‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 2)Chapitre 305 sur 408 · SDR LA DROITURE ET L'ÉQUITÉ CHRETIENNE · texte numérisé non relu

SDR LA DROITURE ET L'ÉQUITÉ CHRETIENNE

doot dé&ats, à voir ce qui nous convient et ce qui ne nous convient pas , de quoi nous sommes eapablei , et de quoi nous ne le sommes pas ; à dire enfin avee le prophète royal : Seigneur, mon cœur ne ^esipoUU er^;je m'en suis tenu à ce que fêtais, ei'Je ne me suis point égaré en de spécieuses chimères, ni dans une présomptueuse estime de moimême. (Psalm. 130.) Qu'une telle disposition marque de fermeté et de sagesse! mais qu'elle est rare! et Pexpérience ne nous convainc-t-elle pas tous les jours qu'il n'y a presque personne dans la vie et dans toutes les conditions de la vie , qui veuille de la sorte, ni qui sache se rendre à soi-même la justice qui lui est due?

3. Ne vouloir point être estimé des autres au delà de ee qa*on est. Malgré les déguisements et les artifices de la nature, qui nous cache nos faiblesses et notre peu de suffisance, nous ne laissons pas souvent de les apercevoir : mais quelle est notre ressource? c'est de les dérober, autant qu'il nous est possible, à la connaissance du public. Nous voaloos qu'on nous estime , qu'on nous traite avec honneur, qu'on nous fasse monter à certains rangs, qu'on nous donne certaines places , comme si rien ne noo8 manquait pour cela , et que nous eussions droit d'y prétendre. Si Ton nous témoigne le moindre mépris, nous en sommes outrés de douleur; si quelqu'un obtient la moindre préférence sur nous , nous éclatons en plaintes et en murmures ; si l'on entreprend de nous faire sur quelque article la moindre remontrance , nous la prenons pour une injure et nous nous en offensons. Quel serait le remède ? cet esprit droit et chrétien , dont il est ici question. Avec ce fonds d*équitc et de droiture, on ne cherche poiut à paraître ce qu'on n'est pas , ni à se faire valoir plus qu'on ne vaut. Tel qu'on se connaît, tel on consent d'être connu ; sans ambitionner des titres, des honneurs, des distinctions , qu'on sait être au-dessus de soi.

Des prêtres et des lévites furent envoyés de Jérusalem à Jean-Baptiste pour lui demander s'il était le Messie, ou du moins s'il était Elle; mais eu deux uiots il se contenta de leur répondre nettement et simplement : Je ne suis ni l'un ni l'autre. Ils insistèrent , et, le pressant de s'expliquer : Quiêtes- ^ous donCf lui dirent-ils , et quel témoignage ren- €tez*vaus de vous-même? Mais lui, comme il était le précurseur de Jésus-Christ , il se contenta encore, avec la même sincérité et la même simplicité, de se faire connaître par l'office dont il était chargé , et fiont il s'acquittait : Je suis la voix de celui qui crie tianâ le désert : Préparez le chemin au Seigneur. Excellent modèle! mais qui est-ce qui le suit, et où troave-t-on cette cnnoeur d'âme, cette modestie h répreavç des plus foncs tentations? C'est une des iofmD\u>ve- ~ ' m

plus belles vertus, c'est une vertu héroïque, mais bien peu commune. Une justice si rigoureuse n>st guère de notre goût, dès que c'est nous-mêmes qu*elle regarde.

Second point. Faire justice au prochain, c'est faire intérieurement du prochain l'estime qu'il mérite, et du reste le voir sans peine dans le degré d'élévation où , par son mérite, il est monté.

1. Faire intérieufement du prochain Festimo qu'il mérite. Puisqu'il la mérite, cette estime, pourquoi la lui refusons-nous? C'est que la passion nous domine et nous séduit, c'est que l'envie nous met un voile sur les yeux , ou qu'elle répand sur le mérite d'autfuiun nuage qui l'obscurcit et qui nous empêche de le découvrir; c'est que la malignité do notre cœur nous peint la plupart des objets avec de fausses couleurs, et qu'elle les diminue ou les grossit, selon qu'ils sont conformes à nos inclinations, ou qu'ils y sont opposés. Or, étant naturellement jaloux de notre propre excellence, il s'ensuit de là que nous sommes beaucoup plus enclins à rabaisser le prochain dans notre estime, qu'à le relever. Car de nous en faire un portrait aussi avantageux qu'il devrait l'être, de reconnaître toutes ses bonnes qualités et toutes ses vertus , ce serait ou l'égaler à nous, ou même lui donner dans notre esprit l'ascendant sur nous, et voilà ce que nous n'aimons pas. Que faisons-nous donc? Nous avons, suivant le langage de l'Écriture, un poids et un poids, une mesure et une mesure. Selon l'une , nous nous jugeons nous-mêmes avec toute l'indulgence possible, et selon l'autre, nous jugeons le prochain avec une sévérité extrême. Tout ce qu'il y a de bien en lui , nous nous le représentons sous des images qui l'altèrent, qui l'affaiblissent, qui le défigurent, et tout ce qu'il peut y avoir de mal ou de moins parfait, nous l'augmentons, nous l'exagérons, nous l'outrons.

