‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 2)Chapitre 351 sur 408 · DU PÉCHÉ VÉNIEL · texte numérisé non relu

DU PÉCHÉ VÉNIEL

que juste, quoique sainte, quoique prédestinée et digne de Dieu, demeure séparée de Dieu, jusqu'à ce que ce péché soit expié. Il faut qu^elle passe par le feu du purgatoire et qu'elle y soit puriGée , avant que d'être admise dans le sein de Dieu. Et dès ce monde même, avec quelle sévérité Dieu n*a-t-ii pas puni le péché véniel? Il Gt périr presque tout un peuple pour une simple vanité de David; il Gt tomber mort au pied de Tarche un lévite , pour l'avoir seulement touchée. Il est donc étrange que je commette si facilement un péché qui m'expose à de si rigoureux cliâtiments. Mais ce qu'il y a mille fois encore de plus condamnable et de plus indigne, c'est qu'étant redevable de tout à Dieu , et qu'ayant tout reçu de Dieu, au lieu de la reconnaissance et de l'amoujr que je Imî dpis, je me lais3e si aisément aller k un péché dont il se tient blessé , et qui est en effet une injiure pour lui.

Second point. Du moins si ces fsiutes vénielles ^e je commets n'étaient pas si fréquentes , ni si nonibreuses. Mais leur multitude est inGnîe, et c*est ce qui affligeait David , et ce qui le jetait dans une désolation. extrême , quand il disait h Dieu ; Je sui^ , Seigneur, tout environné de maux, et mes iniquités m^accablent, jusqu'à ne pouvoir plus m'en tenir <^mpte à moi-mfime , ni en. faire le dénombrement, EVes se sont multijgùées plus que ks cheveux de ma tête, et la viw que f en, ai^ méfait tomber en défaillance. {PscUnt 39.) Voilà comment parlait ce saint roi. Or,, dans une vie lâche et imparfaite comme la mienne , si j'entreprenais de supputer tous les pé' ch.és qui m^échappent, et si Dieu m'éclairait là-dessus, où irait cette multiplication ? Je ne les vois pas : HXais n!çst-ce pas a3sez que Dieu les voie? N'est-ce pas assez que je sache qu'ils sont sans nombre, pour en être pénétré de douleur, et comme inconsolable ?

Combien dj8 péchés d'ignorance , causés par l'oubli de mes devoirs, par ma négligence à m'en instruire ,. par mon indocilité à souffrir qu'on m'en averti3se , par ma présomption à ne vouloir croire que npioi-même? Combien de péchés d'imprudence et d'inadvertance, causés par la dissipation de mon esprit , par la légèreté de mon humeur, par la liberté d^ m^ langue, par la témérité de mes jugements, par la. maligpité de mes soupçons? Combien d^ péchés de fragilité et de faiblesse , causés par l'habitude que je me. suis faite de ne me contraindre eqi,rien, et de ne m'assujettir à aucune règle, de sui.Yte en tout les mouvements de la nature, de ne faire Q.ulle vipleupe à mps inclinations et à mon tempérament?

Combien n»ên^e de péchés comfnis. par «Aalioe, avec réflexion et de dessein formé , contre tous les remords de ma conscience, à toute occasion et pour

le plus faible sujet, sous ombre que ce ne sont que des péchés véniels, et que Dieu n'y a pas attaché une peine éternelle? En quoi je montre bien nica indifférence pour Dieu ; et que je ne suis sensible qu'à mes propres intérêts. N'es^ce pas là ma vie la plus ordinaire ? Il est vrai qu'il n'est pas moralement possible en ce monde de se préserver de tous les péchés véniels, et de n'en commettre aucun. Fatale nécessité, qui faisait gémir les saints., qui leur faisait désirer la mort, qui faisait dm k saint Paul : Malheureux que je suis ! qui me délivrera de de ce corps dont le poids m'appesantit? (Hom,, 7 ) Mais il n'y a pas un seul de ces péchés en particulier que je ne puisse prévenir, et dont il ne soit ea mon pouvoir de me garantir. Combiea donc, si je voulais et si je prenais plus garde à moi, enpour^ rais-je diminuer le nombre ? Hélas ! bien loin de \% diminuer, je l'augmente tous les jours.

TsoisiEMB POINT. QucIlcs sout Ics suîtes du péché véniel ? plus déplorables que je ne jne le suis peut-être j^amais persuadé. Il conduit au péché mottel , cojnme la maladie conduit à la mort. Par conséquent, si j'ai quelque zèle pour mon âme , je dois en user à l'égard du péché véniel comme j'en use à l'égard (fune maladie dont je suis menacé, ou dont je suis. suLbitement attaqué. Que ne fais-je point pour rarrêter dans son principe ? Que ne fais-je point pour la guérir ? Que ne fais-je point pour n'y pas retouiber? Elle peut aboutir à la mort : il ne m'en faut pas davantage pour y apporter les remèdes les plus prompts, les plus efGcaces, et même les plus violents. Pourquoi ne raisonné-je jkas de la même sorte quand il s'agit d'un péché , qui , de toutes les maladies de l'âme, est la plus dangereuse, et qui me dispose à cette seconde mort, mille fois plusàcrainr dreque la mort du corps?

Et en effet, quieonque néglige le péché véniel, et beaucoup plus quiconque le méprise, tombera infailliblement dans I& martel. Oracle du Saint-Esprit, qui ne se vériGe que iroppar l'expérience. Cest par le mépris du péché véniel qu'on perd iosenablement l'horreur du merteh Au commencement le seul nom de péché mortel Daisalt frémir : peu à peu l'on s'y accoutume et l'on s'y familiarise. D'autant plus que du péché véniel au mortel, il y a souvent peu de distance, et que l'intervalle entre Pan et Kautre est comme Imperceptible : car il n'y va pour l'ordinaire que du plus et du moins ; or, ratre ce plus et ce moins, il n'y a qu'un point qui décide de la vie et de la mort. Quel risque n«coùrt-on pas alors, et n'est-on pas sur le bord du prépicice?

De cette proximité même entre le péché vénal et le mortel, il arrive très-naturellement que foe confond l'un avec l'autre. Combien de fois m'ysouje trompé, et combien de fois ai-je estimé 1^

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