‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 2)Chapitre 251 sur 408 · GOUVERNEMENT BEU6IEUX · texte numérisé non relu

GOUVERNEMENT BEU6IEUX

rieures brusques dans leurs manières, sèches dans lears paroles, aigres dans leurs réprimandes, fâehetises dans leurs humeurs, partiales dans leurs affections , accordant tout aux unes , et refusant tout anx antres? Pourriez-vous alors trouver mauvais que les eœars vous fussent fermés, et que chaque particulière, après avoir essuyé vos rebuU et vos rigueurs extrêmes, se tint à Técart et attendit une conduite plus charitable et plus engageante que la ▼ôtre? Souvenez- vous que le joug delà religion est ie joug de Jésus-Christ, et que Jésus-Christ nous assure, dans les termes les plus formels, que son joug est doux et son fardeau léger. Ne démentez pas cette parole de la vérité même , et n^appesantisaez pas , ne rendez pas insupportable un joug qui, selon la promesse de notre divin maître, doit être aisé à porter. Il ne fout pécher par aucun excès : mais il me semble, après tout , que dans une supérieure, il serait moins condamnable de pécher par un peu trop de bonté que par trop de sévérité. Pensez que vos fllles ne sont pas nées esclaves , qu'elles ne sont pas nées dans la dépendance, mais qu'elles s*y sont réduites volontairement et par choix; que ce sont les servantes de Dieu, qui est un Dieu de miséricorde; que c*est le plus cher troupeau du Fils deDîeu, Xfui en a fait ses épouses. Peut-être quelqu'une vous parattra-t-elle trop délicate, trop occupée de sa «inté; mais à moins que vous n'en ayez une certitude bien fondée , penchez plutôt à la contenter, autant que cela se peut, qu'à lui retrancher ce qu'elle croit loi être né»Msaire. Dans le danger d'être trompée , 11 vaut mieux que vous le soyez en faisant du bien , que de Têtre en contristant une personne et la mortifiant.

IV. Fermeté. Cest le correctif d'une lâche et molle ^condescendance : car la charité ne doit point dégénérer dans une tolérance aveugle et pusillanime, ni aibiUlr le gouvernement. Les puissances du siècle <int le glaive en main pour punir les coupables , et "VOUS avez en main l'autorité pour réprimer les esprits indociles et pour les tenir dans ledcvoir. Quand donc l'occasion se présente, et qu'il y va de la gloire de Dieu et du bon ordre de votre communauté, c'est alors que vous devez vous armer d'une sainte assurance, que vous devez avertir, reprendre, user de tout votre pouvoir, et vous opposer, comme un mur d*airain, à tous les scandales et à toutes les nou- Teautés. Vous me direz qu'il faut à tout cela de Tas- «aisonnement et de Tonction : j'en conviens; mais je vous dis aussi qu'il y faut de la force et de la réaohition. Voyez quelle menace Dieu faisait à son prophète; elle est terrible, elle vous regarde : Profihète,je vous ai établi sur la maison d'Israël pour hd annoncer mes ordres et lui déclarer mes vokmiéM.Si, par UM considération humaine et par tmeUmidité indigne de votre ministère , vous de-

meurez dans le silence; si vous manquez de vous faire entendre à ce peiq)le, et que quelqu'un s'é" gare et se perde, il périra dans sonpéckéetpar son péché ; mais ce péché même vous sera imputé, vous y participerez, et le sang de ce pécheur, frappé de mon indignation et de ma colère, rejaillira sur vouspour votre ruine et votre condamnation. (EzECH., 55.) Cest ainsi que Dieu vous parle à vous-même dans la situation présente où vous êtes, et il n'y a rien là que vous ne puissiez vous appliquer.

Si, par une trop grande réserve, vous avez des ménagements où vous n'en devez point avoir ; si , par votre extrême facilité , c'est la communauté qui vous gouverne, au lieuqu'on vous a constituée pour la gouverner, qu'arrivera-^il de là? Ce sera bientôt un renversement universel , parce qu'il n'y aura plus de frein qui arrête. Or, dans ce renversement que vous auriez pu et dû prévenir, jugez ce qu'il y aurait à craindre pour vous de la part de Dieu. Mais je voudrais ne faire de peine à personne : vous le voudriez; et moi je vous dis qu'il y a des personnes à qui l'on est quelquefois obligé d'en faire. Mais je les choquerai, j'attirerai bien des murmures contre moi, et je prévois que cela fera du bruit : vous le prévoyez; et moi je vous réponds, qu'il y a des conjonctures où le bruit est nécessaire, que les murmures retomberont sur celles qui s'y laisseront emporter, qu'ils passeront, que vous aurez acquitté vptre conscience. Mais il est fâcheux de s'exposer, en parlant , à des réponses désagréables et à de secrètes animosités dont il ne sera pas aisé dans la suite d'effacer l'impression. La chose est fâcheuse, je le sais ; mais je vous demande : qui parlera donc si vous vous taisez ? Et comme vous avez les avantages de la supériorité, n'est-il pasjuste que vous en ayez les désagréments? Enfin, vous souhaiteriez de gagner les cœurs et de vous affectionner la maison : votre intention est bonne, elle est louable; mais vous êtes dans l'erreur si vous comptez de vous faire aimer par une indulgence qui souffre tout et qui accorde tout. On vous méprisera ; et celles mêmes qui vous témoigneront plus d'attachement parce que vous ne les contredirez en rien , perdront pour vous toute estime dans le fond de l'âme. Car voilà comment nous sommes faits. En même temps que nous voulons , par le sentiment naturel , jouir de notre liberté et satisfaire nos désirs , si néanmoins un supérieur nous lâche trop la bride et nous abandonne à nousmêmes, notre raison le condamne. Ayez pour toutes vos filles beaucoup d'honnêteté « beaucoup de douceur, je vous l'ai déjà dit : mais d'ailleurs faitesleur comprendre que vous savez vous faire craindre, respecter et obéir. Elles ne tous en aimeront pas moins, et elles vous en estimeront davantage^

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