‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 2)Chapitre 246 sur 408 · SMENT DU BEL1G1BUX , OU LE BELIGIEUX AU JUGEMENT DE DIEU · texte numérisé non relu

SMENT DU BEL1G1BUX , OU LE BELIGIEUX AU JUGEMENT DE DIEU

est une promesse bien consolante pour le reli- K , que celle de Jésus-Christ aux apôtres : Je dis en vérité, qu'au temps de la résurrection y pie le JFils de l'homme sera assis sur le siège s majesté, vous qui m'avez suivi, vous serez -mimes assis sur douze sièges, et que vous rez les douze tribus d'Israël. Et quiconque \ quUtépour moi sa maison, ou ses sœurs, ou

sonpére, ou sa mère, tous ses héritages, recevra le centuple et la vie étemelle. (Matth., 19.) Le religieux , comme les apdtres , a tout quitté. Il a même, dans un sens, beaucoup plus quitté que les apôtres, puisqu'ils ne quittèrent que leurs barques et leurs filets, n'étant que de pauvres pédieors. Enfin, c'est au nom de Jésus-Christ et pour Jésus-Christ qu'il a renoncé au monde et à tous les biens du monde. Il a donc part à la promesse du Fils de Dieu ; et elle n'exprime rien des! grand qu'il ne puisse s'appliquer et où il n'ait droit de prétendre. Quelle espérance! quelle récompense! Mais voici d'ailleurs une autre parole bien terrible , sortie de la bouche du même Sauveur, et qui fournit au religieux un fonds inépuisable de réflexions, et des réflexions les plus sérieuses : On exigera beaucoup de celui à qui Von a beaucoup donné; et plus on M aura confié de talents, plus on lui en redemandera. ( Luc. ,12.) C'est-à-dire , que nous serons Jugés selon notre état , et selon les grâces attachées à notre état : de sorte que plus l'état aura été saint et capable de nous sanctifier, plus nous aurons de comptes à rendre et de châtiments à craindre. Car , suivant c« qui est encore écrit dans TËvangile : Le serviteur qui a connu la volonté de son mailre, et qui, ayant eu plus de moyens pour l'accomplir , Paura néanmoins négligée et n^aura mis ordre à rien, en sera plus criminel et plus rigoureusement puni. (Id., v. 47.)

Voyons donc un religieux au jugement de Dieu , je dis un religieux tiède, lâche , imparfait, peu soigneux de ses devoirs, et peu zélé pour son avancement et pour sa perfection. Voyons-le à cejugement redoutable où Dieu ne distingulsra les conditions et les professions , que pour en faire la matière et la règle de ses arrêts. Cest là que nous comparaîtrons tous, et que le religieux, comme le reste des hommes , viendra répondre de toute sa vie et recevoir sa sentence. Ne nous flattons pas que ce soit toujours une sentence favorable. Jusque dans le sacré collège des apdtres, il y a eu un apostat et un réprouvé : nous étonnerons-nous , après cela , que dans les plus saints ordres il se trouve des sujets indignes de l'habit qu'ils portent , et réservés aux vengeances du Seigneur?

Quoi qu'il en soit, il sera jugé , ce religieux, quel qu'il puisse être; et comment Dieu y procéderat-il? quelle forme de jugement observera-t-il ? qne lui remettra-MI devant les yeux pour leconvaincre ? quatre choses : le bienfait de sa vocation, les devoirs de sa vocation, les moyens qui lui auront été fournis pour remplir sa vocation, enfin l'abus criminel qu'il aura fait des grâces de sa vocation. Tout cela formera contre lui un témoignage qui Paccablera . et qui ne lui laissera nulle excuse pour se justifier.

MO

JUGEMENT DU ttEUGlEUX.

