‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 2)Chapitre 354 sur 408 · DU PÉCHÉ DE SCANDALE · texte numérisé non relu

DU PÉCHÉ DE SCANDALE

ner. Or, malheur à moi , encore une fois , pane qot je serai responsable à Dieu de tout cela, et quH m'en demandera compte. Quel trésor de colère, et quel poids dont je dois craindre d'être accablé! Malheur à moi qui , par mon expérience et par mon âge, devrais être un modèle pour ceux qui sont mohis avancés; à moi qui , par le rang que je tiena, par l'autorité, le crédit, les talents que j'ai reçus de Dieu , par la créance que les autres ont en uMii, devrais leur servir de guide et les conduire, et qui ne sers qu'à les égarer I II ne fout qu'un religieux de ce caractère pour perdre toute une maison.

Mais, par-dessus tout, malheur à moi, ai «fest par moi que commencent à s'établir certains usages , certains privilèges et certaines dispenses où 1» raison de la commodité, de la sensualité, dePa* mour-propre, a beaucoup plus de part que oelled'une vraie nécessité ! Autrefois , toutes ces choses étaient inconnues, et peut-être sans moi n'y eût-on jamais pensé. C'est à moi de voir ce que j'aurai à dire, quand Dieu m'en représentera toutes les suites, et qu'il me chargera de tous les dommages que la religion en aura soufferts. Les prétextes dont je m'appuie peuvent tromper les supérieurs qui me gouvernent, et me tromper moi-même; mais on ne trompe point Dieu.

TROisiàn POINT. Comme il y a un scandale donné, il y a un scandale reçu; et malheur aussi à celui qui le reçoit et qui le prend! Car il le faut rejetex; et ce n'est point une excuse légitime auprès de Dieu, que le mauvais exemple qu'on a eu et qu'on a suivi. Ce fut l'exemple du premier ange qui enga* gea les autres dans son apostasie , et ils n'en ont pas moins été réprouvés. Il est vrai qu'un mauvais exemple est une tentation et une des plus fortes tentations ; mais ce n'est point une tentation au-dessus de nos forces; et puisque nous la pouvons vaincre, c'est un péché d'y succomber.

11 ne suffit donc pas pour moi que je m'étudie à ne donner aucun scandale, mais il y a des règles que Dieu me prescrit contre les scandales qu'on me donne et contre les mauvais exemples que j'aperçois autour de moi. r Je ne dois point m'en troubler : je puis bien m'en affliger et en gémir; mais mon zèle n'en doit point être refroidi , ni ma piété ébranlée. Car il n'y a rien là que Jésus-Christ ne nous ait prédit, ni rien par conséquent qui me doive surprendre. T* Je dois même en profiter, regardant ces scandales et ces mauvais exemples dont j'ai à me garantir comme des épreuves de ma fidélité, et des occasions de témoigner à Dieu mon attachement inviolable. C'est dans l'occasion qu'on se fait bien connaître , et qu'on apprend à se bien connaître soimême. 3" Je dois m'en éloigner, c'est-à-dire que je dois, autant que je le puis , m^éloigner des person-

SUR L'ORAISON MENTALE

je prévois que la société me serait domma- U il D*y a point à considérer si ce sont des » d'esprit et de mérite , ni si ce sont de mes firadrait m^me alors , selon FÉvangile , remoD père et à ma mère. Cela ne m'exempte ss honorer, de les aimer en Dieu , de leur ervice et de les aider dans le besoin ; mais , point de liaison ni de communication par- . 4"* Je dois m'y opposer prudemment , mais Ht; avec modestie, mais avec ardeur; avec mais avec un saint mépris de tous les resimains; tenant ferme pour la règle, et ne partant jamais, quand même, ce que Dieu lettra pas , il n'y aurait que moi à la garder, i , Je dois en tirer sujet de m'humilier devant reconnaissant que de moi-même je ne suis lesse et qu'imperfection , et que sans la grâce userais pire que tous les autres.

