‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 2)Chapitre 220 sur 408 · AMITIES SENSIBLES ET PRETENDUES INNOCENTES · texte numérisé non relu

AMITIES SENSIBLES ET PRETENDUES INNOCENTES

die et contre ses déûnitions,' et qu'ils se portent pour défenseurs de ce qu'elle a noté publiquement et qualiûé d'erreur? Il est bien évident qu'ils n'agissent point en cela avec connaissance de cause , et que œ n*est point la raison qui les conduit. Qu'estee donc? l'amitié, et voilà le nœud de l'affaire. Us ont des amis partisans de ces erreurs, ils tiennent par le sang ou par quelque rapport que ce soit, à tel et à tel qui professent ces erreurs : sans autre motif, ni autre discussion, c'est assez pour les déterminer. Ainsi d^amis en amis Terreur se communique et répand de tous côtés son venin.

O la belle preuve pour un catholique , enfant de l^Use , pour un ministre même des autels , que ce qu'on entend dire à quelques-uns : Cet homme est de mes amis , il est naturel que je me joigne à lui ! 0 les belles conséquences , et l'admirable suite de raisonnements : c'est mon ami ; donc je dois lui assujettir ma foi, et la régler selon ses vues et ses préveiltions : c'est mon ami ; donc son autorité doit remporter dans mon esprit sur celle des souverains pontifes et des prélats , dépositaires de la saine doctrine : c*est mon ami; donc je dois lui être plus fidèle qu'à l'Église même, et lui prouver mon attadiement aux dépens de ma religion : c'est mon ami; donc s'il se pervertit, je dois me pervertir comme lui ; et s'il est rebelle à la vérité , je dois par mon suffrage lui fournir des armes pour la combattre! Certainement ce serait un mal bien pernicieux dans la vie humaine et dans le christianisme, que la solide amitié, si elle exigeait des amis une pareille déférence. Mais ce n*est point là ce qu'elle ^eut ; ni à quoi elle se fait connaître. Ce qu'elle demanderait plutât, en de semblables occasions, c'est qu^après avoir fait tous les efforts possibles pour remettre un ami dans la bonne voie, et pour fléchir la dureté de son cœur, on eût l'assurance de lui faire cette déclaration précise et positive : Je suis à TOUS, il est vrai , je suis votre ami ; mais je dois rétre encore plus de Dieu , encore plus de l'Église, encore plus de la foi que j'ai reçue dans mon baptême, et que je veux conserver pure; encore plus de mon devoir, qui est d'obéir et de croire; encore plus de mon âme, dont le salut dépend de ma catholicité et de ma soumission.

Un ami de cette trempe est proprement un ami solide; et de tout ceci i4 faut conclure que, quoiqu'il n'y ait personne qui ne se pique d'être solide dans ses amitiés , il y en a néanmoins très-peu qui le soient véritablement, parce qu'il y en a très-peu qui aient l'idée juste d'une solide amitié.

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