Injustice que Jésus-Christ reprochait avec tant de raison aux pharisiens : Comment voyez^ous une paille dans l'oeil de votre frère, tandis que vous ne voyez pas une poutre dans votre œil? (Matth., 8.) Ce n'est point là ce caractère de droiture dont Jean-Baptiste nous a donné, dans sa personne et dans toute sa conduite, un exemple merveilleux. Dès que le Fils de Dieu paraît dans le monde, de quels sentiments d'admiration, de vénération, de religion est-il rempli et témoigne-t-ii l'être pour ce sauveur envoyé du ciel ! Quand nous saurons ainsi nous dégager de toute préoccupation , de tout intérêt propre, ou que nous n'aurons point d'autre intérêt que celui de la vérité et de la charité, c'est alors que nous estimerons le mérite partout où il est , parce que nous n'aurons plus sur les yeux

lo bandeau f|ui nous le cache: nous le Terrons dans toute son étendue et dans toute sa perfection, et nous lui rendrons au dedans de nous-mêmes le légitime hommage qui lui appartient. Mais cela suppose une piété bien épurée et bien détachée d*elleuiéme: et comme il en est très-peu de cette sorte, il n'est que trop ordinaire à un nombre infini de gens, dévotsde profession ou plutôt de nom, d'être les plus rigides censeurs du prochain , et de se rendre, dans Tusage de la vie , les plus dédaigneux et les plus méprisants.

3. Voir sans peine le prochain dans le degré d'élévation où par son mérite il est monté. Il y a des mérites si évidents et si connus, qu'on ne peut se les déguiser à soi-même, et qu'on est forcé d'en convenir. Mais voici le comble de l'injustice : au lieu de dire , comme saint Jean : C'est àlidde croU tre, on voudrait disputer à un homme la place qu'il occupe, et la lui enlever, quoiqu'on ne puisse néanmoins se dissimuler qu'il y est monté par la bonne voie, et qu'il a toutes les dispositions et toutes les conditions requises pour la remplir dignement. On l'avoue, on en est persuadé; mais, malgré cette persuasion et cet aveu , on ne le voit qu'à regret dans un rang, dans une dignité , dans un ministère où l'on aspirait, et qu'on prétendait obtenir, sinon par le mérite, du moins par l'intrigue et par la faveur. Car telle est , présentement plus que jamais, l'iniquité du monde. Le plus faible moyen pour s'y avancer, c'est le mérite; ce qui fait que, sans égard au mérite d'un compétiteur, ni à ses talents, beaucoup supérieurs aux nêtres, on ne craint point toutefois d'entrer en concurrence. avec lui, parce qu'on est appuyé d'ailleurs de puissants secours et de patrons sur qui l'on compte et dont on se prévaut. Si donc il arrive qu'on ne réussisse pas, et que l'autre ait le dessus, quoique ce soit une justice qui lui est faite, on en est vivement touché , et Ton ne peut digérer sur cela son chagrin. Où est la raison? où est la probité naturelle.' où est le chrls- XïaniÈtne? Rendons , dit le grand apôtre, rendons àchaeunceque wuskddewms : le trilnU à qui est dû le tribut y et l'honneur à qui est dû l'honneur: (Rom., 13.) Saint Paul faisait cette leçon aux premiers fidèles, et leur prescrivait cette règle à l'égard même des païens et des idolâtres : combien plus des chrétiens doivent-ils entre eux l'observer! S'il a plu à la Providence d'exalter celui-ci et de le placer sur ie ckmndeiierj quel droit avons-nous de nous opposer à ses desseins? Si celui-là se trouve plus digne que nous du crédit où il est et des emplois qu'on lui confie , soit dans l'ÉgUse, soit dans le siècle, que ne lui cédons-nous de bonne grâce un avantage qui lui est justement acquis? Cest noire frère, qu'il croisse. [Gen., 54.) Pour penser

sua LA FREQUENTE CONFESSION.

de la sorte, il suffit d'être homme : mais à plus forte raison, c'est ainsi que pense une âme bien fondée dans les principes de l'Évangile, qui est la droiture même et la souveraine justice.

JEUDI

Jean-Baptitte perfectiooDiDt les peuples par laooolMoi des péchés.

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