LUSTON. Quelle misère, mon Dieu ! et fautqu'après avoir quitté le monde pour nous er de ses pièges, nous en trouvions jusque tre maison ? Ce n'est qu'à nous-mêmes que vons nous en prendre. La religion est sainte, MIS ne répondons pas toujours à sa sainteté. [>ar avance , Seigneur, ou plutôt aidez-nous à ir maintenant ce que feront vos anges dans ngement dernier, lorsque vous les enverrez ilerer de votre royaume tous les scandales, royaume sur la terre, ce sont particulièrees communautés religieuses. NV aurais-je dis , et n'aurais-je place parmi votre peuple

que pour le détourner de votre service par smples et pour ralentir sa ferveur? Ne seraisi dans un état si parfait que pour m'y rendre rapaole, et par moi-même, et par ceux que

avez appelés avec moi? Ah! mon Dieu, j'ai oez de mes propres péchés , sans y ajouter les

d'autrui.

i que serait-ce encore. Seigneur , si dans le sile où vous m'avez retiré , je venais d'ailleurs lerdre par la contagion de certains exemples ' puis avoir? Que serait-ce, si, par une lâche icendance, je me laissais emporter et séà ces exemples; si je les imitais et je m'y rmais, au lieu de ne me conformer qu'à vos I et à vos adorables volontés? Ma règle, ô )leu, ma règle seule et telle que vous me Favez :ée; ma règle dans toute sa pureté, dans toute ce et toute sa sévérité , voilà la route où je lerai , voilà le conseil que j'écouterai , voilà le que je consulterai et par qui je me conduioiconque me portera là, volontiers je m'unirai et je le suivrai, parce qu'il me portera à vous, quiconque aussi me détacherait de là, me démit de vous, Seigneur; et sans balancer un

moment, je me séparerai de lui, parce que je ne veux jamais, pour qui que ce soit, ni en quoi que ce soit^ me séparer de mon Dieu.

CONSIDÉRATION

SUR L'ORAISON MENTALE

Ce qu'il y a particulièrement à considérer sur l'oraison mentale ou sur la pratique de la méditation, se réduit à trois points, qui sont : ses avantages inflnis et son importance, les défauts les plus communs qui en arrêtent le fruit, et les vains prétextes qui détournent de ce saint exercice et qui le font négliger.

PfiBiiiER POINT. Avantages et importance de l'oraison mentale. Le juste vit de la foi, et nous ne nous sanctillons qu'autant que nous sommes remplis et touchés des maximes de l'Évangile et des grandes vérités du christianisme. Principe si universellement reconnu, que les gens du monde conviennent eux-mêmes qu'ils agiraient tout autrement qu'ils ne font, et qu'ils ne s'abandonneraient pas à tant de désordres, s'ils avaient plus de foi, ou s'ils étaient plus pénétrés de ce que la foi leur enseigne. Examinons la chose à fond et reconnaissons-la telle qu'elle est „ nous trouverons que ce manque de foi, d'une foi vive et animée , n*est pas seulement la source des dérèglements qu'on voit dans le monde, mais des relâchements qui se glissent dans la vie religieuse. Ce n'est pas qu'on ne croie : mais on n'a pas une certaine conviction , une certaine vue qui frappe et qui rend les objets presque aussi sensibles que s'ils étaient présents

Or, voilà ce qui s'acquiert par l'oraison. A force de se retracer dans l'esprit les vérités de la foi , de méditer les perfections et les grandeurs de Dieu, ses miséricordes et ses vengeances, ses récompenses et ses châtiments; de considérer par ordre et dans une méthode suivie tous les mystères de Jésus-Christ, sa doctrine, sa loi , sa morale, ses exemples ; de tirer de là d'utiles leçons et des règles de conduite : toutes ces idées s'impriment profondément dans l'âme. On les porte partout, et l'on en a partout la mémoire prompte et récente. On apprend ce qu'on doit à Dieu, ce qu'on doit au prochain, ce qu'on se doit à soi-même. On prend des pensées supérieures à celles dont on s'était laissé prévenir, et l'on découvre ses erreurs, ses illusions, ses faux jugements. Ce que l'oraison sur celan'a fait un jour qu'ébaucher, elle le perfectionne dans un autre, et l'achève. La grâce soutient tout, et répand ses lumières avec d'autant plus d'abondance , que l'oraison est plus fréquente et plus constante : de sorte que les vérités auparavant les plus obscures, et qu'on avait

SUR L'ORAISON MENTALE

plus de peine à oonceroir , se présentent en cer- Uins momenU avec une telle clarté, quil semble qu'on en ait la connaissance la plus uarfaite et une espèce d'évidence.

Ce n'est pas assez : car la liaison étant aussi intime qu'elle Test entre l'esprit et le cœur, ces vérités, ou plutôt l'impression de ces vérités passe de Tun à l'autre. Le cœur s'enflamme , et comme disait de lui-même le roi-prophète, le feu t'allume dans la méditation, {Fs, 38.) On s'élève à Dieu, on s'affectionne à ses devoirs, on se reproche ses infidélités, on prend des mesures pour l'avenir, et l'on sort de l'oraison tout renouvelé et tout changé. C'est par où les saints sont parvenus à une si haute perfection, et c'est là le chemin qu'ils ont tracé à tous les disciples qu'ils formaient et qui aspiraient à la sainteté. Aussi tous les instituteurs des ordres religieux , y ont-ils spécialement recommandé et expressément établi la pratique de l'oraison. Ils avaient du reste des vues différentes, et ils étaient diversement inspirés, pour composer cette admirable variété de règlements et d'observances, qui £iît un des plus beaux ornements de l'Église ; mais sur le point de l'oraison et de sa nécessité, ils se sont tous accordés et n'ont tous eu qu'un même esprit.

