‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 2)Chapitre 273 sur 408 · SERMON SDR LA DAMNATION ÉTERNELLE · texte numérisé non relu

SERMON SDR LA DAMNATION ÉTERNELLE

PaUoi autem comburet igni inextinguibiii.

Pour Ja paille, il la brûlera dans on feu qui nes'éteint point, lf4TniiEU,chap. 3.

Je VOUS Tai annoncé , pécheurs , et je viens encore ici vous le fisiire entendre, autant que notre Dieu est riche en miséricorde et libéral dans ses récompenses, autant est-il sévère dans ses arrêts et redoutable dans ses châtiments. Il ramasse le bon grain pour le conserver; mais il rejette la paille pour la brûler. 11 appelle à lui ses élus , et les couronne dans son royaume; mais il sépare de lui ses ennemis , et les précipite loin de sa présence , dans un lieu de tourments. Que dis-je ? Jusque dans ce lieu de torture, et au môme temps qu'il les réprouve, il leur est toujours présent ; et pourquoi? pour leur faire

sentir toute la pesanteur de son bras et pour* déployer sur eux toute la rigueur de sa justice. Car sans donner dans aucune contradiction, ni que ces deux points se détruisent l'un l'autre, voici, selon l'idée que j'en conçois, en quoi je fais consister le terrible mystère de la damnation éternelle. Je dis que c'est tout ensemble, et dans une éternelle sé« paration de Dieu , et dans une présence éternelle de Dieu. Prenez garde; Dieu, comme Dieu et souverain bien, séparé pour jamais du réprouvé : premier point; Dieu, comme vengeur et souverain juge, présent pour jamais au réprouvé : second point. Deux articles importants que nous avons à développer, et deux grands sujets de nos réflexions et de notre crainte.

Pbemdsr point. Dieu, comme Dieu et souverain bien , séparé pour jamais du réprouvé. Afin de mieux comprendre le malheur de cette fatale séparation, il faut d'abord supposer que Dieu, comme Dieu , étant le souverain être , il est aussi le souverain bien. Non-seulement le souverain bien en lui-même et pour lui-même « mais le souverain bien de l'homme et sa fin dernière. Il faut encore poser pour principe incontestable, que de vouloir être heureux , c'est un désir si naturel à l'homme , une inclination si nécessaire, que rien ne peut l'arracher de son cœur. D'où suit enfin une troisième vérité, que dans tous ses sentiments, dans toutes ses démarches, l'homme, par une pente née avec lui , et dont il n'est pas en pouvoir d'arrêter l'impression, tend sans cesse vers Dieu : comment cela ? parce que ' sans cesse il tend vers son propre bien et son bonheur, et que Dieu seul est ce bien dont il ne peut se passer, et ce souverain bonheur qu'il cherche. Car comme disait à Dieu saint Augustin : Seigneur, c'est pour vous que vous nous avez faits , et ce n'est que pour vous ; et tant que notre comr ne se reposera pas en vous, il sera dans l'agitation et le trouble.

Voilà ce que le réprouvé sur la terre ne connaissait pas , ou de quoi il n'avait qu'une vue confuse. Il sentait assez que tout ce que le monde lui présentait ne lui pouvait suffire ; d'un objet il courait bientôt à un autre, et toujours il lui fallait quelque chose de nouveau : mais ce quelque chose où il aspirait et qui lui manquait, qu'était-ce? H ne faisait pas attention que c'était Dieu. Quand l'a-t-il connu? hélas ! lorsqu'il n'a pu le connaître que pour son supplice et pour son désespoir. La mort, toute ténébreuse qu'elle est, en l'enlevant, et l'ensevelis* sant dans ses ombres, lui a ouvert les yeux et l'a éclairé. Depuis ce terrible moment, il porte toujours dans son esprit l'image de Dieu profondément g^ vée ; mais une image qui le consterne et qui Taoei» ble, mais une image qui le transporte Joaqu'à la fth

reur, mais une image qui, lui retraçant le prix iuâni du bien qu'il a perdu , lui retrace tout le malheur de la perte infinie qu'il a faite. En effet , plus de Dieu pour lui. Non pas que ce Dieu, dont il est séparé et entièrement abandonné , ne soit plus le Dieu de Tunivers, ni qu'en particulier et à la lettre, ce ne soit plus son Dieu ; mais plus de Dieu en qui il puisse espérer, plus de Dieu qu'il puisse posséder, plus de Dieu qu'il puisse aimer de cet amour qui fait la béatitude des saints , et qui devait faire dans les siècles des siècles sa suprême félicité.

Ah! plus de Dieu! par conséquent plus rien : ni dons de la nature , ni dons de la grâce, ni dons de la gloire , ni paix , ni repos ; car la perte de Dieu enferme la perte de tout cela, ou ce qui peut rester de tout cela ne doit être qu'un surcroît de peine.

Séparation d'autant plus affreuse, et perte d'autant plus désolante, qu'elle est irréparable. Dieu Fa dit , il a lancé ce foudroyant anathème , il a prononcé cette parole attérante : Retirez-vous î jamais il ne la révoquera. Éternellement le réprouvé ressentira une telle perte , parce qu'éternellement il aura dans son souvenir l'idée du Dieu qui s'est séparé de lui , et qu'éternellement cette idée lui représentera l'excès de sa misère ; éternellement il souhaitera d'être reçu au festin de l'Époux céleste , et Dieu éternellement lui dira : Retirez-vous l Éternellement il s'écriera : Où est mon Dieu? et Dieu éternellement lui répondra : Retirez-vous! (Matth. , 25. ) De là quel dépit dans le cœur de ce malheureux , frappé d*une malédiction qu'il pouvait prévenir, et dont il ne lui est plus possible de se relever : dépit contre Dieu , et dépit contre lui-même : contre Dieu , qui se rend inexorable à tous ses vœux , et inaccessible à toutes ses poursuites; contre lui-même, parce que lui-même il a commencé ce funeste divorce, et qu'il en est l'auteur; parce que de lui-même et par une aveugle passion qui l'entraînait , il s'est détaché de Dieu son créateur, pour s'attacher à de viles créatures. Juges de ses sentiments, mondains ambitieux, mondains voluptueux , mondains avares et intéressés : jugezen par ces douleurs mortelles, et ces regrets qui vous percent l'âme , par ces cruelles jalousies dont vous vous rongez , par ces tristesses profondes où vous vous abîmez, par ces langueurs et ces défaillances où vous tombez, si quelquefois dans le monde il vous arrive , et surtout par votre faute, ou de vous voir exclus d'une préférence et d'un rang d'honneur à quoi vous pouviez prétendre, ou d'être frustrés dun gain et d'une opulente fortune qui n'a dépendu que de vos soins et de votre vigilance; ou , dans le cours d'un engagement sensuel, de perdre ce que vous aimez , et de ne plus éprouver de sa part que du mépris et de l'indifférence. Conclusion, Point de plus iiiitA.jiL de pins salutaire, que celle du pro-

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