'à vous. Tel est le désir le plus affectueux de mon cœur et le plus vif. Mais en vous le témoignant, touché d'une pieuse émulation que vous ne condamnerez point, Seigneur, j'ose ajouter que je voudrais, s'il était possible, moi seul vous aimer et vous glorifier autant que vous glorifient toutes vos créatures, et que vous aiment tous les esprits bienheureux et toutes les âmes justes.

Que dis-je , mon Dieu? ce ne sont là que des soo* haits, toujours bons, puisque vous en êtes le principe, l'objet et la fin; mais, au lieu de m'en tenir à des souhaits vagues et indéterminés, ce que je dois surtout vous demander et ce que je vous demande très-instamment, c'est qu'autant qu'il dépend de moi, selon ma disposition et mes forces présentes, je vous glorifie dans mon état; c'est que sur cela je ne me borne point à des paroles, mais que je passe à la pratique et aux effets ; c'est que par l'innocence de mon cœur, que par la ferveur de ma piété, que par la sainteté de mes œuvres, que par l'édification ' àB um m/mm^Jê toos présente chaque jvur un

ORAISON DOMINICALE

ffacriGce de louantes, et je vous rende jusqu^à ma voit un hommage perpétuel.

II. Que votre régne arrive. Ah! Seigneur, qu*il arrive daus moi , ce règne si favorable et si désirable pour moi. Et commentn*y est-il point encore arrivé ? comment dis-je, 6 mon Dieu ! n'avez- vous pas plus tôt régné sur toutes les puissances de mon âme, sur tous mes sens, soit intérieurs , soit extérieurs, sur tout moi-même? Car qu'y a-t-il en moi qui ne soit à vous , et qui , par la plus juste conséquence et l'obHgation la plus essentielle, ne vous doive être sounis?

n est vrai , vous régnez dans mol et sur moi nécessairement, et par la souveraineté Inséparable de votre être. Vous êtes mon Dieu , et puisque vous êtes mon Dieu , vous êtes mon Seigneur : et parce qu'il ne dépend point de moi que vous soyez mon Dieu, ou que vous ne le soyez pas , il ne dépend point non plus de moi que vous soyez ou ne soyez pas mon Seigneur. Mais comme je ne contribue en rien à ce règne de nécessité, dès qu'il est indépendant de ma volonté, il ne sert aussi qu'à relever votre gloire, et ne contribueen rien à ma perfection et à mon mérite. Ce n'est donc point là le règne que je vous demande. Je ne vous prie point qu'il s'éublisse, puisqu'il est d^à tout établi. Mais, Seigneur, il ya un règne de gr✠auquel je pub coopérer et que vous avez fait dépendre de mon consentement et de mon choix. Je veu dure qu'il y a un règne tout spirituel où votre grâce prévient une âme, et où l'âme prévenue de cette ^ce Intérieure obéit volontairement et librement à toutes vos inspirations, se conforme en toutes choses et sans réserve à votre bon plaisir, exécute avec une pleine fidélité tous vos ordres , et n'a point d'autre règle de conduite que vos divins commandements et votre loi. Je veux dire qu'il y a un règne d'amour où le cœur se donne lui-même h vous , et se met, pour ainsi parler, dans vos mains, afin que vous le possédiez tout entier, afin que vous le gouverniez selon votre gré, afin que vous lui imprimiez tel sentiment qu'il vous plaît , afin que vous le dégagiez de toute affection terrestre, de toute attache humaine, de tout objet qui n'est point vous ou qui ne le porte pas vers vous: afin que vous le changiez en vous et qu'il ne soit qu'un avec vous. Or, voilà l'heureux et saint règne après lequel je soupire. Qu'il vienne, et qu'il détruise en moi le règne du péché, le règne du monde, le règne de l'amour-propre et de la cupidité , le règne de tous les désirs sensuels et de toutes les passions.