Et l'on peut dire, en effet, qu'il est comme impossible qu'une âme se dérange, lorsqu'elle est assidue à l'oraison; ou si quelquefois Dieu permet qu'elle s'oublie, l'oraison est pour elle une ressource immanquable. Mais d'où vient le désordre de-plusieurs personnes, même religieuses, et par où commencent-elles à se dérégler, jusqu'à tomber dans des égarements pitoyables et scandaleux? c'est en quittant l'oraison. Par là elles s'éloignent de Dieu, et perdent tout sentiment de piété. Par là elles se réduisent dans une sécheresse, dans une froideur et une iùdifférence mortelle. Par là elles se privent des plus solides consolations, qui sont les consolations intérieures, et se dégoûtent ainsi de leur état. Par là elles demeurent livrées à toutes leurs passions, et à toutes les attaques de l'ennemi , et l'on n'a vu que par trop d'épreuves où tout cela aboutit, et quelle en est la fin malheureuse.

Second poiirr. Défauts plus communs qui arrêtent le fruit de Toraison. Premièrement , on y va sans préparation , contre la parole du Saint-Esprit : Préparez votre âme avant la prière, et ne soyez pas comme un homme qui tente Dieu, {Ecoles. 1 8.) Cest demander à Dieu qu'il change la conduite ordinaire de sa providence, et par conséquent qu'il fasse un miracle en notre faveur , que d'attendre de lui qu'il se communique à nous dans la méditation, lorsque nous ne prenons nul soin de nous y disposer. Or, il y a une préparation éloignée et une pré-

paration prochaine. La préparation éloignée, c'est dans l'usage de la vie un recueillement habituel, et l'esprit de retraite, autant qu'il peut s'accorder avec notre condition et la situation présente où nous sommes. La préparation prochaine, c'est ce qui se fait quelque temps avant l'oraison , ou au temps qu'on la commence : par exemple , prévoir la matière dont on doit s'occuper, l'arranger et la diviser, se mettre en la présence de Dieu , invoquer le Saint- Esprit, se rappeler à soi-même et se dégager de toutes les pensées qui pourraient nous distraire. 11 y en a qui récitent pour cela quelques courtes prières , et chacun peut suivre là-dessus ce que sa dévotion particulière lui inspire : mais en général, il n'y a guère de fond à faire sur l'oraison, si nous n'y apportons de notre part les dispositions convenables.

Secondement , on y va sans nulle vue et nul dessein d'en profiter. Pourvu qu'on ait rempli l'heun marquée, qu'on se soit assemblé avec la communauté, et qu'on y ait été présent, beaucoup plus de corps que d'esprit ; qu'on ait même fait quelques réflexions assez légères et produit quelques actes qui ne tendent à rien , on est content. Mais la sagesse, cette sagesse céleste qui nous sanctifie , ne se découvre qu'à ceux qui la désirent et qui la cherckaU. {Eccles,4.)

Troisièmement, on se met à Toraisonsans se proposer aucun sujet, et l'on se laisse conduire, dit-on, à l'Esprit de Dieu. Mais cet esprit, toujours réglé et mesuré dans ses divines opérations , n'agit point au hasard. S'il y a des âmes qu'il transporte tout à coup, c'est une grâce sur laquelle on ne doit pas compter. Cette grâce même , ces âmes ne l'ont communément obtenue qu'après s'être longtemps exercées dans les sujets les plus ordinaires. Qu'arrive-til donc? c*est que l'imagination n'ayant rien qui la fixe , elle s'égare sans cesse; et que l'esprit enâbrassant tout, il Se trouve à la fin tout aussi vide qu'il l'était d'abord.

En quatrième Heu , si Ton choisit quelque sujet, on donne dans un autre écueil, qui est de vouloir porter trop haut son premier vol , et de ne s'attacher dès les commencements qu'à certains sujets pins sublimes et plus relevés. Il y a là souvent beaucoup d'orgueil et de présomption; du moins il y a bieo de l'illusion. On se repaît de belles spéculations , mais dont on voit peu d'effet dans la pratique. Quand il platt à Dieu de nous ravir , comme saint Paul, ao troisième ciel , suivons le mouvement de sa grâee; mais de nous-mêmes, marchonspas à pas,et prenoos les routes les plus battues : ce sont les plus sdres. La bonne oraison est celle qui nous rend plus réguliers, plus humbles, plus charitables, plus patients, plus mortifiés.

