‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 2)Chapitre 230 sur 408 · DEVOIRS DES FIDELES ENVERS L'ÉGLISE · texte numérisé non relu

DEVOIRS DES FIDELES ENVERS L'ÉGLISE

Pouvoir d*une telle étendue, que dans toutes les parties de la terre, il n*y a point de puissance qui ne lui soit subordonnée. T^on pas qu*elle entreprenne de passer les bornes que Jésus-Christ, son époux, lui a prescrites; ni qu'elle prétende porter plus loin son empire. Ce divin Sauveur nous a expressément déclaré que son royaume n'était pas de ce monde, voulant par là nous faire entendre que ce n'était pas un royaume temporel. Ainsi l'Église bien loin de s'élever au-dessus des puissances humaines, ni d'affaiblir leur domination , est au contraire la plus zélée à maintenir leurs droits et l'obéissance qui leur est due. Car voilà sur quoi elle s'est expliquée le plus hautement et le plus ouvertement par deux de ses plus grands oracles , l'un le docteur des nations , et l'autre le prince même des apôtres. Que toute personne soit soumise aux puissances supérieures, parce qu'elles sont établies de Dieu, Quiconque ose leur résister, résiste à Dieu niéme, et s'attire une juste condamnation ( Rom,, 13) : c'est la leçon que nous fait saint Paul. Rendez-vous obéissants a vos maîtres , soit au roi , comme à celui qui est audessus de tous; soit aux commandants, comme à ceux que le prince a envoyés et qu'il a revêtus de son autorité (Vi&TR., 2) : c'est ce que saint Pierre nous enseigne. Mais du reste, dès qu'il s'agit de la puissance spirituelle , il faut alors que tout plie, que tout s'humilie, que depuis le monarque qui domine sur le trône, jusqu'au plus vil sujet qui rampe dans la poussière, depuis le grand jusques au plus petit, depuis le savant jusques au plus simple , tous reconnaissent la souveraineté de l'Église , et se tiennent à son égardi dans une dépendance légitime. Point là-dessus d'exception ni de lieux, ni de rangs, ni de conditiohs.

Pouvoir d'une telle prééminence, que nul autre parmi les hommes ne l'égale, ni ne peut atteindre au même degré. De tous les rois , de tous les princes , et de tous les potentats du siècle , aucun n'a le même droit sur les opérations de mon âme, ni dans la même étendue : je veux dire qu'aucun ne peut m'ordonner de croire tout ce qu'il croit, de penser tout ce qu'il pense, de condamner intérieurement tout ce qu'il condamne, d'approuver tout ce qu'il approuve. Au dehors , ils peuvent exiger de moi, ou un silence respectueux, ou certaines apparences d'un acquiescement extérieur. Je dois même, dans le fond du cœur, et par un esprit d'obéissance, me conformer, autant qu'il est possible , à ce qu'ils jugent et à ce qu'ils ordonnent ; mais du reste, dans la persuasion où je suis qu'étant hommes comme les autres , ils ne sont pas plus exempts d'erreurs que les autres , s'ils se trompent en effet , je puis ne penser point comme ils pensent. Il n'appartient qu'à l'Église , à cette Église souverainement dominante, de nous dire : Croyez ceci , et de nous im-

poser par là une obligation étroite de le croire ; de * le croire , dis-je, de cœur, sans qu'il nous soit permis de douter, de raisonner, de former des difficultés, et de disputer sur ce qu'elle a une fois jugé et défini : elle a parlé , c'est assez. A cette seule décision , le plus sublime génie et l'esprit le plus borné doivent également se rendre , et il n'est pas plus libre à l'un qu'à Pautre d'entrer dans un examen qui leur est interdit. Quiconque refuserait à l'Église cette soumission , elle est autorisée à le traiter de rebelle; à le retrancher de sa communion , et à le frapper de ses anathèmes; triste état, où l'indocilité de tant d'hérétiques les a réduits. Ce sont des brebis errantes et perdues, à moins qu'il ne plaise à Dieu de les ramener par sa grâce. Demandons-lui pour eux ce retour si nécessaire , mais surtout demandons-lui pour nous la simplicité de lafjpi, et une docilité d'esprit qui nous préserve des mêmes égarements.

IL Comme enfants de l'Église, nous devons l'aimer, puisqu elle est notre mère. Le prophète disait: Une mère peut-elle oublier l'enfant qu'elle a mis au monde? (Isài., 49) et, renversant la proposition sans la contredire, j'ajoute et je dis même : Un enfant peut-il oublier la mère qui l'a conçu dans son sein , et à qui il est redevable de la vie et de la naissance? Une' mère qui abandonnerait son enfant et lui refuserait ses soins, serait indigne du nom de mère; et un enfant qui renoncerait sa mère, ou la regarderait avec indifférence , démentirait tous les sentiments naturels et toute l'humanité. Or, que l'Église soit mère et notre mère; quelle ait pour nous toute l'attention, toute la tendresse de mère, c'est , selon l'esprit et non selon la chair, l'aimable Qualité et l'illustre prérogative qui ne lui peut être contestée, pour peu que nous considérions toute sa conduite envers chacun des fidèles.