Je n'ai que trop longtemps vécu sous l'empire de ces injustes maîtres , et sous leur tyrannique domination. Je n'ai que trop longtemps gémi sous leur joug également honteux et pesant. En quel esclavage m'ont-ils réduit, et en quel abîme devaient-ils un jour me précipiter! Béni soit le moment ou

voosdaîgnez m'éclairer, Seigneur, et où je commence à ouvrir les yeux pour me reconnaître. En rétablissant votre règne au dedans de moi et en me conduisant, vous me remettrez dans la voie de ce royaume céleste où vous m'avez préparé ao trêne de gloire et une couronne d'immortalité. Cest là que vous régnez sur tous les chœurs des Anges, et sur tous vos élus, que vous avez rasseosbléB dais votre sein pour être leur étemelle et soaveraine béatitude; c'est là que vous m'attendez, c'est dans ce séjour bienheureux; et quand y entrerai-je?

Hélas! mon Dieu, malgré la vue que la foi me donne de cette sainte patrie où je dois sans cessa aspirer, je sens néanmoins toujours le poids de la misère humaine qui me retient, qui ra'appesantll, qui m'attache à ce monde visible et à mon exil , qui me fait craindre la mort et aimer la vie présente. Mais, Seigneur, ce sont les sentiments d'une nature faible et aveugle, que je désavoue. Qu'elle y répugne ou qu'elle y consente , tous mes vœux s'âèvent vers le ciel. Que votre règne arrive. Que mon âme, dégagée des liens de cette chair corruptible qui ra^ réte, puisse elle-même arriver bientôt à la tene des vivants. Car ce n*est ici que la région des morts, et je serais bien ennemi de moi-même si, pour use vie périssable et sujette à tant de calamités. Je voulais prolonger mon bannissement , et retarder la jouissance de mon unique et suprême bonheur.

III. Que votre voionté $e fasse sur la terre comme dansledeL Ainsi soit-il , ê mon Dieu ! et est-il rien, Seigneur, de plus conforme à la droite raison et à la justice? est-il rien de meilleur pour moi que l'accomplissement de vos adorables volontés? Être des êtres et Créateur du monde, c'est par votre volonté que tout subsiste, et par votre volonté qw tout doit agir. Y contrevenir en quelque sujet que ce puisse être, c'est un attentat contre l'autorité It plus légitime, et contre les droits les plus inviolables.

Or voilà les désordres dont je dois néanmoiai m'accuser devant vous et me confondre. Vous m'avez donné votre loi , et tant de fois je l'ai violée! *Vous m'avez assujetti aux ordonnances de votre Ëglise, et tant de fois je les ai transgressées! Voos m'avez pressé intérieurement par les saintes inspirations de votre esprit , et tant de fois j'y ai résisté! Vous m'avez exhorté par la voix de vos ministres, vous m'avez sollicité par leurs avertissements et leurs instructions, et tant de fois j'ai refusé de les < entendre! Si, pour fléchir mon cœur rebelle, et pour me faire rentrer dans le devoir d'une obéissance filiale, vous m'avez châtié par des adversités et des souffrances, bien loin de me rendre, je n'ai cherché qu'à repousser vos coups; et si vous me les avez fait sentir malgré moi , ils n'ont point en d'autre efifet que d'exciter mes impatiences et mas plaintes.

ORAISON DOMINICALE

^<rflà, mon Dieu, comment j'ai passé toute ma dans une indocilité , et une rébellion continuelle. 1 rougi 8, je m'en humilie en votre présence, je m en témoigne mes regrets : mais ce n'est pas ei. Il faut, Seigneur, qu'une soumission entière nu» réserve répare toutes mes résistances et le$ mes révoltes. Parlez, mon cœur est ouvert nr TOUS écouter; ordonnez, me voici prêt, par re grâce , à tout entreprendre et à tout exécuter. BS platt-il de m'abaisser ou de m'élever, de m'afer ou de me consoler, de traverser mes desseins de les favoriser ? de quelque manière que vous me itîez , vous êtes le mattre , et je n'ai plus d'autre timent à prendre que celui de Jésus- Christ me, lorsqu'il vous disait : Mon père, que votre orna ê'accompUsse, et non la mienne.