En cinquième lieu , dans les sujets du reste les plus propres et les plus solides , on s'arrête tropau^

SUR L'OBAISON MENTALE.

nisoDiiemeiits, et Ton ne s^entretient point assez dans les afifeetionsetles sentiments. Il est nécessaire, a?aiit toutes choses, de convaincre Tesprit; inais il est encore plus important d*exciter ensuite le cœur et de rémouToir. Car c^est dans le cœur que se forment les résolutions, etc*e8t par les résolutions qu'on ptsse à Faction.

En sixième lieu, à Tégard même de ces résolutions, il y a une erreur d*autant plus dangereuse , qu'elle est plus subtile et plus spécieuse : c'est de s'en tenir à des propositions universelles et indéterminées, au lieu de descendre au détail de notre vie et à certains poinU essentiels, qui nous regardent personnellement et qui demandent actuellement notre attention. Ce détail est d'une extrême utilité; et si Ton y entrait, on ne manquerait pas si tôt de matière dans Foraison , et Ton aurait chaque fois un grand champ à parcourir.

En septième et dernier lieu, le défaut capital que nous avons à corriger dans l'exercice de Foraison, et le principal obstacle au fruit que nous en pouvons retirer, c'est un fonds de paresse naturelle et de négligence à quoi l'on se livre, et qu'on ne s'efforce point de vaincre. Pour Caire oraison, il faut s'appliquer, et toute application coûte : or, c'est justement ce qu'on ne veut point. On voudrait qu'il n'en coûtât ni violence, ni combat, ni travail pour se recueillir, pour s'animer , pour se réveiller de Fasloupissement et de la langueur où Ton est. Jacob n'obtint la bénédiction de l'ange qu'après avoir lutté contre lui pendant une nuit entière; et en vain espérons-nous que Dieu bénisse notre oraison , tandis que nous y demeurons dans une nonchalance et

) oisiveté volontaire.

Teoisièmb point. Faux prétextes qui détournent de Fexercice de Foraison. Les uns allèguent pour excuse qu'ils ont trop d'affaires, et qu'ils n'ont pas le temps de s'adonner à l'oraison; les autres, qu'ils y sont trop distraits, et qu'ils ne peuvent retenir la vivacité de leur esprit; d'autres, qu'ils s'y trouvent en de continuelles aridités, et qu ils tarissent dans un instant ; plusieurs , quHs s'y ennuient, et que cet ennui les en dégoûte; enGn quelques-uns, que Foraison est trop difficile pour eux, et qu'ils ne s'en jugent pas capables. Voilà ce que disent la plupart des gens du monde, et ce qu'on entend même dire k des personnes religieuses. Mais si l'on était de bonne foi avec soi-même, et qu'on ne cherchât point à se tromper, en reconnaîtrait bientôt la vanité de ces prétextes, dont on s'autorise pour se dispenser de Foraison.

Et d'abord , bien loin que la multitude des affaires soit là-dessus une dispense légitime, c'est au contraire ce qui nous impose une obligation phis étroite de rentrer de temps en temps en nous-mêmes, et

de nous servir de Foraison comme d'un préservatif contre nos fréquentes occupations et contre la dissipation qu'elles peuvent causer. Plus les saints étaient chargés de soins , et même de soins tout spirituels, plus il^ pensaient devoir s'attacher à l'oral* son. Ils savaient en trouver le temps : qui nous empêche de le trouver aussi bien qu'eux? De plus, il n'est point d'esprit si vif et si distrait qui ne puisse faire quelque réflexion. On en &it tant d'inutiles et de nuisibles : pourquoi n'en ferait-on pas de sérieuses et de salutaires? il est vrai que les uns ont sur cela plus de peine que les autres ; mais il n'y aurait qu'à la vouloir prendre, cette peine, et qu'à savoir un peu se surmonter et se contraindre. D'ailleurs, malgré toutes les distractions, Foraison nous sera toujours utile, dès que ce ne sera pas des distractions volontaires, et que nous ferons effort pour les rejeter. Nous aurons devant Dieu le mérite de les avoir combattues, et il nous restera toujours quelque teinture des saintes vérités que nous aurons tâché de méditer.