Dès notre naissance elle nous a régénérés en Jésus-Christ par le baptême. Elle nous a marqués du sceau de Dieu et du caractère de la foi. Elle nous a recueillis dans ses bras, et elle s'est chargée de nous donner la nourriture spirituelle. T a-t-il moyen qu'elle n'emploie dans tout le cours de nos années pour nous former, pour nous instruire et pour nous éclairer, pour nous diriger dans les voies de Dieu et nous y avancer, ou pour y appeler ceux qui ont eu le malheur d'en sortir ? Que de ministres elle dé pute pour cela, que de secours elle nous fournit, que de prières elle adresse à Dieu , que d'offrandes et de sacrifices elle présente, toujours attentive à nos besoins et toujours sensible à nos véritables intérêts, qui sont les intérêts du salut. Cest ainsi qu'elle nous conduit dans les divers âges de notre vie, et qu'elle ne cesse point de veiller sur nous ni d'agir pour nous.

Elle fait plus ; et c'est surtout à la mort, à ce pas-

DEVOffiS DES FIDÈLES ENVERS L'ÉGLISE.

langereux , qu'elle redouble sa Tîgilance, et lépiote dans toute son étendue son affecterneile. Elle ouvre en notre faveur tous ses

elle donne aux prêtres qui nous assistent ; pouvoirs , elle ne se réserve rien , et elle 1ère toute sa juridiction pour pardonner et loudre. Il n'y a qu'à Tentendre parler elleki quels termes s'exprime-t-elle dans cette Midation qu*elle fait à Dieu de Tâme d'un ;! Est-il rien de plus vif, est-il rien de plus t de plus touchant ? encore n'en demeurets là ; ses enfants lui sont toujours chers a mort et après la mort. Ils disparaissent IX ; mais leur mémoire ne s'efface point de eenlr. Elle veut que leurs corps reposent ! terre sainte, et que leurs ossements soient i«avec la décence convenable. Cependant éresse encore plus pour leurs âmes : et l'elle a un juste sujet de craindre que ces loique fidèles, redevables à Dieu, ne soient

dans un feu qui les purifie, et où elles souffrir jusqu'à ce qu'elles aient satisfait icedu Seigneur, elle les aide, autant qu'il lie, de ses suffrages, ne cessant point de

solliciter, d'agir ; tant qu'elle est incerleur état , et qu'il lui reste là-dessus quele.

m tel amour , par quel amour devons-nous t? Supposons un (ils bien né, et qui ne peut 3 zèle, les soins infinis d'une mère à laquelle ut : et que sent-il pour elle, ou plutôt que il pas, et que ne lui inspire pas un cœur ssant ? Est-il témoignage d'un attachement i qu il ne lui donne? est-il honneur qu'il Jère ? est-il devoir qu'il refuse de lui renous aimons l'Église , voilà notre modèle ; is-nous ne l'aimer pas, dans la vue de tous

que nous eu avons reçus et que nous en tous les jours? Pour peu que nous y pen- [uenous les comprenions, nous nous tien rnellement et inséparablement unis à cette croyants. Dans le même esprit que David, à plus juste titre, nous lui dirons ce que oi disait à Jérusalem , qui n'en était que : Plutôt que de vous oublier jamais, que na main droite, et que je m'oublie moilutôt que de perdre un souvenir qui me si doux ^ et dont Je dois faille le principal ma joie , que ma langue se desséche et meure collée à mon palais. ÇPsalm. 136). r cela de respect , point de considération : Pourquoi? parce que rien dans notre entrera en comparaison avec l'Église,. et Q intime dévouement, nous n'aurons avec

même intérêt, urne membres de l'Église, nous devons la

soutenir et l'appuyer. L'Église est un corps, je dis un corps mystique et moral. Ce corps a un chef, qui est Jésus-Christ , et il a des membres, qui sont lès fidèles. Ainsi l'apôtre saint Paul nous l'enseigne-MI en divers endroits, mais surtout dans son Épîtreaux Éphésiens , où il parle de la sorte au sujet de Jésus- Christ : Dieu lui a mis toutes choses sous les pieds, et il la établi ctief sur toute l'Église, laquelle est son corps et le représente tout entier, lui qui a dans tous ensemble toute saperfection. {Ephes., 1 .) Comme si le grand apôtre disait : Mes frères, nous ne faisons tous qu'un même corps avec Jésus- Christ et en Jésus-Christ. L'assemblée de tous les fidèles unis à Jésus-Christ par la foi , voilà le corps de l'Église : mais ces mêmes fidèles pris séparément et considérés chacun en particulier, voilà les membres de TÊglise. Plus ces membres croissent et se fortifient, plus le corps prend d'accroissement et acquiert de force ; et c'est ainsi que le chef reçoit lui-même plus de perfection en qualité de chef, à mesure que le corps, par l'union des membres, se fortifie et se perfectionne.