I. Le bienfait do sa vocation. Dieu ne s'était pas contenté de l'appeler au christianisme, de Tagréger par le baptême au corps de son Église, de lui révéler les vérités de son Évangile, et de le faire instruire de ses mystères , de ses commandements, des voies ordinaires du salut ; grâces communes qui doivent suffire à tout chrétien pour rattacher inviolablement à Dieu. Mais à Fégard de cette âme religieuse, Dieu avait eu des vues encore plus relevées et plus particulières. H l'avait regardée comme sa vigne choisie, selon la ligure dont il se servait luimême en parlant de Jérusalem. Cette vigne qu'il Toulait faire profiter au centuple , et dont il prétendait recueillir des fruits de sainteté les plus excellents, il l'avait plantée dans une terre de bénédiction. Il se proposait de la voir croître, monter, s'élever, et voilà pourquoi il l'avait distinguée gt spécialement élue. C*était de sa part une faveur, une élection toute gratuite, et c'est aussi ce qu'il représentera au religieux; c'est de quoi îl lui retracera l'Idée la plus vive et le souvenir le plus touchant.

n lui développera les secrets de sa providence et toute sa conduite; comment il l'avait prédestiné de toute éternité pour être associé à son peuple chéri et à ses plus Gdèles amis , comment il l'avait prévenu dès ses plus jeunes années , pour lui inspirer le dégoût du monde et pour l'en séparer; comment , dans un âge faible, il lui avait donné assez de force et assez de courage pour rompre tous les liens de la chair et du sang, et pour vaincre tous les obstacles qui pouvaient le retenir ; comment il l'avait reçu dans sa maison , dans son sanctuaire , pour n'y être occupé que des choses divines et pour ne vaquer qu'à de pieux exercices ; comment il l'avait appelé aux plus hauts degrés de la sainteté, et il lui en avait ouvert les voies; comment il avait eu en ▼ue de lui faire mener sur la terre , autant qu'il était possible , la vie des anges dans le ciel , de le tenir toiyours auprès de lui comme ces esprits bienheureux , et de l'admettre en quelque manière dans sa confidence et dans sa plus intime familiarité. Car telle est en effet Texcellence de la vocation religieuse; en voilà les prérogatives et les plus précieux avantages.

II. Les devoirs de sa vocation. Les grâces de Dieu, surtout certaines grâces, portent avec elles leurs obligations; et selon le prix et la mesure de ses grâces , les obligations croissent et s'étendent à des pratiques plus parfaites. De là vient que la sainteté d'uu religieux doit autant surpasser la sainteté d'un homme du siècle, que la vocation de Tun est au-dessus de la vocation de l'autre ; et c'est pour cela même aussi que l'état religieux consiste essentiellement dans ce sacrifice entier que nous iisisons de nous-mêmes par les trois vœux de pauvreté, de chasteté et d'obéissance : de pauvreté, en

dévouant à Dieu tous nos biens; de chasteté « en dévouant à Dieu tous nos sens; d'obéissaiioe, ea dévouant à Dieu tout notre cœur et toute notre volonté.

C'est encore pour cela que les ^ints instituteurs, éclairés et inspirés de Dieu, ont ajouté à ces trois engagements , chacun une règle où , dans un cours d'observances ordonnées et solennellement approuvées, sont contenues et réduits en acte tous les conseils évangéliques, toutes les vertus : le plus pur amour de Dieu , la charité du prochain la plus désintéressée, une mortification continuelle, soit intérieure, soit extérieure; l'humilité, le mépris de sa personne, la patience , la soumission, le recueillement, la retraite, le silence, la modestie, le jeûne, les abstinences, l'assiduité à Toraison, à ToP fice divin , aux lectures de piété , aux examens de la conscience , à la confession , à la communion , au travail et aux fonctions de son emploi ; en un mot, tout ce qui peut servir à perfectionner l'Ame religieuse et à la sanctifier. Devoirs que Dieu détaillera, pour ainsi dire, de point en point, au religieux, sans en omettre un seul article. Voilà votre règle, reconnaissez-la. Voilà ce que vous deviez faire et ce que vous deviez être; vous l'aviez promis, et je l'avais exigé de vous. Et qu'y avait-il en cela que de juste, que de convenable à votre profession ? il faMt l'honorer comme elle vous honorait : il fallait en soutenir la sainteté. La route vous était tracée : il y fallait marcher.

m. Les moyens qui lui auront été fournis pour remplir sa vocation. Non-seulement Dieu ne nous demande rien d'impossible, mais tout ce qu'il nous demande, quelque difficulté qui s*y rencontre , eu égard à notre faiblesse, il prend soin de nous le faciliter par sa grâce, et de nous le rendre praticable. C'est ce qui paraît dans l'état religieux. Si le religieux doit tendre à toute la perfection de l'Évangile, combien de moyens la religion lui met-elle en main pour y parvenir? Qu'épargne-t-elle pour l'instruire, pour l'éclairer, pour l'animer, pour le fortifier, pour le préserver des occasions , pour le relever de ses chutes , pour le régler par de bons modèles, pour allumer sans cesse dans son âme une sainte ferveur, et pour l'avancer ?

