SUR LA DEVOTION ENVERS JÉSUS- CHRIST
Amicus spotui, qui ital et audit eum, gaudio gaudet proplcr vocem sponsi. floc ergo gaudium meum impletum est.
L'ami de répoax qui est présent et qui Técoute, met toute sa Joie à entendre la voix de l*époux : et voilà œ qui rend Dia Joie parfaite. Joan. , 3.
Qu'est-ce que cet époux , et qu'était-ce que cet ami de l'époux? Dans le sens propre de l'Évangile, cet époux c'est Jésus-Christ, et cet ami de l'époux c'était Jean-Baptiste. En témoignant ces sentiments à l'égard du nouveau maître qui commençait à paraître dans le monde et à enseigner, le saint précurseur avait en vue de les inspirer a ses disciples , et de les répandre par leur ministère dans tous les cœurs. Sentiments dont nous devons être remplis nousmêmes; sentiments d'un zèle sincère pour Jésus- Christ, d'un dévouement parfait à Jésus-Christ , d'une fervente dévotion envers Jésus-Christ. Que ne suis-je assez heureux pour Tallumer dans vos âmes cet amour, cette dévotion si digne de l'esprit chrétien! c'est du moins à quoi je vais travailler dans ce discours. Dévotion envers Jésus-Christ, dévotion tout $ la fois et la plus sainte et la plus sanctiGante. La plus sainte en elle-même : premier point. La plus saiictiûante par rapport à nous : second point. La plus sainte en elle-même, en voilà l'excellence; la plus sanctifiante par rapport à nous, en voilà les avantages. Quoique cette matière soit générale, c'est vous surtout qu'elle regarde, âmes fidèles et pieuses qui cherchez à vous avancer dans les voies de la perfection évangélique, et à vous tenir étroitement unies au principe même de toute sainteté, qui est le Sauveur envoyé du ciel pour le salut et la sanctification des hommes.
Premier point. Dévotion envers Jésus-Christ, dévotion la plus sainte en elle-même. Doublement sainte, soit par l'objet qu'elle se propose, soit par l'esprit qui l'anime.
L Dévotion sainte par l'objet qu'elle se propose. C'est le Verbe éternel de Dieu, le Fils unique de Dieu, le Saintdes saints. Les autres dévotions sont saintes. Cest une sainte dévotion que d'honorer les saints, qui sont les amis de Dieu et les héritiers de son
royaume. C'est une sainte dévotion que d'honorer les anges bienheureux qui assistent autour du trône de Dieu, et qui sont ses ministres et ses ambassadeurs. C'est une dévotion encore plus sainte d'honorer la mère de Dieu, que les mérites de ses vertus et l'éclat de sa dignité ont portée an plus haut point de l'élévation, et qui, dans le ciel, au-dessus de tout ce qui n'est pas Dieu , tient le premier rang. Tout cela est vrai : mais en tout cela notre culte, après tout, n'a pour objet prochain et immédiat que de pures créatures. Ce sont des élus de Dieu, des favoris de Dieu , ce sont des saints; mais toute leur sainteté ne peut entrer en comparaison avec la sainteté de l'Homme-Dieu. Si donc, à raison de leur sainteté, et à proportion de leur sainteté, le culte qu'on leur rend est saint , combien plus Fe doit être le culte que nous rendons, dans l'adorable personne de Jésus-Christ , à la sainteté même incarnée ? Culte si agréable à Dieu , qu'il en a fait un commandement exprès, non-seulement aux hommes qui vivent sur la terre, mais aux principautés et aux puissances célestes. Car, selon le témoignage de saint Paul, c'est de ce Dieu-Homme, de ce Fiis premier-né entrant dans le monde^ que le Père tout-puissant a dit : Que tous les anges de Dieu V adorent, {Hebr., t.)
