‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 2)Chapitre 217 sur 408 · PENSÉES DIVERSES SUR LHUMILITÉ ET L ORGUEIL · texte numérisé non relu

PENSÉES DIVERSES SUR LHUMILITÉ ET L ORGUEIL

afp mal à propos. (Test une faute ; et si d*abord on la reconnaissait, si l'on en convenait de bonne foi , et qu'on en témoignât de la peine , la chose en demeurerait là. Mais parce qu'on veut se justiGer et se diseulper, parce qu'on ne veut pas subir une légère eonfusion , conïbien s'en attire-t-on d'autres ? Vous contestez , et les gens s'élèvent contre vous ; ils TOUS traitent d'esprit opiniâtre, et, piqués de Totie ohstioatioo , ils prennent à tâche de vous mortifier, de vous rabaisser, de vous humilier. Avec un peu d'humilité , qu'on s'épargnerait d'humiliations !

n s*est élevé bien des savants dans le monde, et il s>n forme tous les jours. Quelles découvertes n'ontils pas faites et ne font-ils pas encore? Depuis l'hysope jusqu'au cèdre , et depuis la terre jusqu'au ciel, est-il rien de si secret , soit dans l'art , soit dans la nature, où Ton n'ait pénétré? Uéias! on n'ignore rien , ce semble, et l'on possède toutes les sciences, hors la science de soi-même. Selon l'ancien pro- Terbe cité par Jésus-Christ même, on disait et l'on dit encore: Médecin y guérissez-vous vous-même (Luc. , 4); ainsi je puis dire : Savants, si curieux de connaître tout ce qui est hors de vous, ne! quand apprendrez-vous à vous connaître vous-mêmes.

Il est vrai, vous ne parlez de vous que dans les termes les plus modestes et les plus humbles. Vous rejetez tous les éloges qu'on vous donne ; vous rabaissez toutes les bonnes qualités qu'on vous attribue ; vous paraissez confus de tous les honneurs qu'on vous rend; enfin, vous ne témoignez pour TOUs-mêmes que du mépris. Tout cela est édifiant. Mais du reste, ce même mépris de votre personne, que quelque autre vienne à vous le marquer, ou par une parole, ou par un geste , ou par une œillade, vous voilà tout à coup déconcerta : votre cœur se soulève, le feu vous monte au visage, vous vous mettez en défense , et vous répondez avec aigreur. Que d'humilité et d'orgueil tout ensemble! Maii^ tout opposés que semblent être l'un et l'autre , il n'est pas malaisé de les concilier. C'est qu'à parler modestement, et à témoigner du mépris pour soimême, il n'y a qu'une humiliation apparente, et qu'il y a même une sorte de gloire; mais à se voir méprisé de la part d'antrui , c'est là que l'humiliation est véritable, et par là même qu'elle devient insupportable.

Humilions-nous, mais sincèrement, mais profondément; et notre humilité vaudra mieux pour nous que les plus grands talents, mieux que tous les succès que nous pourrions avoir dans les emplois même les plus saints et dans les plus excellents ministères, mieux que tous les miracles que Dieu pourrait opérer par nous : comment cela? parce

que notre humilité sera pour nous une voie de salut beaucoup plus sûre. Plusieurs se sont perdus par l'éclat de leurs talents , de leurs succès , de leurs miracles : nul ne s'est perdu par les sentiments d'une vraie et solide humilité.

Ainsi , vous ne pouvez vous appliquer à l'oraison ; humiliez- vous delà sécheresse de votre cœur, et des perpétuelles évagations de votre esprit. Votre faiblesse ne peut soutenir le travail ; humiliez-vous de l'inaction où vous êtes, et du repos où vous vivez. Votre santé ne vous permet pas de pratiquer* des austérités et des pénitences ; humiliez-vous des ménagements dont vous usez, et des soulagements dont vous ne sauriez vous passer. De cette sorte l'humilité sera devant Dieu le supplément des œuvres qui vous manquent : supplément sans comparaison plus méritoire que ces œuvres mêmes. Car au-dessus de toutes les œuvres, ce qu'il y a dans le christianisme de plus difficile, ce n'est pas de faire oraison , ce n'est pas de travailler ni de se mortifier, mais de s'humilier.

Vous vous plamnez de n'avoir pas reçu de Dieu certains dons naturels qui brillent dans les autres, et qui les distinguent , mais surtout vous ajoutez que ce qui vous afflige, c'est de ne pouvoir pas, faute détalent, glorifier Dieu comme les autres le glorifient : illusion. Car si vous examinez bien le fond de votre cœur, vous trouverez que ce qui vous afflige , ce n'est point précisément de ne pouvoir pas glorifier Dieu comme les autres, mais de ne pouvoir pas, en glorifiant Dieu comme les autres, vous glorifier vous-mêmes. Que notre orgueil est subtil , et qu'il a de détours pour nous surprendre! jusque dans la gloire de Dieu , il nous fait désirer et chercher notre propre gloire.

.Quand on voit dans le ministère évangélique un homme doué de certaines qualités, d'un génie élevé, d'un esprit vif, d'une imagination noble , d'une éloquence forte et naturelle, on conclut que c'est un sujet bien propre à procurer la gloire de pieu , sans examiner d'ailleurs s'il a le fonds d'humilité nécessaire qui doit servir de base à toutes les œuvres saintes et les soutenir. Mais Dieu en juge tout autrement que nous. Car si cet homme manque d'humilité, si c'est un homme vain et présonlptueux , on peut dire de lui ce que Samuel dit de chacun des six enfants d'Isaïe, frères de David , et ses aînés : Ce n'est point là celui que le Seigneur a choisi. ( t . Reg., 1 6.) Sur qui tombera son choix ? sur un homme modeste et humble : voilà l* homme de sa droite ^ voilà le digne sujet qu'il emploiera aux plus merveilleux ouvrages de sa grâce, et de qui il tirera plus de gloire. Mais c'est un mérite médiocre, ou, poui ainsi parler, ce n'est rien selon les idées du monde. Je réponds que, indépendamment de tout autre

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