‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 2)Chapitre 296 sur 408 · SUR L'AUMONE · texte numérisé non relu

SUR L'AUMONE

8*eosuit qu'il était libre à Dieu , conGant au riche ses trésors, de le choisir seulement comme ce sage et Adèle administrateur dont il est dit dans TÉvangile, que le père de famille Va établi sur toute sa malson, afin qu'il fournisse à chacun, quand il le faut, de quoi se nourrir, (Matth., 24.)

2. Ce n'est pas assez : commandement que Dieu a dû faire. Où serait sa providence, cette providence universelle, s'il n*avait pas pourvu à la subsistance des pauvres ? Or les deux voies d'y pourvoir étaient, ou de mettre entre les hommes une égalité parfaite de conditions et de facultés , tellement qu'il n'y eût point de pauvres sur la terre, ou , supposé cette inégalité que Dieu , dans le conseil de sa sagesse, a jugée plus convenable au gouvernement du monde , de porter une loi qui obligeât les uns d'assister les autres , et de suppléer à ce qui leur manque. Sans cela que feraient tant de misérables et de nécessiteux ? A quoi auraient-ils recours? Dieu n'est-il pas leur père? Ne sont-ils pas ses créatures, son ouvrage, et leur a-t-il donné l'être et la vie pour les laisser périr de calamités et de besoins?

De là donc enGn commandement que Dieu nonseulement à pu faire, non-seulement a dû faire, mais qu'il a fait; et en voici la preuve incontestable. C'est que l'Écriture, surtout l'Évangile, nous apprend que parmi les titres de damnation qui doivent être produits contre les réprouvés, un des plus formels, ce sera l'oubli des pauvres et le défaut de l'aumône. Par conséquent, disent les théologiens , il y a un commandement de l'aumône , puisque Dieu ne nous damnera que pour une offense mortelle, et que sans l'infraction d'un précepte, il n'y a point d'offense mortelle et digne de la réprobation. De détruire ici toutes les explications qu'on veut faire de ce précepte, tous les prétextes qu'on oppose à ce précepte , tous les détours qu'on prend pour éluder ce précepte , c'est ce que nous n'entreprendrons pas; mais souvenez-vous, riches, que Dieu ne se laisse point tromper, et que, malgré toutes vos explications , malgré tous vos prétextes et tous vos détours, vous n'en serez pas moins frappés de ses anathèmes et rejetés éternellement de sa présence.

Second point. Devoir de reconnaissance. Reconnaissance envers Dieu , et reconnaissance envers Jésus-Christ , sauveur des hommes et Fils de Dieu.

Reconnaissance envers Dieu. Sans parler de toutes les autres grâces dont les riches lui sont redevables, n'est-ce pas de sa libéralité qu'ils tiennent les biens qu'ils possèdent ? N'est-ce pas lui qui, dans le partage de ses dons temporels, les a distingués; et s'ils vivent dans l'abondance, tandis qu'une mul-

titude presque innombrable d'indigents ressentent toutes les rigueurs de la pauvreté et de la disette, n'a-ce pas été de sa part une pure faveur? Or il est juste de lui en témoigner la reconnaissance qui lui est due; et celle qu'il nous demande, c'est que nous fassions retourner vers lui ses bienfaits , et que nous en usions pour l'entretien des pauvres qui sont ses enfants. Tout méprisables qu'ils paraissent selon le monde, il les aime, et il veut que nous l'aimions dans eux; il veut que nous acquittions envers eux sa providence , qui en est chargée. Excellent motif de l'aumône : Je rends à Dieu ce qu'il m'a donné! Dans l'ancienne loi, on lui offrait solennellement les prémices des fruits de la terre, et il les recevait dans son temple et à son autel, par le ministère de ses prêtres : mais sans cet appareil ni cette solennité, je lui offre encore les mêmes prémices et les mêmes fruits. Le temple où je les porte, c'est cet hôpital, c'est cette prison, c'est cette pauvre famille que je visite; et les prêtres qui les reçoivent au nom du Seigneur, ce sont ces malades, ce sont ces captifs, ce sont ces orphelins, c'est cette veuve, ce père, cette mère, qui tous me tiennent la place de Dieu, et dont je deviens la ressource et le soutien. Est-il pour une âme charitable une pensée plus touchante et plus consolante?

Reconnaissance envers Jésus-Christ , Fils de Dieu et sauveur des hommes. Dans un mot cette qualité de sauveur nous fait comprendre tout ce que nous lui devons ; et si nous le comprenons , est-il possible que nous ne nous sentions pa^ brûler d'un désir ardent de lui marquer nous-mêmes notre amour? Or ce qu'il dit à saint Pierre , il nous le dit , quoique dans un autre sens : Si vous m'aimez, poissa mes brebis. ( Jo^n. , 21 . ) C'est trop peu : non-seulement les pauvres sont ses brebis , mais il les appelle ses frères, mais il ne dédaigne pas de les compter pour ses membres. De sorte que tout ce qui est fait à un pauvre, et au plus petit des pauvres, il l'accepte comme étant fait à lui-même. Sommesnous chrétiens, si des rapports aussi étroits que ceux-là entre Jésus-Christ et les pauvres n'exciteot pas notre charité? Que pouvons-nous refuser à un Dieu sauveur? Or tout ce que nous refusons à ses frères et à ses membres, c'e^t à lui que nous le refusons. Après cela, ne craignons-nous point qu'il ne retire de nous sa main libérale , et qu'il ne nous ferme le sein de sa miséricorde? Rien n'est plus capable de tarir la source des grâces divines, que notre ingratitude.

Troisième point. Devoir de pénitence. Ou nous sommes dans l'état actuel du péché , et il en faut sortir parla pénitence; ou nous sommes rentrés dans l'état de la grâce , mais il faut expier nos péchés passés par la pénitence : or un des moyens les

Page 1