IL Par l'esprit qui l'anime. Esprit de religion, esprit d'amour, esprit de reconnaissance : voilà les grands et puissants motifs de notre dévotion envers Jésus-Christ; et est-il rien de plus saint que ces.sentiments? Esprit de religion qui nous remplit delà plus haute idée de Jésus-Christ et de ses grandeurs; qui , par la foi , nous le fait reconnaître et envisager comme la sagesse iiicréée, la parole de Dieu, la force et la vertu de Dieu ; comme la splendeur de la gloire, l'image de la substance du Père, en qui il a mis ses complaisances et en qui réside la plénitude de la divinité; comme le principe et la fin, le Roi des rois, le Seigneur des seigneurs, par qui toutes choses subsistent, et ayant sur toutes choses l'empire et la prééminence. Expression de l'Écriture, et divines qualités d'où nous concluons avec l'apôtre qu'il est digne de tous nos respects, et qu'au nom de Jésus tout ce qu'il y a dans le ciel , sur la terre et dans les enfers, doit fléchir le genou et lui rendre hommage.
Esprit d'amour, qui nous le fait plus particulièrement envisager selon les rapports qu'il a avec nous et que nous avons avec lui ; qui nous le fait considérer comme l'auteur de notre salut, comme le pacificateur entre Dieu et nous, et le médiateur de notre réconciliation; comme le pontife de la loi nouvelle , le grand prêtre assis à la droite de Dieu , et toujours vivant pour prendre toujours nos intérêts et intercéder en notre faveur ; comme le chef
SUR LA DÉVOTION ENVERS JÉSUS.C:ltlU^T.
de rr.glise, dont nous sommes les niemmme notre frère , en qualité d'homme semnous, tout Dieu qu'il est. Vues également t touchantes. La juste conséquence qui en st le beau sentiment du maître des gentils : I séparera de la charité de Jésus-Christ 3)f ou cet autre : Quiconque n'aime pas Hgneur Jésus- Christ, qu'il soit anathéme. ,16.)
. de reconnaissance, qui nous fait descendre létail de tous les biens qui nous sont venus dempteur du monde ; qui nous retrace dans lir comment il a quitté le sein de son Père, t abaissé jusqu'à nous; comment il s'est relotrc chair et chargé de toutes nos misères neurer parmi nous; comment, dans le cours mortelle, il a conversé avec nous, comment !ert pour nous, il est mort pour nous; comins son retour même au ciel , il n'a point us priver de sa présence, mais il est toujours milieu de nous. Toutes ces considérations it une âme, la ravissent, l'enflamment, Tatpour jamais à son bienfaiteur et à son Saudans l'ardeur de son zèle, lui font dire sans ic le prophète : Que donnerai-je à celui qui donné ( Psalm. » 1 15 ), et que ferai-je pour a tout fait pour moi ?
icore une fois, une dévotion établie sur de lements, n'est-ce pas, de toutes les dévoplus sainte? Aussi était-ce la dévotion de ul. Il n*y a qu'a voir ses épîtres : elles sont miplies de Jésus-Christ, et il n'y est presque Uonque de Jésus-Christ , tant il avait Jésusvivement imprimé et dans l'esprit et dans . Aussi est-ce la dévotion de l'Église. De elle occupée, que déchanter les louanges de iirist , que de célébrer les mystères de Jésus- [ue d'offrir le sacrifice de Jésus-Christ; et t-elleune prière à Dieu où elle ne fasse entrer irist ?Aussia-ce été la dévotion des saints,sursaint Bernard : Qtun que je lise, disait-il, 'ajfectionne à rien, si je ne lis le nom de hrisi; quoi que f entende, je ne goûte rien, f entends le nom de Jésus-Christ. Toute tre est insipide à mon âme sans cet assaimt et ce sel divin. Quelle est donc l'illusion B siècle? illusion assez commune dans le •iirétien. Chacun se fait des dévotions à sa des dévotions selon son sens. A Dieu ne le nous les blâmions : mais ce qu'il y a de e, c'est la préférence qu'on donne à ces dénouvelles et arbitraires, au-dessus des déessentielles dans le christianisme , telle que on envers Jésus-Christ.
iD POINT. Dévotion envers Jésus-Christ, 1 mais à
dévotion la plus sanctifiante par rapport à noos. Elle l'est, et dans les pratiques où elle s'exerce, et dans les effets qu'elle produit.
