‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 2)Chapitre 322 sur 408 · JÉSUS-CHBIST CONVERSANT DANS L'EUCHARISTIE · texte numérisé non relu

JÉSUS-CHBIST CONVERSANT DANS L'EUCHARISTIE

de son âme , qu'elle ne se coromuoiquât jusques à sa chair et à tous ses sens. Du moment que Marie, enceinte de Jésus, et le portant dans ses chastes flancs, salua Elisabeth, Jean-Baptiste, renfermé lui-même dans le sein de sa mère, ressentit la présence de ce Messie, et fut rempli d'une subite allégresse. Impressions vives et pénétrantes qui ravissaient les saints, qui les transportaient hors d'eux-mêmes, qui les plongeaient dans les plus profondes et les plus douces contemplations, qui quelquefois leur faisaient verser des torrents de larmes, qui , sans fatigue , sans ennui , les attachaient devant l'adorable sacrement pendant les heures et presque les journées entières. Que votre parole est touchante, Seigneur! qu'elle est insinuante! C'est ce que chante l'Église dans Toffice de cette fête. Mais, hélas! que sert-il que Jésus-Christ nous parle, ou qu'il soit ainsi disposé à nous parler, si nous n'allons à lui, si nous ne nous rendons assidus auprès de lui , si même nous le fuyons , bien loin de le rechercher, et si , par le plus injuste et le plus faux de tous les préjugés , nous regardons comme une gêne de converser quelques moments avec lui?

3. Il nous parle utilement , c'est pour notre bien. Et que nous dit-il en effet? de quoi nous entretientil ? des voies où nous devons marcher, et qu'il nous enseigne ; des écueils que nous devons éviter, et qu'il nous découvre; des vaines opinions, des erreurs dont nous nous laissons préoccuper, et dont il nous détrompe; des degrés de sainteté, de perfection où nous pouvons avec son secours nous élever, et où nous sommes appelés. Il nous représente nos fautes , il nous reproche nos relâchements et nos tiédeurs, il ranime notre ferveur et notre zèle. En quelque situation que nous nous trouvions, il s'y conforme , et il y proportionne ses grâces et ses inspirations. Manquons-nous décourage, il nous fortiûe; nous délions-nous de nous-mêmes, il nous rassure; dans nos délibérations, il nous dirige; dans nos incertitudes et nos irrésolutions , il nous détermine; si nous sommes assaillis de la tentation, il nous soutient ; si nous sommes affligés , il prend part à nos peines et les adoucit : tout cela par les vues qu'il nous donne, et lès différentes considérations qu'il nous suggère. De sorte que l'âme , sans bien savoir comment, se trouve tout autre qu'elle Vêtait. Elle apprend ce qu'elle doit faire , elle connaît de quoi elle doit se préserver, elle revient de ses illusions, elle gémit de ses chutes passées, elle aspire à de nouveaux progrès; son feu se rallume, ses forces renaissent, ses craintes, ses doutes se dissipent. Plus do difQcultés qui Tétonnent', plus de troubles qui l'agitent, plus de chagrins qui l'abattent. Le calme règne dans cette âme; tout y est en paix.

Que dirai-je même de ces faveurs plus particu- i

Mères qu'elle reçoit quelquefois? Que dirai-je de en élévations vers Dieu , de ces connaissances qu'elle acquiert de l'être de Dieu, des grandeurs de Dieu, des mystères, des conseils de Dieu ? Car étantcomme abîmée en Jésus-Christ, ne l'est-eUe pas dans le sein de la Divinité même, et que n'y voit-elle pas ? Ce sont là, j'en conviens, des dons extraordinaires : mais ces dons singuliers et si relevés , où les obtient-on, et où doit-on plutôt les obtenir, que devant le sacrement d'un Dieu qui en est le dispensateur?

4. Il nous parle à tous et en tout temps. Que disait Moïse aux Israélites, leur annonçant la loi du Seigneur, et voulant leur faire connaître la prééminence du peuple de Dieu au-dessus de tous les autres peuples ? Aouy s'écriait-il , il n'y apohUdenation qui ait des dieux aussi proche d'elle que notre Dieu Pestpour nous y ni d'un accès aussi facile pour elle que notre Dieu l'est pour nous., (Deul. , 4.) Le saint législateur ne faisait parmi le peuple nulle distinction ni des grands, ni des petits, ni des riches, ni des pauvres; mais il leur donnait à entendre que le Dieu dlsraël n'avait acception de personne ; et cette admirable condescendance, cette égalité, ou paraitelle davantage que dans le sacrement de l'autel ? C'est là que Jésus-Christ nous parle, et qu'il nous parle a tous sans exception : nul n'est exclu de ces salutaires entretiens. Grands du monde, ce serait, selon ks vains sentiments de l'orgueil dont vous êtes enflés, dégénérer de votre grandeur et l'avilir, que de traiter avec les petits et avec les pauvres. Parce que lu Providence les a réduits dans des états au-dessous de vous , et qu'il lui a plu de vous élever sur leurs têtes, à peine daignez-vous les favoriser d'un regard, bien loin de les admettre auprès de vos personnes , et de 1 vous familiariser avec eux. Prenez garde, toutefois, i et ne vous y trompez pas : l'entrée de vos palais 1 leur est interdite, mais la maison de Dieu leur est ouverte ; ce n'est point à la porte de cette sainte d^ meure qu'ils doivent se tenir, ce n'est point aux derniers rangs que leurs places sont marquées : il leur est libre de s'avancer jusques aux pieds de Jésus-Christ : car il est toujours le sauveur de tous les hommes, et ce qu'il disait autrefois, il le dit enooie: Laissez ces petits venir à moi. (Mabc, 10.) Ce sont des pauvres ; mais , ajoute-t-il , c'est aux pauvres que mon Père m'a envoyé prêcher rÉoangik. (Luc, 4.) Il les reçoit donc, il leur dispense la parole du salut et de la vie éternelle : c'est même avec ces âmes simples et humbles qu'il aime spécialement à s'entretenir. Tellement qu'il semble que motns il les a avantagés selon l'ordre de la nature, plos il » montre libéral envers eux, selon l'ordre de la grêee, et que moins il leur a départi de biens temporebt plus il les enrichit de biens spirituels.

Vous me demandez s'il y a pour cela des heoitf privilégiées, et des temps plus favorables taliii

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