Temps d'épreuves où, tout récemment sorti du monde et novice dans les choses de Dieu , de sages maîtres n'ont d'autre occupation que de le dresser, de l'exercer, de lui former l'esprit et le cœur, de lui enseigner la science des saints et de lui apprendre à la pratiquer. Temps de retraite où , rentrant eu lui-même et repassant par ordre les vérités les plus touchantes , il revient de ses dissipations, il se remet de ses langueurs , il pleure ses infidélités et ses négligences , il reprend sa première ardeur et redouble le pas dans la carrière qui lui est mar-

JUGEMENT DU RELIGIEUX

qâée. Temps de reoouvellenieDt où , pour se lier phis étroitement à Dieu que jamais , et pour serrer les sacrés nœuds qui rattachent, il ratîGe toutes les promesses quil a faites, il se reproche les plus légères atteintes qu*il peut y avoir données, il s^engage psrde nouvelles protestations, et se rétablit ainsi auprès du Seigneur, dont il commençait à s*éloigner. Exercices journaliers : la méditation, la prière, bTÎsite des autels, Tassistance au chœur, les louanges divines, rapproche des sacrements , les fréquentes revues, les œuvres de pénitence, les entretiens spirituels , les conférences , les exhortations , Tusage des bons livres; vigilance des supérieurs, exemple des ^aux, concours unanime des sujets dont une eommanauté est composée, qui vivent sous la même règle, et qui, par une édification mutuelle et une sainte émulation, se soutiennent les uns les autres. Ajoutez les grâces du ciel , grâces intérieures, grâces particulières, grâces plus abondantes dans les maisons religieuses que partout ailleurs ; lumières , sentiments, inspirations.

Que faut- il de plus, et ce que Dieu disait à Israël, n'aura-t-il pas droit de le dire à un religieux. Qu'ai'je pu faire pour vous que je n'aie pas fait? (ISÂi., 5.) Je vous ai sauvé de TÉgypte, je vous ai conduit dans une terre de l>énédiction ; je vous ai nourri de la manne céleste; ma miséricorde vous environnait de toutes parts , et je vous ai recueilli sous mes ailes pour vous défendre de tous vos ennemis. Quelles barrières n'aviez-vous pas à leur opposer ? De quelles armes n*étiez-vous pas muni pour les combattre ? Que vous demandais-je au-dessus de vos forces ; et , pour vous seconder, quelle protection, quels soins, quels appuis vous ont été refusés? Vous ne vous plaindrez pas de moi et de ma providence; mais c'est à moi maintenant d'examiner quelles plaintes j'ai à former contre vous, et combien vous êtes redevable à ma justice.

lY. L'abus criminel qu'il aura fait des grâces de sa vocation. Voici le point capital et dé<Msif , voici le terme fatal et le dénotlment de cette dangereuse procédure. L'Évangile ne nous annonce rien sur cela que d'effrayant ^ que de sinistre. Le Fils de Dieu cherchedu fruitdans un figuier, et n'y en trouvant point, il le maudit. Le cep de la vigne qui ne produit que des feuilles, est coupé, desséché et mis au feu. Le serviteur qui ne rend que le talent qu'on lui a confié , et qui ne Ta pas fait valoir, est réprouvé du maître. Ainsi , que sera-ce au moment de la mort, à ce moment où le religieux cité an tribunal de Dieu, paraîtra devant cette souveraine majesté et aux pieds de ce juge inexorable qui n'a acception de personne ? que sera-ce , dis-Je , quand Dieu, s'adressant à lui, il lui dira comme ce seÎKneor à son intendant : Rendezrmci compte

de voire recette. ( Luc. ,16.) Car voilà ce que voua aviez reçu , et à quelles conditions vous l'aviez reçu. Tel était le bienfait de votre vocation, tels étaient les devoirs de votre vocation , tels ont été les moyens qu'on vous a fournis pour remplir votre vocation : à quoi tout cela s'est-il terminé, et de votre part quels en ont été les effets?

