‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 2)Chapitre 334 sur 408 · JÉSUS-CHRIST TRIOMPHANT DANS L'EUCHARISTIE · texte numérisé non relu

JÉSUS-CHRIST TRIOMPHANT DANS L'EUCHARISTIE

éuniasez-vous, et de compagnie veoez prendre part

eette pompeuse et dévote solennité. Venez voir, toD plus k roi Scdonwn ceint du diadème {ÇeaU.fi)^ nais le Roi des rois , mais le Dieu de Tunivers couonné de splendeur et de gloire.

Ce que jedis, c'est ce que l'Église ordonne, et ce [oi s'exécute selon qu'elle Ta prescrit. De toutes Mots on se rend au lieu désigné pour la marche, on le dispose , on se range; une nombreuse assemblée, m, pour mieux dire, une nombreuse cour, se ■onne de tous les états et de toutes les conditions, iepuis le plus petit et le plus, pauvre , jusques au irince, jusques au monarque. A l'aspect de la Dirinité présente, toute dignité disparaît, chacun à *envi ne pense à se distinguer que par ses hommaj^ et ses respects.

fai m le Seigneur, disait le Prophète; U était usis sur un trône élevé. Des séraphins étaient autour du trône et se couvraient de leurs aUes ; ils répétèrent sans cesse et se criaient l'un à l'autre : Saint, Saint, Saint, le Seigneur, k Dieu des armées; toute la terre estremplie desa majesté. (Isai., (L) Ainsi les prêtres, comme ces anges qui dans le ciel assistent autour du trône et devant la majesté du Très-Haut, approchent du sanctuaire, prêts à exercer leurs fonctions. Les rues sont jonchées de fleurs ; les maisons, parées et ornées ; lesautels, dreslét sur la route d'espace en espace, pour recevoir le Seigneur, et pour lui servir en quelque manière de repos. Enfin, le signal est donné, et c'est alors que de son temple part ce Dieu triomphant , et qu'il eommence à se produire.

Il est au milieu de ses ministres comme grand prêtre et pontife souverain ; il est sous le dais comme roi du ciel et de la terre. On lui offre de Tencens , et il le reçoit comme Fils de Dieu et Dieu lui-même. Le bruit même des armes se fait entendre et rbonore comme vainqueur du monde. Que de voix s'élèvent pour célébrer son nom et pour l'exalter ! Que de cantiques de louanges! que d'harmonieux concerts 1 que de bénédictions! que d'adorations! Tout s'humilie, tout se prosterne. Il me semble que ]e pourrais bien lui appliquer les belles et mystérieules paroles du Prophète : // a établi sa demeure dans k sokit, et il y parait avec la même grAce qu'un époux qui sort de sa chambre nuptiale. Il a pris son essor comme un géant pour fournir sa course, et sur son passage il répand le feu de tous côtés et les rayons de sa lumière. {Psabn. 18.)

Ah! chrétiens, quedis-je! et quel autre état tout opposé , quelle autre vue vient me frapper l'esprit! quel parallèle! Que cette marche est différente de eelle qu'il fit dans la ville de Jérusalem la veille de sa passion ! Là, il fut livré entre les mains des impies et tratné avec violence de tribunal en tribunal comme lin criminel : ici il est dans les mains des minis-

tres du Dieu vivant, qui le conduisent avec révérence d'autel en autel, et l'y placent comme le Saint par excellence et le principe de toute sainteté. Là, poursuivi d'une populace animée, abandonné aur plus indignes traitements d'une insolente et brutale soldatesque , il fut exposé aux injures les plus atroces, aux imprécations, aux blasphèmes, à tout ce qu'inspire la haine ^t une aveugle fureur : ici , révéré jusques à l'adoration, recherché avec empressement, invoqué avec une confiance chrétienne, il n'entend , et pour lui-même, et pour ceux qui le réclament, que des souhaits, que des vœux, que d'humbles actions de grâces et de ferventes supplications. Là, envoyé à Uérode, il comparut devant toute sa cour, et il y fut méprisé, moqué , traité de fou ; de là renvoyé honteusement , il comparut pour une seconde fois devant Pilate et son conseil, et il y fut accusé, jugé, condamné; ici, dans les plus superbes cours comme dans les campagnes et les bourgades, dans les ordres les plus élevés par la supériorité du rang et par l'autorité , comme dans les dernières conditions, partout on s'acquitte envers lui du même devoir de religion, et l'on publie également ses grandeurs.

Il est vrai qu'il y eut un jour où les Juifs euxmêmes lui déférèrent les honneurs du triomphe. Ils le reconnurent pour fils de David , ils le proclamèrent roi dlsraël , ils coururent en foule l'accueillir avec des branches d'olivier et des palmes à la main, ils se dépouillèrent de leurs vêtements et les étendirent sous ses pieds. Quelle inspiration les saisit tout à coup, quel subit mouvement les emporta? c'est ce que je n'examine point. Mais du reste , ce ne fut là qu'un triomphe particulier, et renfermé dans la seule capitale de la Judée ; ce ne fut qu'un triomphe passager, à quoi bientôt succéda toute la confusion et toute l'infamie de la croix. C'est dans votre sacrement, Seigneur, que votre triomphe est universel et perpétuel. De l'orient à l'occident, chez toutes les nations éclairées de la foi , où cette sainte solennité n'es^elle pas en usage? où chaque année ne se renouvelle-t-elle pas, et depuis son institution où ne subsiste-t-elle pas? Soutenons-la, chrétiens auditeurs, autant que nous y pouvons concouru', et reprochons-nous notre indifférence ou notre extrême délicatesse quand nous négligeons d'y assister. On est si curieux de vains spectacles, on donne si volontiers sa présence à des cérémonies mondaines, on ambitionne d'y avoir place et d'y être remarqué; ayons du moins à l'égard de celle-ci la même assiduité et la même ardeur. Entre tous les motifs qui nous y engagent, la raison de l'édification et de l'exemple peut nous suffire.

Second point. Triomphe le plus juste et le plus légitimement dû selon les vues et les intentionade

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