ît en effet, il est bien de mon intérêt, 6 mon » ! que ce ne soit pas ma propre volonté qui me ivcme, mais la vôtre. Votre volonté est droite la droiture même, elle est sage et la sagesse Kie , elle est sainte et la sainteté même , elle est ofiiisante et la bonté même. Mais qu'est-ce que ▼olonté propre? une volonté aveugle et conduite des guides aussi aveugles qu'elle, qui sont les selles passions; une volonté libertine et indocile, ne peut s'accoutumer au joug, ni souffrir la gêne a dépendance; une volonté capricieuse et sujette llle diangements, selon le goût et les humeurs la gouvernent; une volonté criminelle et dépra- , ^e le péché a corrompue, et qui d'elle-même 1 encore sans cesse vers le péché. Ah ! Seigneur, ose livrez pas à ses égarements ni à la fausse lié dont elle est si jalouse. Ne me livrez pas à Mnéme; mais, par quelque voie que ce soit, isnes réduire cette volonté dure , et redoublez , est nécessaire, vos plus rudes coups pour la opter.

}ar il faut que toute volonté humaine. vous soit i^ettie; et, sans parler des autres hommes que is n'avez point commis à mes soins, il faut que n'aie plus d'autre volonté que la vôtre ; il faut B vous soyez obéi dans moi et par moi , comme M rêtes dans le ciel et par vos anges bienheu- K : voilà le modèle que vous me proposez, et i je dois me proposer moi-même. C'est-à-dire, Q Dieu, que je dois avoir, la même dépenlee, pour ne rien faire que par vos ordres et se- ▼otre bon plaisir; la même Gdélité, pour mettre rien de tout ce qui m'est prescrit , et de t ce que je sais vous plaire; la même pureté itention , pour ne cherct)er que vous en toutes «es, et pour les rapporter toutes à votre gloire ; néme assiduité et la même persévérance, pour ne point rebuter des difficultés , et ne me lasser jali de votre service; la même ferveur et le même «. Doar agir toujours avec un amour prompt,

vif et fervent. Vous servir autrement, Seigneur, ce ne serait plus vous servir en Dieu.

rv. Donnez-nous avjourd'hui notre pain de chaque Jour. Oserai-je le dire? dès que vous êtes notre père. Seigneur, et que vous êtes notre mattre, cette double qualité vous engage, et comme père à nourrir vos enfants , et comme maître à entretenir vos serviteurs. Ainsi votre prophète nous l'a-t-il promis de votre part et en votre nom. Parmi les merveilles de votre divine providence et de votre miséricorde infinie , il compte le soin que vous prenez de fournir à la subsistance de ceux qui vous craignent. Mais il n'en dit point encore assez, ô mon Dieu! et vous portez bien plus loin vos soins paternels. Non-seulement vous nourrissez vos enfants qui vous aiment, et vos serviteurs qui vous craignent , mais vos ennemis qui vous renoncent et qui vous blasphèment', mais les plus vils animaux dont vous n'êtes point connu , et jusqu'aux moindres insectes , mais tout ce qui a vie , ou dans les airs , ou dans les abtmes de la mer, ou dans toute l'étendue de la terre.

Je viens donc à vous comme à la source de tous les biens. Ce n'est point une avidité insatiable qui m'amène à vos pieds ; mais j'y viens , comme un pauvre, vous demander le pain qui m'est nécessaire. Je viens, dis-je. Seigneur, vous exposer mon état, même temporel, puisque vous ne vous contentez pas de pourvoir aux nécessités de l'âme, et que votre vigilance vous rend encore attentif aux besoins du corps. Si vous n'y aviez pensé continuellement depuis le moment de ma naissance, aurais-je pu subsister jusqu'à ce jour? et si vous cessiez présentement d'y penser, en quelle indigence tomberais-je bientôt, et à quelles extrémités me trouverais-je réduit? Soyez béni de tout ce que j'ai déjà reçu de votre main secourable, et dans la suite ne la fermez pas jusqu'à me refuser Taliment dont je ne puis me passer, et le pain qui me doit soutenir.

