‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 2)Chapitre 333 sur 408 · JESUS-CHRIST CRUCIFIÉ DANS L'EUCHARISTIE · texte numérisé non relu

JESUS-CHRIST CRUCIFIÉ DANS L'EUCHARISTIE

du monde, au moment qu'il eut communié, lui dît : Ce que vous avez résolu de faire, faites-le au phu tôt. (JOÀN., 13.) Comme s'il lui eût dit : Je vous ai averti, je vous ai sollicité et pressé; rien n'a pu vaincre votre obstination : allez donc, et agissez ; périssez , puisque vous voulez périr.

4. De là indifférence mortelle pour les choses de Dieu et pour le salut. Abandonné de Dieu et privé des grâces qui lui étaient réservées , comment serait-il touché de quelque chose par rapport à Dieu et au salut de son âme? Pour acquérir Thabitade d'une vertu , il ne faut quelquefois qu'une s^e victoire qu'on a remportée sur soi-même, qu'une seule violence qu'on s'est faite, qu'un acte héroïque qu'on a pratiqué dans l'occasion. Or, il en ▼a de même , ou à peu près de même à Tégard du erime. Il y en a d'une telle nature, qu'il sufBt de les commettre une fois pour rompre tous les liens qui nous retenaient, et pour s'ouvrir une carrière libre dans les voies de l'iniquité : on secoue le joug , on ne ménage plus rien. C'était en effet un joug pour plusieurs que l'obligation d'approcher du saereroent de Jésus-Christ à certains temps de Tannée où Ton ne pouvait guère s'en dispenser ; c'était un frein qui gênait et qui incommodait. La vue d'une communion prochaine troublait, inquiétait, engageait à prendre quelques mesures pour calmer une eonsteience encore timide , ou plutôt pour l'assoupir et rendormir. Mais quand , fatigué de ces inquiétudes et de ces troubles , on a pris le plus court moyen de s'en affranchir en communiant avec son péché, c'est alors que la passion émancipée , pour ainsi parler, et tirée de servitude , se livre à tout sans règle et sans nulle considération. Une communion faite indignement affermît contre la crainte d'une seconde, et en diminue l'horreur. De cette sorte , on vit tranquille dans ses désordres; on se sert même de la communion comme d'un voile pour les couvrir et les tenir cachés. Ils se multiplient sans obstacles et presque à l'infini. Quels fonds de corruption, où, de jour en jour, on se plonge plus avant et on s'abtme! Quelle impénitence , commencée dans la vie, poor être , hélas ! par le plus redoutable châtiment , eoosomméeà la mort!

Voilà done, chrétiens auditeurs, pour vous remetre sous les yeux tout le plan de ce discours, et pour vous en retracer l'idée, voilà l'extrême violence que le pécheur sacrilège fait à Jésus-Christ ; voilà ressentielle différence que j'ai marquée entre cette croix matérielle où il mourut par la conjuration des Juifs, et cette croix spirituelle où il est attaché par une communion indigne. Il accepta Tune d'une volonté pleine et parfaite, parce qu'il y envisageait rhonneur de Dieu et l'avantage de l'homme; mais il déteste l'autre , il l'abhorre , parce qu'il y voittout à la fois, et Dieu déshonoré, et Thomme perdu.

Dans le fort de sa douleur, aux approches de sa passion, il disait à son Père, en se résignant : Çue votre volonté soUfailet non la mienne ( Luc, 22), qui doit se conformer à la vôtre ; mais c'est ce qu'il ne peut dire ici , puisqu'une communion sacrilège ne peut être de la volonté du Père, ni delà volonté du Fils. Il ne lui reste que de renouveler la plainte de son Prophète : Cest en vain que foi travaillé; en vain, âme criminelle, que f ai consumé pour vous toute ma force. (Isai., 46.) Je vous avais sauvée par la croix; mais le fruit de cette croix, où j'avais opéré l'oeuvre de votre salut, vous le détruisez par une autre croix que vous m'avez dressée dans votre cœur. Plainte accompagnée d'une menace formidable : car,ajoute le Prophète, ou Jésus-Christ même dans la personne du Prophète , le Seigneur, ce Père tout-puissant, me fera justice. S'il tient maintenant ses coups suspendus, il aura son temps pour frapper, et son bras doit s'appesantir sur vous d'autant plus rudement que c'est le sang de son Fils qu'il vengera.

