‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 2)Chapitre 256 sur 408 · PENSÉES DIVERSES SUR L'ÉTAT REUGIEUX · texte numérisé non relu

PENSÉES DIVERSES SUR L'ÉTAT REUGIEUX

la sorte, à travers les murs qui lui servent de rempart contre le monde , et où elle se tient close et à couvert, le bruit de tout cela pénètre enfln jusqu'à ses oreilles, son cœur n*en est pas plus ému, ni son repos plus altéré : pourquoi? parce qu*elle n'a personnellement aucune part à tout cela. Ce n'est pas néanmoins qu'elle soit absolument insensible à tout ce qui arrive parmi le monde. Elle s'y intéresse assez pour recommander à Dieu les affaires publiques ; assez pour s'employer auprès de Dieu en faveur de ceux qu'elle sait être, ou dans l'égarement, ou dans la peine, et avoir plus besoin de l'assistance divine : mais du reste a-t-elle satisfait là-dessus à ce que la charité lui inspire , elle reprend tranquillement ses exercices ordinaires et ne s'inquiète pas davantage , s'appliquant l'oracle du Fils de Dieu et se disant à elle-même : Laissez les morts ensevelir leurs morts, (Matth. , 8.) *

Il est donc vrai, et ce n'est point une contradiction de dire , que si dans un sens nul n'est plus sujet ni plus dépendant que le religieux , nul aussi dans un autre sens , et un sens très-réel , n'est plus libre ni plus indépendant.

La demeure, le vêtement , l'aliment, c'est à quoi saint Paul veut qu'un chrétien borne ses espérances en cette vie, et c'est aussi , à plus juste titre , où la pauvreté religieuse doit se renfermer. Mais

en cela même il faut distinguer trois choses : le nécessaire, le commode, le superflu : le nécessaire que la raison demande , le commode que la sensualité recherche , le superflu dont Torgueil se pare et qui entretient le faste. Or quelle est la différence du mondain et du religieux.' C'est que Thomme du monde sans se resserrer précisément à ce qui sufflt, et ne le comptant pour rien , prétend avoir toutes ses commodités, et aller jusqu'à Fabondance et à la superfluité ; au lieu que le religieux , fidèle observateur de la pauvreté qu'il a vouée , s'en tient au pur nécessaire. D*où vient encore une autre différence très-essentielle; car comme le commode et le superflu n*ont point de bornes, et qu'au contraire le simple nécessaire par lui-même est limité, il arrive de là que les gens du monde ne goûtent jamais ce qu'ils ont, étant sans cesse agitésde nouveaux désirs , et voulant toujours être plus a leur aise et dans une plus grande abondance, tandis que le religieux , qui a su se fixer, use tranquillement de ce que son état lui accorde; il est content, parce qu'il ne souhaite rien davantage , et il ne souhaite rien davantage parce qu'il est content. A force de vouloir être heureux,, on cesse de l'être; et dès que l'on consent à l'être moins , surtout qu'on y consent par principe de religion, c'est alors qu*on Test véritablement et solidement.

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