‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 2)Chapitre 221 sur 408 · MITIBS SENSIBLES ET PRETENDUES INNOCENTES · texte numérisé non relu

MITIBS SENSIBLES ET PRETENDUES INNOCENTES

Comme il y a des cœurs plus sensibles les uns que les autres, il y a aussi des amitiés beaucoup plus

BODRDAI.0UE. — T. Ul.

affectueuses et plus tendres; et c'est surtout entre les personnes de différent sexe que ces sortes d'amitiés sont plus communes. Amitiés d'estime mutuelle, d'inclination naturelle, de conformité d'humeurs, de sympathie, sans qu'il y entre de la passion : car c'est ainsi qu'on se le persuade. Amitiés qui ne servent, ce semble, qu'à la société, à l'entretien, au délassement de la vie, et où Ton ne voudrait pas permettre qu'il se glissât le moindre désordre. De là, amitiés dont on ne se fait aucun scrupule , parce qu'on se flatte d'y garder toute l'honnêteté et toute Tinnocence chrétienne. Mais que cette innocence est suspecte I et de tous les pièges que doivent craindre certaines âmes qui d'elles-mêmes ne sont pas vicieuses, et qui ont un fonds d'honneur et de vertu , voilà , sans contredit , le plus subtil et le plus dangereux. En effet, selon la disposition la plus ordinaire de notre cœur, il est bien difQcile et même presque impossible, que ces amitiés prétendues innocentes ne soient pas, ou peu à peu ne deviennent pas criminelles en plus d'une manière : criminelles par le péril qui y est attaché, et où Ton s'expose volontairement; crimmelles par le scandale souvent qu'elles causent , et à quoi l'on n'a point assez d'égard; criminelles par les impressions qu'elles font sur l'esprit et sur le cœur, et par les sentiments qu'elles produisent; enfln, criminelles par les extrémités où elles entraînent, et les chutes funestes où elles précipitent. Vérités dont il ne faudrait point d'autre preuve que l'expérience. Heureux si, déplorant le malheur d'autrui, nous savions en proGter pour nous-mêmes!

I. Amitiés criminelles par le péril qui y est attaché, et où l'on s'expose volontairement. Car qu'estce qui forme ce5 amitiés sensibles et tendres? ce n'est pas la raison, mais c'est le penchant du cœur; ce sont les sens ; d'où vient que ces amitiés sont quelquefois si bizarres et si mal assorties, parce que les sens sont aveugles, et que le cœur dans ses affections , bien loin de consulter toujours la raison « agit souvent contre elle et la combat. Quoi qu'il en soit , toute liaison où les sens ont part , et où le cœur n'est attiré que par le poids de l'inclination et la pente de la nature, doit être d'un danger extrême : pourquoi ? c'est que les sens , non plus que le cœur^ ne tendent qu'à se contenter, et que dans les progrès qu'ils laissent faire à leurs désirs tout naturels et tout humains , ils ne mettent point de bornes. Non pas que le cœur tout d'un coup, ni que les sens prennent tellement l'empire sur la raison , qu'il l'obligent de se taire ; non pas qu'ils en éteignent toutes les lumières, et qu'ils entreprennent d'abord de nous porter au delà du devoir, et de nous faire, franchir les lois de la conscience : tant charnels et tout grossiers qu'ils sont, ils y procèdent imc plus d'adresse : et c'est ce quîrandl

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