Pensons-y, mes frères, et tremblons. Les jugements de Dieu sont à craindre pour tous les pécheurs, mais surtout pour les pécheurs sacrilèges. Nous savons à quel désespoir Judas fut abandonné de Dieu, et à quelle malheureuse fin il s'abandonna lui-même, après avoir profané le sacré mystère nouvellement institué. Il est moins ordinaire, j'en conviens, de le profaner d'une vue aussi délibérée; mais de s'y exposer, mais de se mettre là-dessus dans un danger évident et prochain par l'extrême négligence avec laquelle on se présente à la sainte table , c'est ce qui n'arrive que trop fréquemment , et de quoi nous ne pouvons nous proserver avec trop de soin. Quelque bien disposés que fussent les apôtres, et quoique le Fils de Dieu leur eût lavé les pieds, en signe de cette pureté intérieure de l'âme qu'ils devaient avoir et qu'ils avaient en effet, toutefois, lorsque, sur le point de les communier, il leur déclara , ainsi que je l'ai dit , qu'il y avait un traître parmi eux et un profanateur, ils furent saisis d'une crainte religieuse. Aucun ne présuma de lui-même nidesonétat; mais ils s'écrièrent tous en général et chacun pour soi : Serait-ce moi. Seigneur f Prenons ce sentiment, sans rien perdre néanmoins d'une confiance raisonnable et chrétienne. Nettoyons, lavons, puri« fions notre cœur ; effaçons , autant qu'il dépend de nous , avec le secours du ciel , jusques aux moindres taches; et du reste, malgré toutes nos précautions, défions-nous encore de nous-mêmes, et ne comptons point sur nous-mêmes. Je vais à vous. Seigneur, je vais à votre autel, où vous m'invitez et où vous voulez vous donner à moi : mais oomment y vais-je, et en quelle disposition? Vous le voyez mieux que moi, puisque vous me connaissez mieux que je ne me connais moi-même. Ah! mon Dieul u'rs ^-Vvl

JÉSUS-CflRlST TRIOMPHANT DANS L'EUCHARISTIE.

point dans mon âme quelque venin secret qui la corrompe? suis-je dans votre grâce? Je n'en ai point de certitude; mais du moins ce que je sais, c'est que je souhaite d'y être , c'est que je crois de bonne foi n'avoir rien épargné ni rien omis pour y être. Voilà , Seigneur, tout ce que je puis de ma part; et vous, par votre miséricorde, vous suppléerez, comme je l'espère, à tout ce qui me manque.

HUITIEME JOUR

Jésus Christ victorieux et triomphant dans TEucharislie.

SERMON

SUR LES PROCESSIONS DU SAINT SACREMENT

David et omnis domus Israël ditcebant arcam Uttamenti Domini in jubilo et in clangore buecina.

David et toute la maison d*Israei conduisaient l*arche du Seigneur au milieu des cris de joie et au son des trompettes. Au 2* livre dei Rois, chap. 6.