Car, quand je viens vous représenter mon état. Seigneur, et mes besoins temporels , je ne prétends obtenir de vous autre chose que le pain , je veux dire que ce qui me suffit , non-seulement pour moi , mais pour tous ceux qu'il vous a plu me confier, et à qui je suis redevable d'un entretien honnête et conforme à leur condition. C'est là que je borne mes désirs ^ sans les étendre à un superflu qui me serait inutile, qui me deviendrait pernicieux et nuisible par l'abus que j'en ferais, qui allumerait mes passions, qui servirait de matière à mon orgueil pour s'enfler, et à ma sensibilité pour satisfaire ses appétits les plus déréglés. Peut-être vous l'ai-je demandé jusqu'à présent, ce superflu ; peut-être ai-je travaillé à l'acquérir, et l'ai-je acquis en effet : mais si c'est contre votre gré que je le possède, je ne

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vous prie point de me le conserver, et je tous prierais plutôt do me l'enlever. Quoi qu'il en soit , et quoi que vous jugiez à propos d'ordonner là-dessus , une juste médiocrité pour moi et ,^pour tous ceux dont vous m'avez chargé , voilà , mon Dieu , de quoi je dois être content, et pourquoi j'implore votre assistance. C'est la prière que vous fit autrefois le {)lus sage des rois d'Israël , et ce fut une prière selon votre cœur.

Ainsi , je vous dis comme lui et dans le même sentiment que lui : Ne me donnez ni la grande pouvretéy ni la grande richesse; mais accordez-moi seulement ce qu*U me faut pour vivre ( Prov., 30), avec la décence et avec la modestie convenables à mon état. Encore , mon Dieu , ce que j'ose vous demander, ce n'est point absolument que j« le demande, mais autant que vous verrez qu'il me peut être utile et salutaire ; ce n'est point avec inquiétude sur l'avenir, ni par une trop longue prévoyance, mais c'est seulement pour aujourd'hui , et avec une confiance entière pour le jour suivant. Demain , je vous présenterai mes vœux tout de nouveau , et il est bien juste que chaque jour je reconnaisse devant vous mon indigence , que chaque jour je rende hommage à votre pouvoir souverain , et que chaque jour je sois obligé de recourir à vous pour ce jour-là même. De cette sorte, 6 Dieu infiniment libéral et magnifique dans vos dons ! je puis me reposer sur vous pour toute, la suite de mes jours , et compter sur les trésors de votre providence, qui sont inépuisables. Ûe ne doit point être une confiance oisive et présomptueuse. Vous voulez que je fasse tout ce qui dépend de moi; et quand je l'aurai fait et que je me confierai en vous, vous ne me manquerez point, comme vous ne m'avez encore jamais manqué.

y. Pardonnez-nous nos offenses ^ comme nmis pardonnons à ceux qui nous ont offensés. Hé quoi! Seigneur, malgré toutes ces qualités de créateur, de père, de maître, de conservateur, que je reconnais en vous et que^j'y ai toujours reconnues, ai-je donc pu vous offenser? ai-je pu m'élever contre vous? ai-je pu me séparer de vous et vous renoncer ? Ah ! Dieu de miséricorde, il n'est que trop vrai , et je m'en suis déjà confondu à vos pieds. Mais agréez encore l'humble confession que j'en fais, et que je ne cesserai point de renouveler jusqu'au dernier moment de ma vie , dans l'absolue et affreuse incertitude où je suis si vous m'avez pardonné.