Il en est de même des sécheresses et des aridités. Ne manquons à rien de tout ce qui dépend de nous , et confions-nous en Dieu. C'est de cette sorte qu'il éprouve notre fidélité et notre constance. Si nous nous rebutons , nous perdons tout ; mais si nous persévérons dans la prière, il a ses moments pour nous écouter et pour nous dédommager. Quoi qu'il en soit, humilions-nous en la présence du Seigneur, et imitons ce saint solitaire dont toute Foraison consistait à redire sans cesse ces courtes paroles : rous qui m'avez créé, ayez pitié ck moi. Ce ne sera point là un temps perdu. Ajoutez que c'est une œuvre de mortification fort agréable à Dieu , que d'accepter en esprit de pénitence, et de soutenir l'ennui et le dégoût que donne quelquefois Foraison. Jésus- Christ , la veille de sa passion , pria sans goût , et même dans une désolation entière : unissons-nous à lui; et quand notre oraison ne nous serait bonne alors qu'à pratiquer la patience et toutes les vertus que la patience renferme , cela seul ne serait pas un petit gain pour nous , et nous devrions l'estimer comme un profit très-considérable.

Enfin, il ne faut point nous former une idée si parfaite de Foraison, que nous désespérions dy atteindre. Elle est à la portée de tout le monde, et la science humaine n'y est pas d'un grand secours. Car il ne s'agit point de discourir beaucoup : mais avec une seule pensée, et une pensée très-commune, l'âme la plus simple peut se porter à Dieu de la manière la plus affectueuse et la plus ardente. Or, c'est cette union intérieure de l'âme avec Dieu qui £ut toute l'excellence et tout le prix de Foraison. II n'est question que d'une bonne volonté : apportons-la au pied de Foratoire, et tout nous deviendra praticable et <

SUR L'ORAISON MENTALE

plus de peine à conceroir, se présentent en certains moments avec une telle clarté, qu'il semble qu'on en ait la connaissance la plus oarfaite et une espèce d'évidence.

Ce n'est pas assez : car la liaison étant aussi intime qu'elle l'est entre l'esprit et le cœur, ces vérités, ou plutôt l'impression de ces vérités passe de Tun à l'autre. Le cœur s'enflamme , et comme disait de lui-même le roi-prophète, ie/eu t'allume dans la méditation, (Fs. 38.) On s'élève à Dieu, on s'affectionne à ses devoirs, on se reproche ses infidélités, on prend des mesures pour l'avenir, et l'on sort de l'oraison tout renouvelé et tout changé. Cest par où les saints sont parvenus à une si haute perfection , et c'est là le chemin qu'ils ont tracé à tous les disciples qu'ils formaient et qui aspiraient à la sainteté. Aussi tous les instituteurs des ordres religieux , y ont-ils spécialement recommandé et expressément établi la pratique de l'oraison. Ils avaient du reste des vues différentes, et ils étaient diversement inspirés , pour composer cette admirable variété de règlements et d'observances, qui £iit un des plus beaux ornements de l'Église ; mais sur le point de l'oraison et de sa nécessité, ils se sont tous accordés et n'ont tous eu qu'un même esprit.

Et l'on peut dire, en efTet, qu'il est comme impossible qu'une âme se dérange, lorsqu'elle est assidue à l'oraison; ou si quelquefois Dieu permet qu'elle s'oublie, l'oraison est pour elle une ressource immanquable. Mais d'où vient le désordre de- plusieurs personnes, même religieuses, et par où commencent-elles à se dérégler, jusqu'à tomber dans des égarements pitoyables et scandaleux? c'est en quittant l'oraison. Par là elles s'éloignent de Dieu, et perdent tout sentiment de piété. Par là elles se réduisent dans une sécheresse, dans une froideur et une indifférence mortelle. Par là elles se privent des plus solides consolations, qui sont les consolations intérieures, et se dégoûtent ainsi de leur état. Par là elles demeurent livrées à toutes leurs passions, et à toutes les attaques de l'ennemi , et l'on n'a vu que par trop d'épreuves où tout cela aboutit, et quelle en est la fin malheureuse.

