PENSÉES DIVERSES SUR L'ETAT REU6IEUX
iapUve et enebatnée pour Vetpérance d^Iiraél. Eq^érance qu'elle conserve précieusement dans Boo sein, et qu'elle ne voudrait pas risquer pour tous les plaisirs du monde. Elle considère la clôture où sa profession la retient comme un rempart con* tre la licence des enfants du siècle ; et plus elle conçoit les dangers de cette licence mondaine , plus elle aime ses liens; elle voudrait , s'il était possible, les serrer toiyours davantage; elle en rend sans cesse à Dieu de nouvelles actions de grâces, et mille fois elle se félicite elle-roéme d'avoir su perdre sa liberté, afin que sa liberté ne la perdit pas.
Qu'est-ce que la volonté de l'homme, et qu'est-ce surtout que ce qu'on appelle propre volonté? cette volonté propre est une volonté particulière, qui se renferme tout entière dans elle-même, et ne suit en toutes choses que son gré et que ses affections. Rien n'est plus dangereux, et ne cause de plus grands maux dans une communauté religieuse. Car comme les affections sont aussi différentes que le sont les caractères, et que le gré de l'un est sou- Tcnt tout opposé à celui de l'autre, on voit assez quelle confusion ce serait et quelles divisions s'ensuivraient si chacun, dans toute sa conduite, n'avait point d'autre principe que d'agir selon qu'il lui plaît. Voilà pourquoi les Pères, et entre les autres saint Bernard , ont tant déclamé contre cette propre ▼olonté, et l'ont regardée comme la ruine des sociétés les plus régulières. Mais voici l'avantage inestimable de l'obéissance religieuse : c'est que toutes ces volontés particulières, elle les réunit dans une même v olonté universelle et commune , qui est la volonté de Dieu , et qui nous est déclarée dans nos règles , et par la bouche de nos supérieurs. Ainsi, malgré la diversité et même la contrariété des esprits et des inclinations, elle conserve l'ordre, l'unanimité, la paix.
Pour mieux comprendre ce précieux avantage de Tobéissance, et pour mieux reconnaître la sagesse de Dieu dans l'institution des ordres religieux, il n'y a qu'à considérer les dérèglements de notre volonté et ses égarements , lorsqu'elle est abandonnée à elle-même. Cest une volonté aveugle; elle «éside dans le cœur, qui lui-même n'est que ténèbres et qu'obscurité; c'est une volonté inconstante «S volage : aujourd'hui nous voulons , et demain iious ne voulons plus; maintenant un exercice est fie notre goût, et bientôt ensuite il nous ennuie et 110*118 rebute; c'est une volonté incertaine et irrésolue : en mille rencontres , on ne sait à quoi s'en tenir, ni quel parti prendre; c'est une volonté capricieuse et bizarre : souvent on veut sans raison , fli même contre toute raison ; c'est une volonté dure «t opinidtre : on a toutes les peines du monde à céder Jusque dans les moindres suieu. et il snfSIt
qu'on nous contredise pour nous obstiner davantage; c'est une volonté hautaine et impérieuse , jalouse de ses prétendus droits, et délicate sur tout ce qui les blesse : si vous entreprenez de la gêner en quoi que ce soit , elle s'élève et ne cherche qu'à secouer le joug. Que dirai-je de plus? c'est une volonté violente et précipitée dans ses désirs : s'ils ne sont promptement satisfaits , elle s'impatiente , elle murmure, elle éclate; c'est une volonté artificieuse et trompeuse : les prétextes ne lui manquent jamais pour séduire l'esprit et pour le prévenir en sa faveur. Mais par-dessus tout, c'est une volonté perverse et criminelle : tout ce qui lui est défendu , c'est là qu'elle se porte par un penchant de la nature corrompue et ennemie de la loi. Telles sont, dis-je , les malignes qualités de la volonté humaine; telles en sont les dispositions, et pour les connaître, nous n'avons qu'à nous consulter nous-mêmes. Or à tout cela il faut un correctif, fit ce correctif si nécessaire, c'est l'obéissance.
En effet, cette volonté aveugle, l'obéissance la dirige; cette volonté inconstante et volage, l'obéissance la fixe; cette volonté incertaine et irrésolue, l'obéissance la détermine; cette volonté capricieuse et bizarre, l'obéissance la redresse; cette volonté dure et opiniâtre, l'obéissance la fléchit; cette volonté impérieuse et hautaine, l'obéissance la soumet; cette volonté violente et précipitée, l'obéissance la réprime; cette volonté artificieuse et trompeuse, l'obéissance la dévoile; enfin, cette volonté perverse et criminelle, l'obéissance la sanctifie. Qoe de merveilles ! et de la que d'heureux fruits doivent nattre ! Car toutes les volontés dirigées de la sorte et conduites par l'obéissance, fixées, déterminées, redressées, fléchies, soumises, réprimées, éclairées, sanctifiées , s'ajustent alors et s'accordent aisément entre elles. C'est une même main qui leur donne rimpression , un même moteur qui les remue , un même guide qui leur trace la voie , un même législateur qui les gouverne, et qui, à la faveur de la lumière divine qu'il reçoit d*en haut, prend soin de les assortir tellement ensemble , qu'elles ne heurtent point les unes contre les autres. De cette manière se vérifie ce qu'a prédit autrefois le prophète , savoir : Qu'on verrait le lion et l'agneau paître en repos dans les pâturages , et se ranger sous le même pasteur : c*est-à-dire que , sans égard à la différence des pays, des tempéraments, des humeurs, on verrait parmi des personnes religieuses, et sous le même chef, la concorde et l'uniformité la plus parfsiite.
Quel est l'état du monde où l'on soit exempt de toute dépendance , où l'on fasse toutes ses volontés .' Je dis plus, et je demande quel est même Tétat du monde où l'on ne soit cas tOTi\\tk>^<^\V«sAxX ^SâC\^