Dévotion sanctifiante dans les pratiques où elle s'exerce. Ces pratiques se réduisent à trois, adoration, invocation, imitation. Adoration: sous ce terme est compris tout ce que suggère à l'âme fidèle un saint désir d'honorer Jésus-Christ. Car, que faitelle, cette âme zélée pour l'honneur de l'adorable et aimable époux à qui elle s'est vouée, et dont elle voudrait répandre la gloire dans toute retendue de l'univers ? Parce qu'elle sait que c'est Jésus-Christ même qui chaque jour est immolé sur nos autels, elle se rend assidue à ce sacrifice non sanglant, et se fait un devoir d'y apporter toute la réflexion , toute la révérence , toute la piété convenable ; parce qu'elle sait que c'est Jésus-Christ même qui habite dans nos temples et qui réside dans le sanctuaire , elle a ses heures et ses temps réglés pour le visiter, pour s'entretenir avec lui, pour s'humilier en sa présence, et pour lui offrir son encens ; parce qu'elle sait que c'est Jésus-Christ même qu'elle reçoit à la sainte table, elle s'en approche, autant qu'il lui est permis, par de fréquentes communions , elle s'y dispose par de rigoureuses et d'exactes revues, elle ne souffre pas la moindre tache qui puisse blesser les yeux de son bien-aimé, et n'omet rien de toute la préparation que demande le plus auguste sacrement. Or, combien tous ces exercices et les autres doivent-ils contribuer à sa sanctification, et qu'y a-t-il de plus propre à élever une âme et à la perfectionner? Invocation. En honorant Jésus- Christ, l'âme ne s'oublie pas elle-même ni ses besoins. Jésus-Christ, dans toutes les conjonctures et tous les événements de la vie, est sa ressource, son conseil , son guide, son soutien. La nuit et le jour elle n'a, pour ainsi dire, dans le cœur et dans la bouche , que Jésus-Christ , qu'elle réclame sans cesse et qu'elle invoque; et de cette sorte toutes ses délibérations , toutes ses résolutions, toutes ses actions sont sanctifiées, parce qu'elle n'entreprend rien ni ne fait rien qu'au nom de Jésus-Christ , que sous sa conduite et par son secours. Imitation. Voilà le point capital, voilà, en quelque dévotion que ce soit, ce qu'il y a d^essentiel : s'efforcer d'acquérir une sainte ressemblance avec le Fils de Dieu , notre grand et unique modèle. Or, n'est-ce pas à quoi l'âme s'applique avec d'autant plus de soin, qu'elle s'est plus solidement et plus étroitement liée à Jésus- Christ? toute son étude, c'est Jésus-Christ, pour apprendre à penser comme lui, à parler comme lui , à agir comme lui. Ce n'est point seulement sur le Tbabor qu'elle veut le suivre, mais au Cahraire; ea n'est point seulement à m gloire fiTelie vm êwth part, mais à sa poovreléi mit k
SUR LA DROrrUBE ET L'ÉQUITÉ CHRÉTIENNE.
conforme à Jésus-Christ est pour elle Pétat le plus heureux.
2. Dévotion sanctiflante dans les effets qu'elle produit. Car de là l'union la plus intime et le commerce le plus sacré entre Jésus-Christ et Tâme dévote. C'est alors qu'elle peut bien dire avec l'apôtre : Je vis, non plus moi-même, mais Jésus-Christ vit en moi. De là cette abondance de grâces dont Jésus-Christ la comble : il lui ouvre tous ses trésors; et qu'épargne-t-il à son égard? de quelles lumières ne l'éclairé- t^il pas? quelles vues, quels sentimenU ne lui donne-t-il pas? de quelle onction ne la remplit-il pas? Delà même aussi ces progrès qu'elle faitd'unjour à l'autre allant toujours, comme le juste , de vertus en vertus, et accumulant mérites sur mérites. Quoi qu'il en soit, nous sommes chrétiens, et, en qualité de chrétiens, quelle dévotion peut mieux nous convenir que la dévotion envers Jésus-Christ? Souvenons-nous que c'est la pierre fondamentale sur qui doit porter tout Tédifice de notre perfection, souvenons-nous qu'il n'y a point d'autre nom que le sien par qui nous puissions obtenir le salut. Mous vivons sous sa loi, il nous a marqués de son sceau, il nous a revêtus de ses Uvrées : soyons par amour à notre mattre , puisque nous lui appartenons déjà par un droit inviolable; et que jamais rien ne nous sépare de la charité de Jésus-Christ, ni dans le temps, ni dans l'éternité.
U£BCREDI.
Jem-Baptiste perfecUonnant les peuples par une vertu solide et droite.
SERMON