Je sais que je suis pécheur, non-seulement parce que je puis pécher; mais parce qu'en effet j'ai péché et que je pèche tous les jours. Je sais que la multitude de mes péchés est sans nombre ; et si votre prophète se croyait chargé de plus d'iniquités qu'il ne portait de cheveux sur $a tête, à combien

plus forte raison puis-je dire de aM>i ee qu'il disait de lui-même en s'accusant et se condamnantf Je sais que tout péché est une dette dont le pécheur doit vous rendre un compte exact, et dont vous exigez, selon la loi de votre justice, une digne satisfaction : d'où il s'ensuit qu'ayant toujours jusqu'à présent accumulé péchés sur péchés, je n'ai fait , dans tout le cours de mes années , qu*aecumuler dettes sur dettes. Quel poids! quelles obligations ! quelle matière de jugement , et quels sujets de condamnation! Juge redoutable, il me semble que j'entends tous vos foudres gronder autour de moi; et que ferai-je pour les conjurer? Il me semble que dans l'ardeur de votre courroux, je vous vois prendre le glaive, lever le bras, vous disposer à me frapper; et comment pourrai-je parer aux coups dont je suis menacé? Toute mou âme en est saisie de frayeur, tous mes sens eo sont troublés^ Confus, interdit , tremblant, que vous dirai-je? Ah! je me trompe, 6 mon Dieu! j'ai votre parole même à vous représenter. Parole authentique, solennelle, infaillible. Car vous avez dit : Pardonnez et on vous pardonnera; remettez aux autresleurs dettes, et ce que vous devez vous sera remis. (Luc, 6.) C'est l'oracle le plus exprès; et comme il est sorti de votre bouche , et que tous ne pouvez vous démentir, c'est la promesse la plus favorable pour moi et la plus immanquable.

De grand cœur, ô mon Dieu! j'accepte la condition. Elle m'est trop avantageuse pour la refuser. Si j'ai été offensé en quelque chose, de quelque part que ce soit , et quoi que ce soit , je le pardonne, je le pardonne entièrement; je le pardonne, nos point seulement de bouche, ni en apparenee, mais sincèrement, mais affectueusement, mais cordiale* ment ; je le pardonne pour vous, et par une pleine obéissance à votre divin commandement. Telle est, à ce qu'il me paraît, ma disposition intérieure, oo du moins je veux , avec votre aide et par votre aide, qu'elle soit telle. Ce n'est pas que, malgré moi, il ne puisse rester encore dans mon cœur quelque irapression capable de l'aigrir; mais vous savez qiM je la désavoue, et pour l'heure présente, et pour toute la suite de ma vie; vous savez que je veuxli combattre en toute rencontre, vous savez que ja veux en réprimer tous les sentiments, et en efEaicer peu à peu jusqu'aux moindres vestiges. Aveccelt, Seigneur, Dieu de charité. Dieu d'amour, vous me permettez de venir à vous et de vous dire : Pardoonez-moi , parce que je pardonne , et comme je pardonne. Je fais ce que vous m'avez ordonné, et j'ose me répondre , avec une humble confiance , que vous ferez ce que vous m'avez promis.

Yl. Et ne nous exposez point à la tetUatlon. Qu'est-ce, mon Dieu, que la vie de l'homme? c'est une guerre perpétuelle. D'être donc exempt de toute

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I, de n'aTOHT jamais ni efforts à faire, ni wtoiM à remporter; de vivre daus un calme inaltérablt , et dans une pMi parfiaite sur cette mer ora- I du monde odr nous passons, c'est à quoi je I puis d'attendre, et ee que je ne dois pas même \ demander, puisque ce serait un miracle, et qa*à un pécheur comme moi il n'appartient pas de TOUS demander des miracles et de les obtenir. Il est même de votre providence et de notre bien que nous ayons tous nos tentations, afin que nous ayons de quoi vo« prouver notre fidélité, et que vous ayez de quoi nous récompenser. Aussi vos saints ont-ils été d'autant plus éprouvés qu'ils étaient plus saints, et lont-ils encore devenus dans la suite d'autant plus nmts qu'ils étaient plus éprouvés. Il n'y a pas jusqa*à niomme-Dîeu, votre Fils adorable et le Saint des saints, qui, dans les jours de sa vie mortelle, a voqIq, pour notre exemple, être assailli de la tentatioo, et nous apprendre à la surmonter. Après eda, qui refuserait le combat refuserait la couronne ; el qui ne voudrait avoir nulle part au travail ne voudrait avoir, ni n'aurait en effet, nulle part à la