Que sera-ce quand Dieu reprenant le fil et toute la suite de sa vie, pendant les trente, les quarante années, et peut-être davantage, il lui fera voir une vie passée dans l'oisiveté, dans la paresse, dans une tiédeur mortelle et habituelle; une vie dissipée, immortifiée, quelquefois plus sensuelle par proportion et plus mondaine que la vie même du monde; une vie sans attention sur soi-même , sans zèle de sa perfection, sans goût pour toutes les pratiques de piété et sans dévotion ; des vœux très-imparfaitement gardés , et souvent tout à fait violés : des règles, ou méprisées et hautement transgressées, ou observées par nécessité, par crainte, par bienséance, par respect humain; des actions toutes naturelles, des intentions toutes serviles, des passions très-vives, des conversations très-libres, des paroles très-médisantes et très-malignes, des animosités nourries et invétérées dans le cœur, des impatiences au dehors et des saillies de colère qui n'ont que trop éclaté dans les rencontres , et que trop causé de trouble et de scandale ?

Car nous parlons d'un religieux de ce caractère c'est-à-dire (et faut-il , hélas! que nous soyons contraints de faire un tel aveu!) c'est-à-dire que nous parlons d'un grand nombre de religieux, sans y en comprendre d'autres, dont il serait à souhaiter que les égarements, plus affreux encore et plus déplorables, fussent ensevelis dans un éternel oubli. Or, encore une fois, que sera-ce quand ce reli* gieux se trouvera chargé de répondre à Dieu d'une telle vie, et d'une conduite si peu religieuse? Est-ce là ce que Dieu attendait de lui , et ce qu'il devait en attendre ? est-ce là ce que lui-même il avait eu d'abord en vue , lorsqu'il sortit de la maison paternelle, et qu'il se dégagea, avec une détermination si ferme et si constante, de tous les liens du monde, pour se consacrer uniquement au service de Dieu? était-ce là que devait se réduire ce service de Dieu, et en cela qu'il devait consister? Hé! s'il ne s'agissait d'autre chose, qu'était-i) nécessaire de faire tant d'efforts, de rompre tant de nœuds, de s'enfermer dans le cloître , et de recevoir, pendant une année de probation , tant de leçons ; de prendre des engagements si saints, si étroits, si irrévocables? Pourquoi tout cet appareil? il n'y avait qu'à rester dans le siècle, et qu'à y jouir de sa liberté.

Mais allons plus avant : et que sera-ce encore, quand , pour achever de confondre le religieux , et pour lui ôter toute excuse, Dieu formera contre lui

JUGEMENT DU RELIGIEUX

un jugement de comparaison : je veux dire, quand Dieu l'opposera lui-même à lui-même, quand Dieu le comparera avec tant de justes qui vivaient dans le monde, et qui s*y sont sanctiGés ; quand Dieu fera même servir à sa condamnation les pécheurs du monde, et toute leur conduite selon le monde? Témoignage qu'il ne pourra récuser, et dont il sera accablé. Reprenons.

I. Comparaison de lui-même avec lui-même. Et en effet , il n'y a point , ou presque point , de si mauvais religieux, qui , vivant au milieu de ses frères, et les voyant assidus à leurs observances , n'ait eu quelquefois certains sentiments, et ne se soit trouvé en certaines dispositions où Dieu le touchait, où il comprenait le bonheur de son état, où il en considérait la sainteté , où il s'affectionnait à ses devoirs , où il était résolu de s'y rendre plus fidèle , et où il les remplissait véritablement. Cétait pour les supérieurs une consolation, pour la communauté un sujet d'édification, et pour lui-même un repos de conscience dont il goûtait toute la douceur et toute l'action. C'est donc là , c'est à ces heureux jours que Dieu, pour ainsi dire, le renverra. Que pensiezvous alors? à quoi étiez- vous disposé? que faisiezvous? qu\Y avait-il dans la règle que je vous avais imposée et que vous aviez embrassée, qui vous étonnât, qui vous rebutât, qui vous arrêtât? Vous couriez dans mes voies, et vous vouliez y persévérer et y mourir : pourquoi vous en êtes-vous retiré , et d'où est venu ce changement? Ce qui était un devoir pour vous, a-t-il cessé de l'être? Ne vous étiez-vous donné à moi que pour un temps , et n'étiez-vous pas toujours engagé par la même profession et les mêmes vœux ? Ces grands motifs qui vous attachaient à vos obligations, ont-ils perdu toute leur force; et le joug que vous portiez si délibérément et avec tant de courage, est-il devenu plus pesant et moins soutenable? Soyez vous-même votre juge, car c'est à vous-même que j'en appelle : ce que vous avez voulu en telle conjoncture et ce que vous avez pratiqué, vous avez toujours dû le pratiquer, et toujours dû le vouloir.