Second point. Défauts plus communs qui arrêtent le fruit de l'oraison. Premièrement , on y va sans préparation , contre la parole du Saint-Esprit : Préparez votre âme avant la prière, et ne soyez pas comme un homme qui tente Dieu. {Eccles. 18.) C'est demander à Dieu qu'il change la conduite ordinaire de sa providence, et par conséquent qu'il fasse un miracle en notre faveur , que d'attendre de lui qu'il se communique à nous dans la méditation , lorsque nous ne prenons nul soin de nous y disposer. Or, il y a une préparation éloignée et une pré-

paration prochaine. La préparation éloignée, c'est dans l'usage de la vie un recueillement habitud, et l'esprit de retraite, autant qu'il peut s'aeeorder iree notre condition et la situation préseotA où noos sommes. La préparation prochaine, c'est ce qm m fait quelque temps avant l'oraison , oa an tempi qu'on la commence : par exemple , prévoir la matière dont on doit s'occuper, l'arranger et la diviser, se mettre en la présence de Dieu , invoquer le Saint- Esprit, se rappeler à soi-même et se d^ger de toutes les pensées qui pourraient nous distraire, fl y en a qui récitent pour cela quelques courtes prières , et chacun peut suivre là-dessus ce que sa défotion particulière lui inspire : mais en général, il n'y a guère de fond à faire sur l'oraison, si nous n'y apportons de notre part les dispositions convenables.

Secondement, on y va sans nulle vue et nul dessein d'en profiter. Pourvu qu'on ait rempli rbean marquée, qu'on se soit assemblé avec la communauté, et qu'on y ait été présent, beaucoup plus de corps que d'esprit ; qu'on ait même fait quelques réflexions assez légères et produit quelques actes qui ne tendent à rien , on est content. Mais la saçesse, cette sagesse céleste qui nous sanctifie , ne u découvre qu'à ceux qui la désirent et qui la cherchad, {Eccles.4.)

Troisièmement, on se met à Toraisonsans se proposer aucun sujet, et l'on se laisse conduire, dit-on, à l'Esprit de Dieu. Mais cet esprit, toujours r^lé et mesuré dans ses divines opérations, n'agit point au hasard. S'il y a des âmes qu'il transporte tout à coup, c'est une grâce sur laquelle on ne doit pas compter. Cette grâce même , ces âmes ne l'ont communément obtenue qu'après s'être longtemps exe^ cées dans les sujets les plus ordinaires. Qu'arrive-^ il donc? c'est que l'imagination n'ayant rien qui la fixe , elle s'égare sans cesse; et que l'esprit embrassant tout, il Se trouve à la fin tout aussi vide qu*il l'était d'abord.

En quatrième lieu , si l'on choisit qpelque sujet, on donne dans un autre écueil, qui est de vouloir porter trop haut son premier vol , et de ne s'attacher dès les commencements qu'à certains sujets plus sublimes et plus relevés. Il y a là souvent beaucoup d'orgueil et de présomption; du moins il y a bien de rillusion. On se repaît de belles spéculations , mais dont on voit peu d'effet dans la pratique. Quand il platt à Dieu de nous ravir , comme saint Paul, au troisième ciel , suivons le mouvement de sa grâce; mais de nous-mêmes, marchonspasàpas^et prenons les routes les plus battues : ce sont les plus sûres. La bonne oraison est celle qui nous rend plus réguliers, plus humbles, plus charitables, plus patients, plus mortifiés.

En cinquième lieu , dans les sujets du reste les plus propres et les plus solides , on s'arrête trop aux

SUR L'OBAISON MENTALE.

nisonnements, et Ton ne s'entretient point assez dans les afifeetionsetles sentiments. H est nécessaire, ifant toutes choses, de convaincre l'esprit; mais il cet encore plus important d'exciter ensuite le cœur et de rémouvoir. Car c'est dans le cœur que se forment les résolutions, et c'est par les résolutions qu'on passe à l'action.

En sixième lieu, à l'égard même de ces résolutions, il y a une erreur d'autant plus dangereuse , qu'elle est plus subtile et plus spécieuse : c'est de s'en tenir à des propositions universelles et indéterminées, au lieu de descendre au détail de notre vie et à certains poinU essentiels, qui nous regardent personnellement et qui demandent actuellement notre attention. Ce détail est d'une extrême utilité; et si Ton y entrait, on ne manquerait pas si tôt de matière dans Foraison , et Ton aurait chaque fois un grand champ à parcourir.

En septième et dernier lieu, le défaut capital que nous avons à corriger dans l'exercice de l'oraison , et le principal obstacle au fruit que nous en pouvons retirer, c*est un fonds de paresse naturelle et de négligence à quoi l'on se livre, et qu*on ne s'efforce point de vaincre. Pour faire oraison, il faut s'appliquer, et toute application coûte : or, c'est justement ce qu'on ne veut point. On voudrait qu'il n'en coûtât ni violence, ni combat, ni travail pour se reeueillir, pour s'animer, pour se réveiller de Tasaoupissement et de la langueur où Ton est. Jacob n'obtint la bénédiction de l'ange qu'après avoir lutté contre lui pendant une nuit entière ; et en vain espérons-nous que Dieu bénisse notre oraison , tandis que nous y demeurons dans une nonchalance et

\ oisiveté volontaire.