Mais, mon Dieu , si la tentation me doit être salutaire, c'est par votre grâce; car que suis-je de moi-ménae, qu'un faible roseau ou qu'un vase fragile, toujours en danger de se briser? A chaque pas je tomberais, à chaque occasion je rendrais les armes, et je céderais aux attaques de l'ennemi , à mdos que le secours de votre bras tout-puissant ne me prévienne partout, ne m'accompagne partout, ne me suive et ne me soutienne partout. Or c'est ce secours, c'est cette grâce que je vous demande, quand je vous supplie de ne m'exposer point à la tentation , c'est-à-dire de ne m'y point abandonner à moi-ménoe, de ne m'y laisser point succomber, de ne permettre point que je m'engage en certains périls où vous prévoyez que ma vertu me manquerait et que je me perdrais, de redoubler à certains temps, en certaines occurrences plus dangereuses et plus fatales , votre attention sur moi pour veiller à mon salut, et votre divine protection pour me défendre et me* garder. Dieu de mon âme et son Sauveur, souvenez-vous du prix qu'elle vous a coûté, et ne souffrez pas que le démon , que le monde , que la chair vous enlève ce que vous avez racheté de votre sang^

Biais que feis-je ? cette âme si précieuse , je la recommande à vos soins, et de ma part je la néglige , je n'en prends nul soin, je la hasarde tous les jours, sans réflexion , sans précaution , comme si je n'en tenais aucun compte , ou qu'au milieu de tant d'éeueilset de tant de pièges , il n'y eût rien à craindre pour elle. Ah! puissiez-vous , Seigneur, me faire la gtttce tout entière. Puissiez-vous, en veillant vousmCnae à ma eenservation, exciter encore ma vigi-

lance pour y travailler avec vous. Car vous voulez que j'y travaille, et si je ne seconde pas vos soins paternels , ils resteront sans effet. Vous voulez que j'use de cette armure céleste dont nous parle votre apôtre, lorsqu'il nous le dit, et qu'il nous le dit en votre nom : Revêtez-vous des armes de Dieu, afin de pouvoir résister dans le temps fâcheux. Tene:yvous toujours en état , ayant la vérité pour ceinture autour de vos reins, et la Justice pour cuirasse. Prenez en toute rencontre le bouclier de la foi, le casque du salut y et' le glaive de l'esprit , qui est la parole de Dieu. ( Ephes. , 6. ) Tout cela , mon Dieu, m'enseigne à mettre en œuvre, pour me préserver , tous les moyens que me fournit la sainte religion que je professe. Tout cela m'apprend à me prémunir de la prière, de votre divine parole, de vos sacrements, de tous les exercices que votre Église me prescrit, et que la piété chrétienne me suggère. Autrement je ne puis voir le monde, ni m'engager dans le monde, sans m'exposer témérairement à la tentation. Or, m'y exposer par une aveugle témérité, ce serait me rendre indigne de votre assistance, ce serait courir à ma perte , et je ne l'ai déjà que trop connu par des funestes épreuves. Heureux au moins, si de mes malheurs et de mes égarements passés , je tire cet avantage, de savoir mieux désormais me tenir en garde et me précautionner I

