DEVOIRS DES FIDELES ENVERS L'EGLISE
mes. Gomme donc les offenses qui excitent notre amitié et notre haine, nous regardent spécialement et s*attaqoent à nos personnes, et qu*au contraire le caractère de Famitié est de nous détacher en quelque sorte de nous-mêmes pour nous attacher au prochain, il arrive de là communément que nous sommes tout à la fois et de froids amis et de violents ennemis.
Rien de plus fragile que les amitiés humaines. 11 faut des années pour les former, il ne faut qu'un moment pour les rompre. Encore, s'il était facile de les renouer : mais souvent, ce qu'un moment a détruit, des siècles ne le rétabliraient pas. Les amitiés chrétiennes sont beaucoup plus fermes et plus durables : pourquoi ? parce que le christianisme nous rend beaucoup plus patients, plus désintéressés, plushuoAbles, et, par conséquent, beaucoup moins Tifs et moins sensibles sur tout ce qui fait les ruptures et les divisions.
On dît communément , et on a raison de le dire : L*ami de tout le monde n'est ami de personne. Il y a en effet des gens de ce caractère j: ils vous aperçoivent, ils viennent à vous avec un visage ouvert, vous tendent les bras , vous saluent , vous embrassent, vous font les plus belles offres de service. Mais enfin, après mille protestations d'amitié, ils TOUS quittent, et demandent au premier qu'ils rencontrent, comment vous vous appelez, et qui vous êtes.
Une heure de prospérité fait oublier une amitié de vingt années. Depuis longtemps vous étiez lié avec cet homme, de connaissance et de société, parce que vous vous trouviez à peu près dans le même rang; mais la faveur l'a fait monter et l'a placé au-dessus de vous. Allez désormais vous présenter à lui : il ne vous connaît plus ; et comment vous connaîtrait-il, puisque infatué de sa nouvelle grandeur, il ne se connaît plus lui-même?
Hérode et Pilate devinrent amis, mais aux dépens de Jésus-Christ. Hélas! combien de grands se sont liés de même et accordés ensemble aux dépens du pauvre et de l'innocent!
Vous croyez faire un grand sacrifice à Dieu, parce que vous vivez retiré du monde , et que vous ne voyez presque plus personne. Cela est bon , et je conviens que vous ne voyez presque personne ; mais TOUS voyez trop une seule personne que vous ne devriez plus voir; voyez le restedu monde, et ne voyez point celle-là. Tout le reste du monde vous sera moins dangereux : celle-là seule est le monde pour vous, et le monde le plus à craindre.