TAOïsiiiiB POINT. Faux prétextes qui détournent de rexercice de l'oraison. Les uns allèguent pour excuse qu'ils ont trop d^affaires, et qu'ils n'ont pas le temps de s'adonner à l'oraison ; les autres , qu'ils y sont trop distraits, et qu'ils ne peuvent retenir la vivacité de leur esprit; d'autres, qu'ils s*y trouvent en de continuelles aridités, et qu*ils tarissent dans un instant; plusieurs, qu'ils s'y ennuient, et que cet ennui les en dégoûte; enGn quelques-uns, qoe roraison est trop difficile pour eux, et qu'ils ne s'en jugent pas capables. Voilà ce que disent la plupart des gens du monde, et ce qu'on entend même dire à des personnes religieuses. Mais si l'on était de bonne foi avec soi-même, et qu'on ne cherchât point à se tromper, en reconnaîtrait bientôt la vanité de ces prétextes, dont on s'autorise pour se dispenser de l'oraison.

Et d'abord , bien loin que la multitude des affaires aoit là-dessus une dispense légitime, c'est au contraire ee qui nous impose une obligation plus étroite de rentrer de temps en temps en nous-mêmes . et

de nous servir de l'oraison comme d'un préservatif contre nos fréquentes occupations et contre la dissipation qu'elles peuvent causer. Plus les saints étaient chargés de soins , et même de soins tout spirituels, plus il^ pensaient devoir s'attacher à l'oraison. Ils savaient en trouver le temps : qui nous empêche de le trouver aussi bien qu'eux? De plus, il n'est point d'esprit si vif et si distrait qui ne puisse faire quelque réOexion. On en (ait tant d'inutiles et de nuisibles : pourquoi n'en ferait-on pas de sérieuses et de salutaires? il est vrai que les uns ont sur cela plus de peine que les autres ; mais il n*y aurait qu'à la vouloir prendre, cette peine, et qu'à savoir un peu se surmonter et se contraindre. D'ailleurs, malgré toutes les distractions, l'oraison nous sera toujours utile , dès que ce ne sera pas des distractions volontaires, et que nous ferons effort pour les rejeter. Nous aurons devant Dieu le mérite de les avoir combattues, et il nous restera toujours quelque teinture des saintes véritésque nous aurons tâché de méditer.

Il en est de même des sécheresses et des aridités. Ne manquons à rien de tout ce qui dépend de nous , et confions-nous en Dieu. C'est de cette sorte qu'il éprouve notre fidélité et notre constance. Si nous nous rebutons , nous perdons tout ; mais si nous persévérons dans la prière, il a ses moments pour nous écouter et pour nous dédommager. Quoi qu'il en soit, humilions-nous en la présence du Seigneur, et imitons ce saint solitaire dont toute l'oraison consistait à redire sans cesse ces courtes paroles : yous gui m'avez crééy ayez pitiéde moi. Ce ne sera point là un temps perdu. Ajoutez que c'est une œuvre de mortification fort agréable à Dieu , que d'accepter en esprit de pénitence, et de soutenir l'ennui et le dégoût que donne quelquefois l'oraison. Jésus- Clirist , la veille de sa passion , pria sans goût , et même dans une désolation entière : unissons-nous à lui; et quand notre oraison ne nous serait bonne alors qu'à pratiquer la patience et toutes les vertus que la patience renferme , cela seul ne serait pas un petit gain pour nous , et nous devrions l'estimer comme un profit très-considérable.

Enfin , il ne faut point nous former une idée si par&ite de l'oraison, que nous désespérions d'y atteindre. EUe est à la portée de tout le monde, et la science humaine n'y est pas d'un grand secours. Car il ne s'agit point de discourir beaucoup : mais avec une seule pensée, et une pensée très-commune, l'âme la plus simple peut se porter à Dieu de la manière la plus affectueuse et la plus ardente. Or, c'est cette union intérieure de l'âme avec Dieu qui fait toute l'excellence et tout le prix de l'oraison. Il n'est question que d'une bonne volonté : apportons-la au pied de l'oratoire, et tout nous deviendra praticable et profitable.

SUR L'ORAISON MENTALE

plus de peine à concevoir , se présentent en certains moments avec une telle clarté, quMl semble qu*on en ait la connaissance la plus oarfaite et une espèce d'évidence.

