‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 2)Chapitre 210 sur 408 · SOUDE GRANDEUR DE L'HUMIUTÉ CHRÉTIENNE · texte numérisé non relu

SOUDE GRANDEUR DE L'HUMIUTÉ CHRÉTIENNE

n. Mais n'en demeurons pas là ; car îl s*agit présentement de savoir si rhmnilité n'est point un obstacle aux grandes actions^ et à certaines entreprises où il faut de la magnanimité et une résolution que rien n'ébranle. La raison de douter est que l'humilité a pour fondement la connaissance de notre fiùblesse et une conviction actuelle et habituelle de notre Insuffisance : d'où viennent les bas sentiments et la défiance que l'on conçoit de soi-même. Un homme véritablement humble est persuadé qu'il n'est rien, qu'il ne peut rien , et que de son fonds il n'est bon à rien : or, dans cette persuasion, il n'est pas naturel qu'il forme des projets au-dessus de lui , niqu'U veuille s'engager en des ministères etdes fonctions qui demandent des talents rares et singuliers. Cela ne paratt pas naturel : mais il n'en est pas moins vrai , selon le mot de saint Léon , que rien n'est difficile aux humbles; qu'il n'y a point de si vaste dessein dont l'exécution les étonne ; qu'ils sont capables de tout oser, et d'affronter tous les périls avec l'assurance la plus ferme et l'intrépidité la plus héroïque; que plus ils se croient faibles, plus en même temps ils s'estiment forts, et que plus ils se défient d'eux-mêmes, plus ils sentent redoubler leur zèle, et portent loin leurs vues. Sont-ce là des paradoxes ? sont-ce des vérités ? Je prétends qu'il n'est rien de plus réel que ces merveilleux effets de l'humilité chrétienne, je prétends que c'est à quoi elle nous dispose, et ce qu'elle produit en nous. Je vais voua développer ce mystère, et voici oonmient nous devons Fentendre.

Car autant qu'un chrétien humble se défie de luimême, autant il se confie en Dieu; moins il s'appuie sur lui-même, plus il s'appuie sur Dieu. Or il sait que rien n'est impossible à Dieu. Il sait que Dieu prend plaisir à faire éclater sa gloire dans notre infirmité, et que c'est aux plus petits, dès qu'ils ont recours à lui, qu'il communique sa grâce avec plus d'abondance. Muni de ces pensées, et comme revêtu du pouvoir tou^puissant de Dieu même, est-il rien désormais de si laborieux et de si pénible, rien de si sublime et de si grand, dont il craigne de se charger, et dont il désespère de venir à bout } Que Dieu l'appelle, il n'hésitera pas plus que le prophète Isaîe à lui répondre : Me voici. Seigneur^ envoyez-moi, ( IsAï., 6. ) Que Dieu en effet l'envoie^ il ira partout : il se présentera devant les puissances du siècle, il entrera dans les cours des princes et des reis, il leur annoncera les ordres du Dieu vivant, et ne sera touché ni de l'éclat de leur pourpre, ni de leurs menaces, ni de leurs promesses; il plantera, selon les expressions figurées de l'Écriture, et il arra- ^ chera, il bâtira et il détruira , il amassera et il dissipera.

Quelle espèce de prodige , et quelle admirable actedde deux choses aussi incompatibles, cesemble,

que le sont tant de défiance d'une part, et de l'autre tant de confiance et de force ! Car , au milieu ds tout cela, le même homme qui agit si déllbérémenl et si courageusement ne perd rien de son humilité; c'est-à-dire qu'il conserve toujours le souvenir de sa faiblesse, qu'il se regarde toujours comme un serviteur inutile, comme un enfant; qu'il dit toujours à Dieu, dans le même sentiment que Jérémie : j4h! Seigneur, mon incapacité est telle que Je ne ptds pas même prononcer uneparole.{JvaiEU.,B.) Non , il ne le peut lui-même et par lui-même ; mais tandis qu'il en fait la confession la plus affectueuse et la plus sincère, il n'oublie point d'ailleurs ce que lui apprend le docteur des nations, qa^U peut tout encebd gui le fortifie. {PhiUp., 4. ) De sorte qu'H ne balance pas un moment à se mettre en oeuvre et À commencer, quel que soit l'ouvrage où la vocation de Dieu le destine. Qu'il y voie mille traverses à essuyer, et mille oppositions à vaincre, que le succès lui paraisse, non-seulement douteux, mais hors de vraisemblance, il espère contre l'espérance même. Ce n'est point par une témérité présomptueuse, puisque son espérance estfondéesur ce grand principe de saint Paul, que Dieu fait choix de ce fuiparaU plein de/oHeselon le monde, pour confondre les sages ; qu'il choisit ce qui est faible devant le monde,pour confondre les forts , et qu'il sesert enfindece qu'il y a de f^us bas et de plus méprisable, même des choses qui ne sont point, pour détruire celles qui sont. (1. Cor., %^ t. 37. )

Ainsi , quand ce jeune berger qui d'un coup renversa Goliath, vit approcher de lui ce Philistin d'une énorme stature : Tu viens à moi, lui dit-il, avec Fépée, la lance et le bouclier; mais moi Je viens à toiau nom du Seigneur, et tout désarmé que je suis, je me tiens certain de la victoire. (1 . Reg., 1 7.) Car voici , ajoute-t-il , ce que je te déclare : Le Seigneur te livrera entre mes mains :Je tedonneraila mort, et te couperai la tête, qfin que toute la terre sache quHly a un Dieu en Israël, et que ce n'est niparl'épée, ni par la lance qu'il sauve. Ainsi le même David se trouvant investi d'ennemis qui l'assaillaient de toutes parts , s'écriait avee une sainte hardiesse : Le Seigneur est notre ressource : mous combattrons , et il réduira en poudre tous ceux qui nous persécutent.

Tel est par proportion le langage des âmes humbles, d'autant plus assurées de la protection divine, qu'elles se répondent moins d'elles-mêmes; et du; rested'autant plus tranquilles sur la réussite de leurs entreprises, qu'étant humbles, cites craignent moins de subir la honte des fâcheux événements que Dieu quelquefois, pour les éprouver, peut permettre. Un homme du monde, suivant son orgueil , comme nous l'avons déjà remarqué, ne se hasarderait pas si aisément. H ne voudrait pas exposer son bon*

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