DE LA FIN DU RELIGIEUX
engagé à me suivre, souvenez-TOos que tous devez être parfait. Cette perfection, que Jésus-Christ a proposée aux chrétiens du siècle comme on conseil , est donc pour moi un commandement, que je me suis imposé. Il m*était libre d*étre religieux, ou de ne Tétre pas; mais du moment que je le suis, il no m*est plus libre de renoncer à Tobligation que ]*al d*étre parfait , ou du moins de vouloir sincèrement et efBcacement le devenir. Voilà toutefois le devoir essentiel à quoi je manque, quand je suis assez lâche pour abandonner, dans la profession religieuse, le soin de ma perfection. Péché grief, puisque je deviens prévaricateur démon état, jusqu'à sortir de mon état. Car mon état , comme religieux , est de tendre continuellement à la perfection. Dès là donc que je la néglige, et que je n'y aspire plus; dès là que je ne me soucie plus d'y parvenir, et que je n'en ai plus le zèle, outre le désordre de ma conduite envers Dieu , outre le danger que Dieu ne retire de moi ses grâces, je sors de la voie où j'étais appelé. Or, sortir de la voie que Dieu m*avait marquée c'est , dans l'ordre du salut, l'égarement le plus funeste et dont les suites sont le plus à craindre.
Mais en m'éloignant ainsi de la Qn pour laquelle je suis religieux, quel sujet n'ai-je pas de rougir et de trembler, quand je vois au milieu du monde des séculiers plus touchés que moi do désir de leor perfection, plus occupés que moi du soin de leur perfection, et par là même beaucoup plus parfaits dans leur condition, que moi dans la mienne? Sans parler des vertus politiques et civiles qui font le mérite des partisans du monde , et qui devraient être déjà pour moi autant de leçons, combien y a-t-M de chrétiens dans le monde plus mortiQés, plus humbles , plus charitables qu'une inflnité de religieux ? quel témoignage contre moi et quelle conviction, quand Dieu , dans son jugement , me mettra ces exemples devant 4es yeux 1 Toute comparaison à part, n'est-il pas bien honteux et bien indigne, qu*après tant d'années que je suis religieux et que je me trouve obligé par mon état à marcher dans la voie de la perfection, j'y aie fait si peu de progrès; que je n'aie peut-être pas encore commencé , ni même sérieusement pensé à m'y avancer; que je sois peut-être aujourd'hui plus imparfait que lors que j'étais dans le monde ; que bien loin de croître en vertu dans la maison de Dieu, j*y aie peut-être toujours été en dégénérant et en me relâchant? Est- 06 là ce que Dieu demandait de moi? Est-ce là ce que je loi avais promis?
TBOisiiifB POINT. Cest par une grâce toute spéciale qu'il a plu à Dieu de m'appeler à la perfection religieuse; c'est par une distinction et un choix dont je ne puis assez reconnaître , ni assez estimer les /irawtjures. Il est vrai que Dieu, en vertu de ce
choh , exige de moi plus qu'il n'exige do comnnai des chrétiens : mais en celiB même quelles ont élé les vues de sa providence et de sa miséricorde envers moi? Il a voulu que je lui fusse dévooé d'au façon plu^ particulière et plus intime; H a voulu ne mettre au rang de ses favoris qui rapprochent de plus près , et avec qui il a de plos fMqocotei et de plus abondantes communications; il a voulu, non-seulement me conserver dans une innocence plus parfaite, mais m'élever aux plus sublimes ve^ tus, aQn de me tenir plus étroitement uni à Ku, et de me donner lieu d'acquérir plus de mérites devant lui; il a voulu faire éclater 6b moi toutes les richesses de sa grâce, et me disposer à recevoir oo jour les dons les plus excellents de sa gloire; il a voulu me proposer au monde comme un nMidèle, et que mes entretiens, que mes actions, qoe tonte ma vie honorât son service , édifiât le prochain, et fût pour les chrétiens du siècle une leçon Ttsibleet présente, qui les instruisit et qui les toochât.Cir tout cela est attaché à cette perfection , qoi ftit h sainteté et le caractère propre de mon état.
Or, n'est-ce pas en quoi je dois admirer la bonté de Dieu, qui m*a choisi de la sorte , qui , par une prédilection toute gratuite, m'a deitiaé à de li grandes choses, et m'a prévenu de telles ûtveors; qui , pour me soutenir dans une vocation si sainte, et pour m'aider à la remplir, m'a fourni tant de moyens? Je puis donc dire, aussi bien que Moïse, et même avec plus de sujet que Moïse, qu'il n'co a pas ainsi usé à l'égard de toute nation; c'est-àdire, qu'entre les chrétiens mêmes , qu'entre les enfants de la même Église et parmi son peuple , il m*a préféré à des millions d'autres qu'il a laissés et qu'i 1 laisse encore au milieu des dangers du monde et de toute sa corruption. Qu'avais-je fait plus qu*eux avant que Dieu me retirât de ce siècle per verti , où je me trouvais exposé comme eux , et par où m'étais-je rendu plus digne d'un de ses bien&iti les plus signalés ?