Quoiqu'il en soit, ce caractère, non-seulement d'enfants de l'Église, mais de membres de l'Église, est un des plus beaux titres dont nous puissions nous glorifier devant Dieu, et selon Dieu. Comme membres de l'Église, nous appartenons spécialement à Jésus-Christ, puisqu'en vertu du baptême que nous avons reçu , et par où nous filmes agrégés au corps de l'Eglise , nous avons contracté avec Jésus-Christ une alliance plus étroite et plus prochaine. Comme membres de l'Église nous ne sommes pointers étran-^ gers ni des gens de dehors ; mais nous sommes les domestiques de la foi; nous sommes de la cité des saints et de la maison de Dieu, les pierres vivantes dunouvel édifice, bâti sur le fondement des apôtres et des prophètes , où Jésus-Christ luirméme est la première pierre de l'angle. {Ephes., 2.) Comme membres de l'Église , nous participons à toutes les grâces qui découlent de son divin chef, et qu'il lui communique sans mesure. Car elle est dépositaire de ces sources sacrées du Sauveur, où nous puisons avec abondance les eaux du salut; elle est la dispensatrice de son sang précieux et de ses mérites infinis; et n'est-ce pas sur nous qu'elle les répand par une effusion continuelle? Or, de là, nous voyons combien il est de notre intérêt que cette Église subsiste, et combien il nous importe de travailler tous et de concourir à son affermissement.

Je sais qu'indépendamment de nous, cette Église subsistera en effet jusques à la fin des siècles, et que, selon la promesse du Fils de Dieu , les portes de l'enfer ne prévaudront jamais contre elle ; mais ce corps , qu'il n'est pas au pouvoir des hommes de détruire, peut, après tout, selon la mauvaise disposition des membres qui le composent , avoir ses

pertes et ses altérations , soit par la dësertioo de quelques-uns de ses enfants , soit par Paffaiblissement de la charité du plus grand nombre; et voilà sur quoi tout notre zèle doit s*allumer. Tel fut le zèle des apôtres, quand au péril même de leur vie et au prix de leur sang , ils s'employèrent sans relâche à former TÉgiise naissante et à retendre dajs toutes les parties du monde. Tel est encore de nos jours et parmi nous le zèle de tant d'hommes apostoliques, qui se consument d'études et de veilles pour la défense de TÉglise; qui, dans les chaires, dans les tribunaux de la pénitence , dans les entretiens publics et particuliers, consacrent leurs talents et leurs soins a TédiGcation de FÉglise ; qui passent les mers, et vont prêcher l'Évangile aux Barbares et aux idolâtres , pour l'avancement du royaume de Dieu sur la terre et le progrès de l'Église. Tel enfin doit être par proportion le zèle de chaque fidèle, qui, selon le mot de Tertullien, devient soldat dès qu'il s'agitde TËglise, et est indispensablement obligé de combattre pour sa cause , autant qu'il est en son pouvoir.

Car, suivant la figure dont se servait saint Paul sur un autre sujet, et qui ne convient pas moins a celui-ci, de même que dans le corps humain chacun des membres contribue à la bonne constitution du corps, de sorte que tous s'aident au besoin les uns les autres, ainsi dans le corps de l'Église devonsnous tous, par une sainte unanimité, être tellement liés ensemble, que jamais nous ne permettions qu'on y donne la moindre atteinte , et que nous nous opposions comme un mur impénétrable à tous les coups que l'erreur, l'incrédulité, l'impiété pourraient entreprendre de lui porter. Devoir propre de certains états et de certaines fonctions dans le gouvernement de l'Église; mais d'ailleurs, sans nulle différence de fonctions ni d'états, devoir commun et universel. Si ce n'est pas par le ministère de la parole que nous soutenons l'Église, et si nous n'avons pour cela ni le don ni la vocation nécessaire , soutenonsla par la pureté de nos mœurs, et rendons témoignage à la vérité de sa foi par la sainteté de nos œuvres. Si ce n'est pas par la pénétration de nos lumières, ni par l'étendue de nos connaissances, soutenons-la par la docilité de notre soumission , et par une fermeté inébranlable à ne nous départir jamais ni de ses jugements, ni de ses commandements. Si ce n'est pas contre les tyrans, soutenons-la contre les artifices de l'hérésie , contre les insultes du libertinage; et de quelque part que ce puisse être, ne souffrons point qu'elle soit attaquée impunément en notre présence. Nous lui devons tout cela ; et quand nous nous sommes engagés à elle, nous lui avons promis tout cela. A Dieu ne plaise que nous démentions un engagement si saint et si solennel ; ce serait nous démentir nous-mêmes. Gardons-nous

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