‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 2)Chapitre 252 sur 408 · PENSÉES DIVERSES SUR L*ETAT REU6IEUX · texte numérisé non relu

PENSÉES DIVERSES SUR L*ETAT REU6IEUX

le gouvernement, voilà sans contredit la plus importante, voilà rame de tout gouvernement, soit séculier, soit religieux. Aussi dans un supérieur la préfère-t-on à la sainteté méifie ; et c*est une maxime générale, qu*il vaut mieux être gouverné par un homme sage , quoique moins saint , que par un saint dépourvu d'une certaine sagesse. En effet, suivant la remarque de saint Augustin, un saint n'est saint que pour lui-même ; mais un supérieur sage Test pour le bien et Futilité de sa maison. Avec cette prudence, on est presque toujours assuré du sucées; ou si le succès n*est pas tel qu*on pouvait Tattendre, on est au moins toujours exempt de reproche, parce qu'on n'a point agi témérairement et qu'on n'a rien entrepris mal à propos. Mais sans cette prudence, combien fait-on de fautes et combien en fait-on foire aux autres? Observez ces dernières paroles : combien de fautes fait-on faire aux autres ? Souvent une fille, qui du reste était un très-bon sujet, ou avait toutes les qualités pour l'être, s'oublie, s'échappe, se déroute et se précipite dans un égarement d'où peut-être elle ne reviendra jamais : pourquoi ? c'est qu'elle a eu le malheur d'avoir affaire à une supérieure indiscrète et inconsidérée, qui n'a pris nulle précaution à son égard , qui n'a fait null&^ttention au caractère de son esprit, à son tempérament , à ses dispositions ; qui n'a pas su se modérer, s'étudier, choisir le temps , les conjonctures favorables, prévoir les suites d'un avertissement mal placé , et qui s'est livrée à un zèle trop impétueux pour la pousser et pour l'humilier.

C'est par cette raison qu'un très-saint religieux, assez connu de nos jours , et dont la mémoire est en vénération , priait Dieu , dans la défiance^qu'il avait de lui-même, de ne lui point donner de supérieurs qui fussent pour lui des occasions de chute. Il est vrai que la prudence dont je vous parle et dont vous concevez la nécessité, est un don de Dieu qui départ ses grâces à qui il lui plaît et comme il lui plait : mais il n'est pas moins vrai qu'avec le secours d'en haut on peut s'y former , on peut l'acquérir. On l'acquiert par la réflexion et par de fréquents retours sur soi-même, on l'acquiert par les épreuves passées et par les exemples dont on a été témoin; on l'acquiert en prenant conseil et ne déférant point trop à son propresens ; en consultant des personnes d'âge, d'expérience, de vertu, et qu'on sait être les plus capables de nous diriger. Mais surtout on l'obtient par la prière : car si quelqu'un a besoin de sagesse, dit saint Jacques, qu'il en demande à Dieu. (Jac, 1.) Que ce soit là votre grande ressource. Dans tous vos desseins, dans toutes vos vues, dans toutes vos délibérations, implorez l'assistance de Dieu et les kimlèreB de son Esprit. Tâchez d'abord à vous dégager de toute passion , de tout intérêt , de tout préjÊféçttipouiTait rouB séduire ; et puis dites à Dieu

comme Salomon : i^ous voyez Seignear, la droUmre de mon âme. Je ne veux que ce que voue nouiez : mais comment comnaitrairje votre dMne vokmtéy et comment raccompUrairje si vous ne w^écUdrez et si vous ne m'aidez f Envoyez-moi donc voàre fa* qesse , 6 mon Dieu! Envoyez-la-moi du phu haut des cieux, afin qu'elle travaille avec moi, et que Je travaille avec elle. {Sap., 9. ) Dieu vous écoutera, il vous conduira, il répandra sur vous sesbénédiotions, et tout votre gouvernement toomera à sa gloire, à l'avantage de votre communauté et à votre sanctification.

PENSBES DIYEBSKS SUB L'eTAT BBLIGIBUX.

De tous les titres dont le docteur des natiou, sans blesser en aucune sorte l'humilité chrétîeiine et apostolique , a cm pouvoir se glorifier seloD Dieu et en Dieu , il ne paraît pas qu'il y en ait en un qui lui fût plus cher que celui de prisonnier pour Jesus-Christ, de prisonnier dans ie Seigneur et pour le Seigneur. (Ephes., 3; adPkikm. y, 1 et 9.) Aussi est-ce la qualité la plus ordinaire qu'il prend en divers endroits de ses épîtres , tant il s'estimait heureux dans ses fers, et tant il trouvait de goût et d'onction à penser qu'il les portait pour la cause et l'amour de son divin maître. C'est encore dans le même esprit qu'étant à Rome, oi^ il avait été conduit par l'ordre de Festus, gouverneur de Judée et ayant assemblé devant lui une troupe de Juift , afin de leur rendre compte de son état, il leur Biontrait sa chaîne, et leur disait : Celle chaîne que vous voyez, mes frères , autour de moi , c'est pour tespérance d'Israël que j'en suis chargé. (/tcU, 28.) Cette espérance d'Israël , cette vue des biens étemels qui lui étaient réservés, voilà ce qui lui adoucissait toutes les rigueurs de la captivité. Bien loin d'en gémir et de s'en plaindre, il en trionaphait de joie, il en était pénétré et rempli de consolation.

Or, pourquoi, dans un sens moins littéral, ne pourrais-je pas appliquer ces mêmes sentiments à une âme religieuse, surtout à l'une de ces sages et saintes vierges qui, volontairementet d'elles-mêmes, si j'ose user de cette expression , se sont condanuiées à une clôture perpétuelle? Ce seul terme de clôture marque déjà par soi-même quelque chose de triste et dont la nature ne doit pas s'accommoder : mais qu'est-ce, quand à cette clôture la perpétuité se trouve jointe? Certainement une fille quoique née libre, ainsi que l'était saint Paul, pe^it bien dire alors comme ce grand apôtre, qu'elle est liée, qu'elle est enchaînée, qu'elle est captive. Mais aussi ne puis-je douter qu'elle ne soit également animée, consolée et même attendrie lorsqu'elle vieot à £ure devant Dieu cette réflexion si touchante* qo*eOe est captive pour Jésus- Christ ; qu'elle est captive dans le Seigneur et pour le Seigneur; qu'elle est

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