JÉSUS-CSRIST OUTRAGÉ DANS L'EUCHARISTIE
Voilà , mes frères, ce que j*ai à tous mettre devant les yeai. Ce sont des horreurs que je devrais , ce semble, s'il était possible, tenir cachées sous le voile , et dérober à votre connaissance ; mais d'ailleurs il ne sera pas inutile de vous en retracer le souvenir : pourquoi? non point précisément pour exciter dans vos cœurs une juste indignation, non point pour déplorer seulement avec vous des profanations qui méritent toutes nos larmes, mais afin que vous compreniez toute la charité d'un Dieu, laquelle ne put être éteinte par la vue anticipée qu'il eut de tant de désordres , en se donnant à nous dans l'institution du sacrement de son corps; mais afin que vous admiriez son invincible patience à souffrir tout cela et à le dissimuler, sans en tirer une vengeance aussi prompte qu'il le pouvait et que la justice le demandait; mais afin que vous preniez la généreuse résolution du prophète royal, lorsque, voyant le Dieu d'Israël offensé par un peuple rebelle, il s'écriait, dans un saint transport de zèle : Ah! Seigneur, puis-je être témoin des injures que vous recevez et ne les pas ressentir jusques au fond de l'âme? Dans V ardeur du ressentiment qui me dévore, elles me deviennent comme personnelles, et elles retombent sur moi, (Ps. 68.) Si je n'ai pu les arrêter, du moins je veux , autant qu'il est en mon pouvoir, les réparer; et c'est le dessein que je forme. Je me promets de votre piété , chrétiens , que ce sera là pour vous-mêmes le fruit de ce discours.
Pbbmier point. Outrages éclatants et pleins de violence de la part des hérétiques , ennemis déclarés de l'Église. Nouspréchons Jésus-Christ, (I . Cor., 1) écrivait saint Paul aux chrétiens de Corinthe : cet oint du Seigneur, ce Christ, est la force même de Dieu et la sagesse de Dieu pour les vrais fidèles qui ont cru et qui croient en lui : mais pour les Juifs, c'a été un sujet de scandale, et il a paru aux gentils une folie. Paroles que j'applique en particulier au grand mystère du corps et du sang de Jésus-Christ présents sous les espèces du pain et du vin.
Nous prêchons c«t ineffable mystère , nous en démontrons l'incontestable vérité , et les âmes dociles à la foi nous écoutent, se soumettent, reconnaissent dans ce sacrement leur Sauveur et leur Dieu : mais qu'en ont pensé des hommes incrédules et présomptueux , que le démon de l'hérésie a infectés de son souffle empoisonné? qu'en ont-ils dit? Le sacrement le plus redoutable , et devant qui les puissances mêmes du ciel tremblent et s'humilient, a été pour eux un objet de dérision , c'a été une folie. Comment surtout en ont parlé les Wiclef , les Calvin, les CEcolampade, tant d'autres suppôts de l'enfer et ministres du mensonge? Ils ont, pour m'exprimer avec le prophète, ils ont aiguisé leurs langues comme celle du serpent et de leurs bouches
empestées ils ont lancé le plus subtil venin de Taspic. Oserai-je rapporter ici leurs blasphèmes ? lem livres en sont remplis. Car, pour contenter raigreur dont ils étalent animés , il ne leur suffisait pas de parler; il fallait que la plume, teinte dans le fiel le plus amer, prêtât à la langue son ministère ; il fallait que la main traçât sur le papier tout ce que le cœur avait conçu de plus outrageant et de plus insultant.
De là tant d'ouvrages qu'ils ont répandus par toute la terre , et qu'ils ont laissés à la postérité, pour être des monuments durables et publics contre les hommages que nous rendons à Jésus-Christ dans son sanctuaire. C'est là, c'est dans ces ouvrages, écrits avec toute la malignité et toute l'impiété que leur inspirait l'esprit d'erreur, c'est là , dis-je , qu'ils se sont spécialement élevés contre le plus salutaire et le plus grand sacrifice, qui est celui de la messe. Ont-ils rien omis pour le décrier, pour l'avilir, poor l'anéantir et l'abolir ? Et quels termes y ont-ils employés? sous quelles idées l'ont-ils représenté? Ne descendons point à un détail d'expressions qui ne peuvent convenir à la dignité de la chaire, et qui ne serviraient qu'à blesser les oreilles pieuses et à révolter les esprits.
Cependant l'Église a-t-elle abandonné son divin époux , traité de la sorte et livré à de telles insultes? Dépositaire du plus riche trésor, l'a-t-elle laissé enlever sans se mettre en devoir de le défendre? Elle s'est opposée comme un mur d'airain à des rebelles et à des audacieux que nulle considération , nul égard ne retenait. Elle les a frappés de ses anathèmes ; mais, déterminés à tout événement, ils ont également méprisé et les anathèmes et l'Église; elle les a retranchés de sa communion , elle les a séparés, et ils se sont séparés eux-mêmes. Si bien que , par un renversement le plus injurieux au Fils de Dieu et le plus contraire à ses desseins , le sacrement qu'il avait institué pour être le sacré lien d'une paix, d'une charité, d'une union mutuelle et perpétuelle entre ses disciples , est devenu l'occasion des plus scandaleuses divisions et des guerres les plus sanglantes.
Où me conduit mon sujet? à quelles fureurs? Que d'effrayantes peintures j'aurais à vous faire, si le temps me le permettait! Vous verriez familles contre familles , villes contre villes, provinces contre provinces , le feu de la sédition allumé de toutes parts, et les royaumes, les empires sur le penchant de leur ruine ; vous verriez les temples pillés , souillés, changés en des places d'armes ou habités par de vils animaux et leur tenant lieu de retraite ; vous verriez des troupes de satellites attaquer le Seigneur dans sa sainte maison , et porter sur lui leurs mains parricides. Quand les soldats envoyés des Jui£s vinrent l'investir dans le jardin et le prendre : ^vut