‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 2)Chapitre 304 sur 408 · SUR LA DROITURE ET L'ÉQUITÉ CHRÉTIENNE · texte numérisé non relu

SUR LA DROITURE ET L'ÉQUITÉ CHRÉTIENNE

lUum oporUt cmcere, me autem tninui,

Cest à loi de croître, et à moi de déchoir. Joàn. , 3.

Il n'y avait qu*une solide vertu qui pût inspirer à Jean-Baptiste un sentiment si droit et si équitable. Ses disciples , par un faux zèle pour leur mattre , dont ils voyaient l'école s'affaiblir, semblaient vouloir le piquer de quelque jalousie contre Jésus- Christ , dont le crédit au contraire croissait tous les jours, et le nom se répandait dans la Judée. Mais, bien loin de se laisser surprendre à une tentation si dangereuse et si délicate, l'humble précurseur est le premier à relever le mérite de ce prétendu concurrent qui leur donnait de l'ombrage, et il n'hésite pas à leur répondre : Cest à Itd de croître, et à moi de diminuer. Esprit de droiture et d'équité, esprit qui

discerne les vraies vertus de celles qui n'en ont que l'apparence et le nom. C'est avec cet esprit et par cel esprit que Jean-Baptiste, sans écouter ses disciples, et sans égard à son intérêt propre, se fait justice à lui-même, et fait en même temps justice à Jésus-Christ. Cest à moi de diminuer : voilà comment il se fait justice à lui-même. Cest àluide croître, voilà comment il fait justice à Jésus-Christ. Ainsi le double caractère de la sainteté et de l'équité chrétienne, est desavoir (surtout en matière de dons, de talents, de qualités, démérites, de rang, de prééminence), de savoir, dis-je, tout ensemble, et se faire justice à soi-même : premier point, et faire justice au prochain : second point. Adressons-nous à D'eu pour obtenir cet esprit de droiture : il nous i accordera, puisque, selon la parole de l'Évangile , il ne r^use point le bonesprit à ceux qui le lui demandent, ( Luc. ,13.)

Premier point. Se faire justice à soi-même : c'est s'estimer précisément soi-même tel qu'on est, et ne vouloir point être estimé des autres au delà de ce qu'on est.

1. S'estimer précisément soi-même tel qu'on est, et rien davantage, c'est la règle la plus raisonnable et la plus juste ; mais notre amour-propre ne peut s'en accommoder, et il lui faut quelque chose de plus. De là vient que nous aimons à nous tromper par de flatteuses images que nous nous faisons de nous-mêmes et qui nous représentent à notre îma^ gination tout autres que nous ne sommes , fausses peintures qui nous plaisent, et dont nous nous occupons, dont nous nous infatuons, où nous portons tous nos regards et où nous les arrêtons. Car de nous considérer nous-mêmes dans la vérité, et pour cela de rentrer en nous-mêmes , de nous examiner à fond, de bien démêler, s'il est permis de parler ainsi , dans le champ de notre âme , le bon et le mauvais grain , c'est ce qui nous humilierait, parce que c'est ce qui nous mettrait devant les yeux des taches qui nous blesseraient la vue, et ce qui rabattrait les idées favorables que nous avons conçuei de nos avantages et de nos perfections. Comme donc nous avons de la peine à nous humilier, nous avons la même peine à nous détromper de l'opinion, quoique erronée, que nous nous sommes formée de nous-mêmes. Or une vertu solidement et vraiment chrétienne nous guérit de cette illusion : comment? parce que dès que c'est une vertu solidement chrétienne , c'est une vertu humble , et que l'humilité nous empêche de nous élever au-dessus de nous-mêmes, et nous dégage de toutes ces pensées vaines qui emportent les âmes faibles et oà elles s'évanouissent. D où il arrive que nous soro* mes alors plus disposés à juger sainement de notre état, à reconnaître de bonne foi nos imperfections

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