TII. Mais délivrez-nous du mal. Vous ne me défendez pas. Seigneur, de vous demander la délivrance des maux temporels, de l'infirmité, de la pauvreté, de la douleur, de tous les revers et de tous les accidents qui peuvent survenir et troubler le repos de ma vie. Je vous dois même de continuelles actions de grâces , et je ne puis assez vous témoigner ma reconnaissance de tous ceux dont il vous a plujusquesil^présent me délivrer, sans que je l'aie su, et de ceux dont vous me délivrez encore tous les jours, sans que je Je voie ni que j'en sois instruit. Cartelle est Teficace et la douceur de votre providence, ô mon Dieu! par des voies secrètes et qui nous sont inconnues, vous nous sauvez de mille dangers que nous n'apercevons pas, et dont il n'y a que vous qui puissiez nous garantir. Soyez-en loué, béni, glorifié.

Mais, Seigneur , outre ces maux qui ne regardent que le corps, et que la vie présente, il m'est bien plus important d-étre délivré de ces maux spirituels, de ces maux éternels, de ces maux extrêmes et essentiels, qui vont à la ruine totale de l'homme, et qui lui causent un gommage infini et irréparable. Tous les autres maux , en comparaison de ceux-ci , ne doivent plus être même comptés pour des maux ; et comme il ny a proprement qu'un seul bien, qui est le souverain bien, il n'y a proprement qu'un seul mal , qui est le souverain mal. Or ce souverain mal , c*est lepéché 9 et , en conséquence du péché, la dam-

nation. Si donc, pour me mettre à couvert de Tua etdeTautre, il est nécessaire que j'éprouve quelque autre mal que ce soit , ah ! mon Dieu , je ne vous demande plus que vous m'épargniez en ce monde. Frappez, s'il le faut, et autant qu'il le faut; renversez, brûlez, tourmentez; je m'offre moi-même, et je me présente à votre justice. Quelque douloureux et quelque sensibles que puissent être ses coups, je les recevrai comme des coups de grâce, pourvu qu'ils servent à détruire en moi le péché, à déraciner le péché, à punir le péché, à couper court au péché, à prévenir les rechutes dans le péché, à me faire enfin éviter par là cette affreuse réprobation qui doit être dans l'éternité tout entière le châtiment du péché. .

Pour cela, Seigneur, daignez me délivrer du malin esprit ' , je veux dire de l'esprit d'intérêt et d'a« varice, de l'esprit d'ambition et d'orgueil, de l'esprit d'impureté et d'intempérance, de l'esprit de colère, de vengeance, d'animosité; de l'esprit d'erreur , de tromperie, de mensonge; de toutes les habitudes du vice, de toutes les convoitises des sens, de toutes lespassionsdemoncœur, et de toutes leurs illusions : car voilà tout ce que je comprends sous ce terme de malin esprit, capable, en me portant incessamment au péché, de m'entraîner dans le précipice et de me perdre sans ressource avec lui.

Dieu du eiel et de la terre , seul puissant et grand, seul juste et saint, seul bon et miséricordieux, vous écouterez les vœux que je viens de vous adresser. Si de moi-même je les avais conçus et formés , et si je ne vous les adressais qu'en mon nom, ah! Seigneur, je me défierais de mon aveuglement, qui pourrait me tromper ; je me défierais de ma bassesse et de mon néant, qui me rendraient indigne d'être exaucé. Mais c'est votre Fils unique, la sagesse incréée, qui de point en point m'a tracé lui-même tout ce que je devrais demander. C'est lui-même qui prie dans moi , qui prie avec moi et pour moi. Considérez votre Christ; jetez les yeux , non point sur une vile créature telle que je suis, non point sur un pécheur plus vil encore et plus méprisable, mais sur le divin Sauveur dont j'interpose auprès de vous la médiation , et dont j'emploie , pour vous fléchir, les mérites infinis. De toutes les demandes que je vous ai faites , il n'y en a pas une qui n'ait été selon son esprit et selon le vôtre. Je les ai faites avec confiance, et c'est avec le même sentiment que je les renouvelle , et que j'en attends de votre grâce l'heureux accomplissement.

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