Jamais le saint roi d'Israël et l'innombrable multitude du peuple qui l'accompagnait ne furent remplis d'une joie plus pure , ni ne témoignèrent plus de zèle pour la gloire du Seigneur, que lorsqu'avec l'appareil le plus pompeux et parmi les acclamations publiques , ils conduisirent l'arche du testament et la placèrent dans la capitale de l'empire. Ce fut pour cette arche, après avoir renversé l'idole de Dagon, après avoir mis en déroute l'armée des Philistins, après avoir attiré sur le pieux Obédédom et sur toute sa famille les bénédictions du ciel, ce fut, dis-je, pour cette arche victorieuse oomme un triomphe. Tout Israël y applaudit, tout l'air retentit de chants d'allégresse, et David ne ménagea rien pour contribuer à la célébrité de cette fête. Belle figure , mes chers auditeurs, qui, dans une comparaison très-naturelle, nous représente ce qui se passe en ces saints jours à l'égard du sacrement de Jésus-Christ. Qu'est-ce que ce sacrement adorable? Dans la pensée des Pères et des interprètes, c'est l'arche de la nouvelle alliance. Et comment l'Église veut-elle surtout que ce sacrement so\i honoré dans cette octave qu'elle a établie et qu'elle lui consacre? On le porte publiquement et processionnellement : tout le peuple fidèle s'assemble autour du char où il est élevé ; le concours est universel, et voilà ce que j'appelle son triomphe. Religieuses processions et augustes cérémonies dont je me suis proposé de vous entretenir; car, après vous avoir fait voir Jésus-Christ outragé dans son sacrement, insulté, persécuté, crucifié, il faut maintenant, pour effacer de si tristes idées, vous k faire considérer victorieux et triomphant. Ainsi I étangélistes, après nous avoir fait le détail des 1 de sa vie souifrante et de toutes les igno-

minies de sa mort , nous racontent les merveilles de sa résurrection , et peignent à nos yeux la gloire de son ascension au ciel. Quoi qu'il en soit, voici en trois mots le partage de ce discours : triomphe de Jésus-Christ dans l'Eucharistie, triomphe le plus glorieux par son éclat et sa solennité : premier point; triomphe le plus juste et le plus légitimement dû, suivant les intentions de l'Église et selon les motifis qui l'ont engagée à l'instituer : second point; triomphe le plus capable d'exciter le zèle des fidèles et de réveiller les sentiments de leur piété : troisième point. J'ai cru le sujet assez important pour mériter une instruction particulière , d'autant plus que c'est une matière qu'on ne vous a jamais peut-être suffisamment développée dans la chair, et dont il est bon que vous ayez une pleine connaissance.

Premier point. Triomphe le plus glorieux par son éclat et sa solennité. C'est une réflexion bien vraie des maîtres delà vie chrétienne et spirituelle, quand ils regardent et qu'ils nous font regarder l'entrée de Jésus- Christ , par la communion, dans une âme , surtout dans une âme pénitente, comme un triomphe. Cette âme, disent-ils, dégagée des liens du péché dont elle était esclave et qui la tyrannisait, devient pour son libérateur comme une terre conquise. Il en prend possession, il y établit son empire et l'y affermit. Point d'inclination vicîeuse qu'il ne réprime , point de passion qu'il ne tienne sous le joug. Ses volontés règlent tout, tout obéit à sa loi, tout suit les mouvements de sa grâce ; et plus il lui en a coûté d'efforts pour s'assurer une telle conquête, plus il a de quoi s'en glorifier : de sorte que les efforts même qu'il a faits , que les combats qu'il a livrés , ne servent qu'à relever le prix de sa victoire. Puissiez-vous , adorable maître, régner ainsi dans nous et sur nous ! puissions-nous vivre toujours sous une si heureuse domination!

Cependant, chrétiens, ce triomphe est tout intérieur, et n'a rien qui frappe les yeux. Dieu seul et l'âme en sonttémoins. Or, il fallait à Jésus-Christ un triomphe plus éclatant, il fallait qu'une fois an moins chaque année il y eût un temps où il se produisit au grand jour, il se donnât en spectacle à tout le nM)nde chrétien. Oui , Seigneur, levez-vow, vont dis-Je, et Varche que vous avez sanctifiée {Psalm, 1 i 3 ), qui est votre sacré corps. Sortez des ténèbres où vous vous tenez enfermé dans vos tabernacles, et montrez-vous. Autrefois vous traîniez après vous les quatre, les cinq mille hommes qui vous suivaient et vous bénissaient. Ce que vous avez fait dans les jours de votre vie mortelle et paisible vous convient encore mieux dans cette vie bienheureuse et im^l0^ telle dont vous jouissez. Et vous, filles de Sion, «enez au-devant de t époux céleste ( CatU.y 3 ) ; nation chérie entre toutes les nations, catholiques zâés,

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