Après cela, que dois-je penser de moi-même, si, dans un état où je dois être singulièrement dévooé à Dieu, je m'occupe de toute autre chose que de Dieu? Si, dans un état où Je dois communiquer plus souvent et plus intimement avec Dieu «je Bie dégoûte de tous les exercices qui peuvent bm porter à Dieu , et je vis dans une dissipation eontiniieUe qui me fait perdre presque tout sentiment de Dieu? Si , bien loin de me préserver, selon mon état, dei taches les plus légères, et de pratiquer toute la sainteté du christianistne dans le degré le plus éaiinent, je fais en mille rencontres de mortelles blessures à mon âme , ou je me jette au moins là-dessus en des embarras de conscience très-dangereu, et si je n'ai pas même le fond et l'essentiel de la piéli I chrétienne ? Si , bien loin de m'enricfair pour Ji «M*
PEOFECnON DE NOS ACnONS ORDINAIRES.
•Je demcan dans une vie Ulche et inutile, où je ne profile de^rien, parœ que je m*acquitte de tout négligefoment ^ sans esprit intérieur? Si, bien loin de faire honneur au service de Dieu et à ma pro- I, je les déshonore, et au lieu d*édiGer le B, je le scandalise? Il n*y a que trop de religieoi à qui ces reproches conviennent : y en a-t-il à qui ils conviennent plus qu*à moi ? Quoi qu*il eu •oil» c'est à moi de me les appliquer utilement , et d'en tirer de justes conséquences pour mon instruotHm et ma sanctification.
GoircLUSioif. Ah! Seigneur, je n'avais point encore conçu ce que c*est que d'être religieux. Je n*en avait qu'une foible idée, et voila pourquoi je me MUS ai peu mis en peine de parvenir à la flu d'un état si saint. La vie religieuse -ne m'avait paru qu'une vie obeiBiire et abjecte selon le monde, qu'une vie de ooDtralnte et de gène selon les sens; mais je n'en eomprenais pas rexcellence et la perfection. C'est aujourd'hui, mon Dieu, que vous me la faites oonnattre; c'est aujourd'hui que je comn^ence à sentir mon bonheur et à le goûter, parce que c'est aujourd'hui que je conçois une toute autre estime de ma vocation.
Mais du reste. Seigneur, ce n'est point assez que je connaisse la perfection de mon état; il faut, qu'autant que je la connais , qu'autant que je Testime, je la désire, et que je la désire comme elle doit être désirée. Or il n'y a que vous qui puissiez , par votre grâce, former en moi ce désir, accompagné de toutes les qualités nécessaires pour être eonforme à mes obligations. Car vous le savez, Seigneur, ce qui m'a perdu , c'est que je n'ai jamais «a pour la perfection religieuse qu'un désir vague, qu'un désir oisif et languissant , qu'un désir borné et limité, qu'un désir passager et volage, qu'un de cet désirs qui tuent l'âme et qui ne la sanctifient pas, qu'un de ces désirs de pure complaisance dont renfer est plein ; au lieu que pour arriver à une fin si importante et si sublime, il me fallait un désir fervent, un désir efficace et pratique, un désir universel et sans mesure , un désir constant et ferme, un désir suivi et soutenu d'une sainte persévérance. Qn'ai-je donc à faire pour exciter désormais, et pour entretenir dans mon cœur im tel désir? Cest de me souvenir sans cesse de la fin pourquoi je suis religieux; c'est, à Pexemple de saint Bernard, de me demaiider sans cesse à moi-même : Pourquoi (d^ quitté le m/miUl pourquoi iutg-Je venu en reUgUmf V^mn.j Car voîlâ, moo l)ku^ ce que ftt cent fois oublié, et dans les oeeasioos esseotielles, on il était pour moi de la dernière eoofé^ d'y penser; voilà a qooi je n'ai Csit nulle
; ^«tt tt Me k «e propose dans
la suite d'avoir toujours présenta l'esprit, et de quoi je veux me faire une règle pour tout le reste de ma vie. Quand l'amour-propre me portera h rechercher mes commodités et mes aises au préjudice de la vie régulière que j'ai embrassée, je rentrerai en moi-même, et je me dirai : Est-ce pour cela que je me suis fait religieux? Quand il me prendra, ou quelque dépit secret d'une humiliation , ou quelque ciiagrin de voir les autres au-dessus de moi , ou quelque envie d'occuper certaines places et d'être employé à certaines fonctions, ou quelque dégoût de mes observances et de mes exercices ordinaires, j'en reviendrai toujours à la même réflexion : Qu'aijeeu en vue lorsque j'ai renoncé au monde, et qu'ai -je prétendu en me consacrant à Dieu? Cette pensée m'animera, me fortifiera ; et pour me la rendre salutaire, vous y ajouterez. Seigneur, l'onction de votre divin Esprit et de votre grâce.
CONSIDÉRATION