‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 2)Chapitre 318 sur 408 · JÉSUS-CHRIST ADORÉ DANS L'EUCHARISTIE · texte numérisé non relu

JÉSUS-CHRIST ADORÉ DANS L'EUCHARISTIE

Dieu , et du consentement des pasteurs de rÉglise , se sont associées pour l*adoration perpétuelle du très-saint sacrement Elles ont mesuré sur les humiliations de Jésus-Christ leurs adorations. Comme donc et le jour et la nuit U demeiure toujours dans le même anéantissement , elles n*dnt pas voulu quil y eût un moment, et de la nuit et du jour, où on ne lui fît hommage, et où on ne lui rendit une partie de rhonneur qu^elles savent lui appartenir. De tout ceci , jugez, femmes mondaines, avec quelle affreuse indécence vous venez dans nos temples, non pas honorer un Dieu humilié, mais vous donner en spectacle, mais attirer sur vous les regards, et vous faire voir parées conmie des idoles ; mais, si je Tose dire, vous Caire encenser vous-mêmes et adorer.

Second pouit. Uéut de Jésus-Christ dans le sacrement de l'autel est encore, par un heureux retour, celui qui donne à nos adorations plus de mérite. Car, en adorant Jésus-Christ dans l'Eucharistie, 1 . nous adorons ce que nous ne voyons pas ; 2. nous adorons même contre ce que nous voyons.

1. Nous adorons ce que nous ne voyons pas. Que les anges et toutes les âmes qui jouissent de la béatitude dans le ciel adorent le Seigneur Jésus ; que, suivant la vision qu'en eut saint Jean , et qu'il rapporte au chapitre cinquième de son Apocalypse, ils disent et redisent incessamment à haute voix : // est digne, cet Jgneau gui a été immolé, de recevoir lapuiMsance, la diviniié, la sagesse, la force, rhonneur, la gloire ef la bénédiction, voilà de quoi je ne suis point surpris. Us le voient dans les splendeurs des saints, et revêtu d'un éclat plus grand encore qu'il ne parut aux apôtres sur le Tbabor. Que même les Mages, sans égard à la pauvreté de l'étable où il était né , et de la crèche qui lui servait de berceau, se soient prosternés dès qu'ils l'aperçurent; qu'ils aient ouvert leurs trésors, et que, dans les présents mystérieux qu'ils lui offrirent, ils l'aient reconnu pour leur roi, et adoré comme leur Dieu, cela non plus ne m'étonne point : Du moins , voyaientils son humanité sainte, et pouvaient-ils dans ses yeux , dans tous les traits de son visage, ainsi que l'observe saint Jérôme, découvrir quelque chose de divin et au-dessus de l'homme. Mais comme le Sauveur du monde a dit : Bienheureux ceux qui fCont point vu et qui ont crU (Jo an. , 20) , je dis de même et conformément à cet oracle : Bienheureux ceux qui ne voient point, mais qui néanmoins se soumettent, et qui adoreqt avec la même humilité et la même affectiondecœur que s'ils voyaient. Pourquoi bienheureux? parce que dans leurs adorations ils ont le mérite de la foi la plus pure et de la religion la plus parfaite.

Or, voilà ce que nous faisons à l'égard de l'Eucharistie ; nous adorons sans voir et sans demander à

voir. Je ne dis pas que nous adorons sans connaître : c'est un des reproches que le Fils de Dieu fit à la Samaritaine . ^ous adorez ce que vous ne eannaissezpas (Joan., 4); mais nous, ce que nous adorons, nous le connaissons. Et en effet, ce que nous adorons, nous savons que c'est Jésus-Christ, non point Jésus^^ist passible et mortel comme autrefois, mais Jésus-Christ ressuscité et vivant, mais Jésus-Christ' impassible et immortel : nous le savons, nous le connaissons , et nous n'allons pas plus loin. Tout le reste n'est que ténèbres pour nous, et nous n'entreprenons point de les éclaircir. Au milieu de ces ténèbres , tout épaisses qu'elles sont, nous agissons, nous nous assemblons auprès du Seigneur, nous répandons à ses pieds nos âmes encore plus que nos corps, nous nous tenons dans un silence respectueux , la tête penchée , les mains jointes , et en posture de suppliants. Pour cela , quel empire faut-il prendre sur sa propre raison ; et pour la captiver de la sorte et la fixer, quelles victoires n'y a-t-il pas à remporter sur soi-même ! Est-ce sans fruit , et de tels sacrifices ne sonMls dans l'estime de Dieu de nulle valeur?

2. Nous adorons même contre ce que nous voyons : car que voyons-nous? toutes les apparences du pain et toutes les apparences du vin : rien de plus. Sont-ce de fausses apparences? il est vrai que nous pouvons être quelquefois trompés par de vaines illusions qui présentent à nos yeux certaines images et certains dehors où il n'y a rien.de réel ; mais ici ce sont de vrais accidents que nous voyons , ce sont réellement les espèces du pain et les espèces da vin ; elles sont telles qu'elles ont toujours été, et il ne s'y est fait aucun changement. De là que nous dictent nos sens? que c'est donc du pain, que c'est du vin, et point autre chose. Or là-dessus, éclairés d'une lumière divine, nous les démentons tous et nous les contredisons. Qu'ils parlent , nous ne les écoutons point; qu'ils se récrient, nous les forçons de se taire. Selon leur rapport , ce qu'ils aperçoivent n'est que du pain , et n'est que du vin ; et selon la vive et infaillible persuasion où nous sommes , ce n'est ni du pain ni du vin , mais le Dieu que le ciel adore et que nous devons adorer. Il est dit d'Abraham qu'il espéra contre l'espérance même (Rom,, 4), e/est-à-dire, qu'il espéra lors même que, suivant Tordre naturel, il perdait, ce semble, tout sujet d'espérer; et voilà comment nous adorons, lors même que ce qui frappe nos sens ne nous représente nul objet digne de notre culte : que dis-je ! lors même que ce qui nous frappe la vue ne nous représente que des objets à qui, par eux-mêmes, aucun culte ne peut être dû. L'espérance d'Abraham lui fîit imputée à justice, et n'est-ce pas ainsi que vous daî«^ gnez. Seigneur, recevoir notre encens en odeur de suavité î Si vous ne vous découvrez pas sensiblement

JÉSUS-CHRIST PRÉSENTÉ A DIElT DANS L'EUCHARISTIE.

À mm ycnz, c^est de votre part on trait de mlaérioorde. Moins nous vous voyons , plus nos adorations vous deviennent agréables et nous deviennent méritoires. Rien n'en interrompra le eours ; mais ce sera •n eette vie notre plus eommon exercice , jusqu'à ce que nous paissions parvenir à cette autre vie où noDS vous verrons fiiee à face, et nous jouirons de votre gloire pendant tous les siècles des siècles.

TBOlSliMB JOUB.

Jésoft-Ghrift présenté à Diea dans l'Ebcharistie.

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