‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 2)Chapitre 281 sur 408 · SERMON SUR LES FRUITS DE LA PÉNITENCE · texte numérisé non relu

SERMON SUR LES FRUITS DE LA PÉNITENCE

Faeiie fructus dignoi pœniUntidS.

Faites de dignes fruits de pénitence. Luc. , 3.

Ce ne sont point seulement des fruits de pénitence que demande Jean-Baptiste , mais de dignes fruits; et ces fruits consistent à rétablir l'homme pénitent dans Tordre , d'où le désordre du péché Ta fait sortir. Il s'est déréglé par la transgression de ses devoirs, et voilà les fruits de son iniquité; mais c'est par la pratique de ces mêmes devoirs qu'il se remet dans la règle , et voilà les fruiu de sa pénitence. Digues fruits, si cette pratique est telle que Dieu la veut et qu'elle doit être , si , dis-je , c'est une pratique Adèle, et si c'est une pratique fervente. Comme donc on connaît l'arbre par ses fruits, on connaît noire pénitence par ses œuvres : je veux dire qu'on la connaît par l'accomplissement de nos devoirs. Pratique fidèle qui ne laisse rien échapper : premier point. Pratique fervente qu'une sainte ardeur anime et que rien ne peut arrêter : second point. Daigne le ciel nous renouveler ainsi par la grâce de la pénitence, et puissions-nous travailler nous-mêmes à ce changement par une conduite plus régulière et plus exemplaire.

Premier point. Pratique Ue nos devoirs, pratique fidèle qui ne laisse rien échapper. Quand Dieu parle, dans l'Apocalypse, à cet évêcjue d'Éphèse dont la charité s'était refroidie, et qu'il l'avertit de faire pénitence : Souvenez-vous, lui dit-il, d'où vous êtes déchUy et reprenez vos premières oeuvres, {Apoc, 2.) Ces premières œuvres, c'étaient ses fonctions, c'étaient ses devoirs qu'il avait négligés , et à quoi Dieu lui ordonnait de s'appliquer avec une fidélité toute nouvelle. Sans cela, qu'est-ce que la pénitence ? Car une solide pénitence n'est pas seulement de s'abstenir du mal qu'on a commis , mais de pratiquer le bien qu'on n'a pas fait. Voilà pourquoi Dieu, rappelant les pécheurs par la bouche de ses prophètes, et les exhortant à la pénitence , ne se contentait pas de leur dire : Quittez vos voies corrompues, mais ajoutait , marchez dans mes voies, marchez dans les voies de la Justice. Or nos devoirs, ce sont, pour chacun de nous, les voies de la justice, ce sont les voies de Dieu. Devoirs envers Dieu, devoirs envers le prochain, devoirs h l'égard de nous-mêmes. Devoirs envers Dieu, qui sont tous

les devoirs de religion et de piété; devoirs envers le prochain , qui sont tous les devoirs de charité , de miséricorde, de société, de droiture et d'équité, de vigilance sur autrui et par rapport à autrui, selon la différence des états et les divers degrés de subordination ; devoirs à l'égard de nous-mêmes , qui regardent la réformation de nos mœurs et la sanctification de notre vie , le retranchement de nos vices et notre avancement dans les vertus. Devoirs généraux et devoirs particuliers : les uns qui nous regardent en général comme hommes, comme chrétiens, comme enfants de l'Église; les autres qui nous concernent spécialement et en particulier, selon les divers engagements et les obligations propres que nous imposent notre vocation , notre profession , notre condition , la place que nous occupons , le rang que nous tenons , le caractère dont nous sommes revêtus. Quel champ pour la pénitence , et qae de fruits elle peut produire !

Fruits abondants : car dans une exacte observation de*ces devoirs , surtout après un libertinage de plusieurs années , il n'y a pas peu de violences à se faire, ni peu de victoires à remporter. A combien d'exercices faut-il s'assujettir, dont on n'a presque jamais eu l'usage ? à comoien de soins faut-il descendre, qu'on avait jusque-là négligés, et même tout à fait abandonnés ? Combien de dégoûts et d'ennuis ^ y a-t-il à soutenir, et en combien de rencontres fautil rompre sa volonté et agir contre son inclination.' Fruits solides , puisque dans la pratique de ses devoirs, tout communs qu'ils sont, il n'y a pas un^ perfection commune , et que rien au contraire n'est plus selon l'esprit et le gré de Dieu. Tout le rester est bon , et l'on n'en doit rien omettre autant qu'iBest possible; mais les devoirs sont préférables à^ toute autre chose , et Dieu ne demande rien de nou^ plus particulièrement ni plus expressément. Fruits durables et permanents : d'autres pénitences qu'oie peut s'imposer, et que suggère un saint désir d^ satisfaire à Dieu , sont passagères , elles ont leucr jour, elles ont leur temps ; mais l'accomplissement de nos devoirs est une pénitence de toute la vie , elle ne souffre point d'interruption , et c'est un jou^ que nous portons jusques au tombeau. Suivant ce plan , formons-nous l'idée d'une âme vraiment pé^ nitente : car en voilà la plus juste image. Mais où la trouve-t-on cette Ame , et où voyons-nous de tels fruits? Ne pourrais-je pas dire d'un pénitent de ce caractère ce qui est dit de la femme forte, qu'il est aussi rare que ce qu'on apporte de plus précieux des extrémités du monde? {Prov,, 31.) Malgré la corruption du siècle, nous entendons encore parler de quelques conversions : mais à quoi se terminentelles? à corriger certains excès , à se défaire de certains vices, de certains attachements honteux et scandaleux ; mais du reste en devient-on plus fidèle

Page 1