‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 2)Chapitre 274 sur 408 · SUR LA DAMNATION ÉTERNELLE · texte numérisé non relu

SUR LA DAMNATION ÉTERNELLE

phète : Pour moi, c'est au Seigneur que je veux me tenir inviolabiement uni { Psalm, 72 ) par la grâce , et dès maintenant, afin que le péché ne m'en sépare jamais dans l'éternité.

Second point. Dieu , comme vengeur et souverain juge, présent pour jamais au réprouvé. Ce fut , entre les autres motifs, ce qui détermina le généreux Éléazar à demeurer ferme dans l'observation de la loi malgré les ordres du tyran et la sévérité de ses menaces. Il est vrai, dit ce sage et zélé vieillard, en obéissant au prince , ou feignant de lui obéir plutôt qu'à Dieu , Je pourrai éviter le supplice qui m'est préparé de la part des hommes , et prolonger encore mes jours ; mais vif ou mort , je n'échapperai pas à la main vengeresse du Tout-Puissant. iMach, , 6. ) Raisonnement solide et digne de Tespritde religion dont ce saint et glorieux martyr était animé. Car comme Dieu est présent dans le ciel pour y glorifier sa miséricorde, il est présent dans l'enfer pour y glorifier sa justice. Sa présence dans le ciel fait le bonheur des élus , et c'est ainsi que sa miséricorde y est glorifiée; et sa présence dans l'enfer fait le tourment des réprouvés , et c'est par là qu'il y glorifie sa justice et qu'il ve/ige ses intérêts. C'est donc lui qui de son soufjle allume ce feu et ces tourbillons de flammes où les pécheurs , selon le terme de l'Évangile, sont ensevelis ; c'est lui qui , par une vertu toute divine, sans nourriture, nourrit ce feu, et sans matière qui serve à son entretien , l'entretient ; c'est lui qui , par un miracle supérieur à toute la nature, fait passer jusques a l'âme toute l'ardeur de ce feu, et lui en fait sentir toute la violence : comme si c'était un feu spirituel, ou que l'âme, toute spirituelle qu'elle est, devint , ainsi que le corps , un sujet sensible et combustible; c'est lui qui , depuis la création du monde, par une action que toutes les révolutions des temps n'ont jamais ni interrompue ni altérée, renouvelle à chaque moment l'activité de ce feu , et qui , sans terme , sans fin , le fera subsister au delà des siècles, et lui conservera toujours la même force : car , suivant la parole expresse de Jean-Baptiste , ce feu ne s'éteint point. Que dirons-nous encore? c'est lui qui, pour seconder sa colère, déchaîne toutes les puissances infernales, et les emploie comme les ministres de ses vengeances , contre ces troupes de malheureux qu'il a précipités dans ce feu , et qu'il y tient liés et entassés; c'est lui qui, pour redoubler l'horreur de l'affreuse prison où il les a rassemblés, y répand ces épaisses ténèbres, que ce feu, privé lui-même de toute lumière, ne peut percer ni éclairer; c'est lui qui , non content de cette peine du feu, quelque extrême qu'elle puisse être, y joint de plus ce ver intérieur, ce ver de la conscience^ qui de sa pointe pique sans relâche le cœur du ré

prouvé, et le ronge impitoyablement sans le consumer ; ce ver qai ne meurt point (Marc . , 9) , parce que le péché, d'où il naît, ne s*efface point , et que la mémoire ne s'en perd point.

Demeurons-en là , et ne nous engageons pas plus avant dans> un détail que nous ne pourrions épuiser. Ne descendons point à des particularités qui ne nous sont pas assez connues pour les bien exprimer ; mais arrêtons-nous à ces idées générales : que c'est Dieu alors qui punit en Dieu; que c'est Dieu qui se satisfait par un châtiment digne de sa majesté lésée et offensée; que c'est Dieu qui , sans compassion, sans nul sentiment d'amour, décharge toute sa haine sur une âme criminelle. Elle est dans ses mains : et qui la pourra dérober a ses coups ? Où ira-t-elle pour le fuir; et puisqu'il la suit jusque dans le fond de i'ablme où il la tient captive et asservie, quand, malgré lui , sera-t-elle en état d'en sortir? Je dis malgré lui : car jamais il ne le voudra; jamais, dis-je, if ne voudra qu'elle sorte de cet abîme de misère ; jamais il ne le permettra , et c'est un point capital de notre foi. Il veut maintenant que par nos soins , aidés de sa grâce, nous nous préservions de cette éternelle réprobation. Il nous fournit pour cela tous les moyens; il nous fait donner sur cela tous les avis nécessaires. Heureux , si nous y pensons : si nous marchons au milieu des laogers qui nous environnent , avec toute la vigilance et toute la [Précaution convenables ; si nous ae perdons jamais de vue le précipice où tant d'autres avant nous se sont laissé entraîner, et où chaque pas peut nous entraîner nous-mêmes. Gardonsnous de la présence redoutable de Dieu dans l'enfer, par une présence utile et proGtable dès ce monde , s'est-à-dire ayons Dieu dès ce monde toujours présent à Fesprit, comme ennemi du péché. Imaginonsnous partout le voir armé de son tonnerre, et sur le !K>iBt d'éclater et de nous frapper. La frayeur dont :ette pensée nousdoit saisir nesera point une frayeur shimérique. C'est la crainte la plus juste, puisqu'elle ist fondée sur les principes les plus solides. C'est me crainte toute chrétienne, puisque Jésus-Christ ui-méme a voulu nous l'inspirer dans cette grande naxiine qu'il a prononcée , et qu'il a cru même , à 'aison de son importance, devoir confirmer par un iennent. Méditons-la, repassons-la mille fois, afm |ue ce soit pour nous un appui inébranlable dans a voie du salut, et un préservatif assuré contre toutes es oceasions et toutes les tentations. La voici : Ae Toignez point ces maîtres qui donnent seulement a mort au corps y et qui ne peuvent rien faire de fins. Mais je vais vous montrer qui vous devez raindre. Craignez celui qui , après avoir dté la fie au corps, peut encore perdre tàme et la damter. Oui, Je vous le dis, voilà le maitre qu'il fasA raindre, et craindre souveraimemeni» (f 4IG. ■omALocrs — T. ui.

SUR LE DÉLAI DE LA PÉNITENCE

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