BONHEUR DE L'ETAT RELIGIEUX
rét temporel et tout humain, quitte son église pour passer à une autre. Mais, dit-il, je ne fais rien contre les règles, dès que la puissance ecclésiastique et supérieure me donne sur cela les pouvoirs nécessaires. Pour lui répondre, je me servirai encore de la même figure : il en fera telle application qu'il lui plaira. Des pharisiens vinrent demander au Fils de Dieu s'il était permis a un homme de renvoyer la femme qu'il avait épousée. Qu'est-ce que Moïse a ordonné là-dessus , leur répoàdit le Sauveur du monde? Moïse^ dirent-ils , a permis de faire un acte de divorce, et de se séparer ainsi de sa femme. 11 est vrai , reprit Jésus-Christ , Moïse vous l'a accordé; mais il ne l'a accordé qu'à la dureté de votre cceur. ( Matth. , 19. )
D'autres n'ont garde d'abandonner un bénéGce qu'ils possèdent, et ne pensent point à le quitter. Il est dans leurs mains ; mais leurs mains n'en sont pas remphes. Que faut-il donc ? accumuler bénéûces sur bénéfices. Ils disent aisément, et le disent même bien haut : Ce n'est pas assez ; mais on ne les entend jamais dire : C'est trop. Le prophète, parlant à ces riches qui entassent acquêts sur acquêts, et joignent maisons à maisons, s'écriait : l^yaurcht-il que vous sur la terre pour Vhabiterl (Isai., 5.) Il me semble que je pourrais m'écrier de même : N'y aura4'il que vous dans V Église pour la servir f Mais que dis-je, pour servir l'Église? Elle serait souvent bien mal servie, si elle ne l'était que par ceux qui veulent avoir plus de raisons et plus d'obligations de la ^rvir.
DE L'ÉTAT RELIGIEUX
réfilTABLB &0NHEUB DE l'ÉTAT RELIGIEUX.
Quand on parle du bonheur de l'état religieux, il me semble qu'on en donne quelquefois des idées bien humaines; et j'avoue que je n'entends pas volontiers des prédicateurs nous représenter la vie religieuse comme une vie douce, exempte de toutes peines et dégagée de tout soin. On dirait, à les en croire , que le religieux n'a rien à souffrir, rien à supporter ; que rien ne lui manque et que tout lui rit; que tout succède selon «es désirs. Pour une maison qu'il a quittée cent autres et au delà lu i son t ouvertes ; pour un père et une mère dont il s'est séparé, autant d'autres qu'il y a de supérieurs chargés de sa conduite. Tout cela est beau : mais le mal est que tout cela n'est guère évangélique. Et pourquoi faudrait-il renoncer au monde, si c'était là le centuple que Jésus-Christ nous eût promis et qu'on eût à attendre dans la religion? Outre qu'on trouverait beaucoup à décompter des espérances qu'on aurait
conçues en embrassant l'état religieux , il sera doute fort étrange qu'on cherchât hors du mo qu'on a prétendu fuir en sortant du monde, à-dire des avantages purement temporels douceurs toutes naturelles.
Le grand avantage de la profession relig c'est l'abnégation chrétienne , c'est la mortifi des sens, c'est la croix ; et voilà sous quel asp la doit envisager. Tout ce qui s'éloigne de vue , s'éloigne de la vérité , et par conséqueni qu'illusion. Je veux donc qu'on ne dissimule une jeune personne qui forme le dessein de s rer dans la maison de Dieu , et qui s'y sent ^ Je veux qu'on ne lui déguise rien par de b tes, mais de fausses peintures; qu'on lui voir toutes les suites du choix qu'elle fait; lui propose les objets tels qu'ils sont, et qu' montre les épines dont est semée la voie o entre. Car qu'est-ce en effet que la vie relig sinon l'Évangile réduit en pratique, et dans tique la plus parfaite; et qu'est-ce que TÉvaj sinon une loi de renoncement à soi-mêm mort à soi-même, de guerre perpétuelle conti même?
Mais on me dira que ces pensées peuvent d rager une âme et la rebuter; et moi je répon< c'est de là même au contraire qu'elle peut et c doit tirer les motifs les plus propres à la rés et à l'affermir dans sa résolution : comment? que c'est de là qu'elle apprend à estimer l'éta gieux par où il est précisément et souveraine estimable, savoir, comme un état de sanctifier comme un état de perfection , comme un état lut, comme un état où l'âme religieuse peut; ser chaque jour de nouveaux mérites pour Tête et accumuler sans cesse couronnes sur couro Point capital auquel elle doit uniquement i cher, et en quoi elle doit faire consister sur la tout son bonheur. Aussi est-ce sur cela seul < prédicateur lui-même doit insister, et en cel qu'il doit renfermer les excellentes prérogati' la profession religieuse. Quoi qu'il en soit d< le reste, et quelques couleurs qu'on emploie l bellir et à le relever, dès qu'on s'écartera de importante considération du salut, je n'hés point à dire en particulier de l'état religieux \ personnes qui s'y engagent, ce que saint Paul en général du christianisme et des chrétiens professaient : Si l'espérance que nous avons se * à cette vie, de tous les hommes, nous somm plus malheureux, (1. Cor., 15.)
Voilà ce que je dirai , sans craindre d'eo désavoué par aucun de ceux qui ont quelque naissance de la vie religieuse, et surtout de qui en ont quelque expérience. Mais du ro€ qu'on m'alléguera le salut, qu'on me parlera