II. Comparaison avec les justes du siècle. Le monde est bien corrompu ; mais c'est cela même qui relève la gloire et le mérite de tant de saintes âmes qu'on voit dans le monde, tout corrompu qu'il est, et malgré tous ses dangers, s'adonner constamment à toutes les œuvres de la piété chrétienne , et vivre selon toute la perfection de l'Évangile. Quelle innocence , quelle pureté de mœurs ! Quelle dévotion vive et ardente dans l'oraison , dans la communion, dans toutes les pratiques de religion ! Quelle fidélité aux moindres exercices que leur a prescrit un ministre de Jésus-Christ, en qui elles ont mis leur confiance ! Quelle docilité aux leçons de ce directeur, et quelle obéissance à ses ordres comme aux ordres

de Dieu même! Quel esprit de pénitence , que d'austérités secrètes ! que de rigueurs qu'on est plutdl obligé de modérer que d*exciter ! Conibieo d'autres opérations de la grâce qui ne paraissent point, parce que ce sont des âmes sans ostentation, et pins soigneuses de se cacher que de se produire aux yeux du public I II n'y a que les prêtres du Seigneur, dans le sein desquels elles déposent leur oousdenee, qui soient bien instruits de ces mystères : et je ne dissimulerai point que moi-même j'en ai cent fois rougi devant Dieu , voyant dans le plus grand monde des saints et des saintes, et y découvrant d*èmînentes vertus qui me reprochaient mes imperfections et mes faiblesses.

Mais ce reproche , combien sera-t-il encore plus pressant au jugement de Dieu, et quels prétextes le religieux pourra-t-il alléguer là-dessus pour sa défense? Le Fils de Dieu pariant des Juifs, disait : L£$ NinivUes s'élèveront au jugement contre cette nation et la condamneront. Car dés qu'ils enten^ dirent la prédication de Jonas, ils firent pénitence; et voici plus queJonas. (Matth., 12.) Le même Sauveur ajoutait : Plusieurs viendront de l'Orient et de l'Occident, et auront place au festin avec Abraham, Isaac et Jacob, dans le royaume des cieux; mais les enfants du royaume seront rejetés, (Id., 8.) Tristes figures dont le sens ne peut que trop s^appliquer à notre sujet , et qui n*en sont qu'une trop sensible démonstration. Car voilà ce qui doit s'accomplir à l'égard du religieux , et voilà comment Dieu , pour ainsi parler, lui confrontera des troupes de séculiers dont la vie et les exemples feront sa honte et sa condamnation. Dans la terre des péchenrs , ils se sont sanctifiés ; et vous , dans la terre des saints , quel degré de samteté avez-vous acquis ? Ils étaient au milieu des périls , et ils se sont sauvés; vous, dans un lieu d*asile et gardé de toutes parts, en combien de manières avez-vous exposé et hasardé votre salut? Tout conspirait à les détacher de moi, et jamais ils ne se sont départis de ma loi et de la perfection de ma loi; vous, tout vous portait vers moi , et combien de fois m'avezvous oublié, combien de temps? Cette perfection où ils sont parvenus n'était pour eux qu'un conseil, et ils n'en ont pas néanmoins négligé ni volontairement omis un seul point : pour vous, c'était un devoir indispensable, c'était un précepte de la désirer, de la rechercher, d'y tendre sans cesse et de vous y avancer : mais quel effort avez-vous fait pour cela, mais y avez-vous pensé, mais vous en êtes-vous occupé , mais en mille rencontres , et sur mille sujets , avez-vous même observé l'essentiel de l'Évangile et satisfait au commandement?

III. Comparaison avec les pécheurs du siècle. Ce sont ces mondains qui , possédés du monde dont ils se sont rendus esclaves , donnent aux affaires du

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