Ce n'est pas assez : car la liaison étant aussi intime qu'elle Test entre Tesprit et le cœur, ces vérités, ou plutôt rimpression de ces vérités passe de Tun à Fautre. Le cœur s*enflamme , et comme disait de lui-même le roi-prophète, le feu s'allume dans la méditation, {Ps, 38.) On s'élève à Dieu, on s'affectionne a ses devoirs, on se reproche ses infidélités , on prend des mesures pour l'avenir , et l'on sort de l'oraison tout renouvelé et tout changé. C'est par où les saints sont parvenus à une si haute perfection, et c'est là le chemin qu'ils ont tracé à tous les disciples qu'ils formaient et qui aspiraient à la sainteté. Aussi tous les instituteurs des ordres religieux , y ont-ils spécialement recommandé et expressément établi la pratique de l'oraison. Ils avaient du reste des vues différentes, et ils étaient diversement inspirés, pour composer cette admirable variété de règlements et d'observances, qui îAl un des plus beaux ornements de l'Église ; mais sur le point de l'oraison et de sa nécessité, ils se sont tous accordés et n'ont tous eu qu'un même esprit.

Et l'on peut dire, en effet, qu'il est comme impossible qu'une âme se dérange, lorsqu'elle est assidue à l'oraison; ou si quelquefois Dieu permet qu'elle s'oublie, l'oraison est pour elle une ressource immanquable. Mais d'où vient le désordre de-plusieurs personnes, même religieuses, et par où commencent-elles à se dérégler, jusqu'à tomber dans des égarements pitoyables et scandaleux? c'est en quittant l'oraison. Par là elles s'éloignent de Dieu, et perdent tout sentiment de piété. Par là elles se réduisent dans une sécheresse, dans une froideur et une iùdifférence mortelle. Par là elles se privent des plus solides consolations, qui sont les consolations intérieures , et se dégoûtent ainsi de leur état. Par là elles demeurent livrées à toutes leurs passions, et à toutes les attaques de l'ennemi , et l'on n'a vu que par trop d'épreuves où tout cela aboutit, et quelle en est la fin malheureuse.

Second point. Défauts plus communs qui arrêtent le fruit de l'oraison. Premièrement , on y va sans préparation , contre la parole du Saint-Esprit : Préparer votre âme avant la prière, et ne soyez pas commeun homme qui tente Dieu. {Ecoles, 18.) C*est demander à Dieu qu'il change la conduite ordinaire de sa providence, et par conséquent qu'il fasse un miracle en notre faveur, que d'attendre de lui qu'il se communique à nous dans la méditation, lorsque nous ne prenons nul soin de nous y disposer. Or, il y a une préparation éloignée et une pré-

paration prochaine. La préparation éloignée, c'est dans l'usage de la vie un recueillement habituel, et l'esprit de retraite, autant qu'il peut s'accorder avee notre condition et la situation présente où nom sommes. La préparation prochaine, c'est ce qm se fait quelque temps avant l'oraison , ou au temps qu'on la commence : par exemple , prévoir la matière dont on doit s'occuper, l'arranger et la diviser, se mettre en la présence de Dieu , invoquer le Saint- Esprit, se rappeler à soi-même et se dégager de toutes les pensées qui pourraient nous distraire. Il y en a qui récitent pour cela quelques courtes prières , et chacun peut suivre là-dessus ce que sa dévotion particulière lui inspire : mais en général, il n'y a guère de fond à faire sur l'oraison, si nous n'y apportons de notre part les dispositions convenables.

Secondement , on y va sans nulle vue et nul dosein d'en profiter. Pourvu qu'on ait rempli l'heure marquée, qu'on se soit assemblé avec la communauté, et qu'on y ait été présent, beaucoup plus de corps que d'esprit ; qu'on ait même fait quelques inflexions assez légères et produit quelques actes qui ne tendent à rien , on est content. Mais la sagesse, cette sagesse céleste qui nous sanctifie , ne se découvre qu'à ceux qui la désirent et qui la cherchaU. {Eccles.4.)

Troisièmement, on se meta Poraisonsans se proposer aucun sujet, et l'on se laisse conduire, dit-oo, à l'Esprit de Dieu. Mais cet esprit, toujours réglé et mesuré dans ses divines opérations , n'agit point au hasard. S'il y a des âmes qu'il transporte tout à coup, c'est une grâce sur laquelle on ne doit pas compter. Cette grâce même , ces âmes ne l'ont communément obtenue qu'après s'être longtemps exe^ cées dans les sujets les plus ordinaires. Qu'arrive-^ il donc? c*est que l'imagination n'ayant rien qui la fixe , elle s'égare sans cesse; et que l'esprit eoibrassant tout, il Se trouve à la fin tout aussi vide qu'il l'était d'abord.

En quatrième lieu , si Ton choisit q^elqlle sujet, on donne dans un autre écueil, qui est de vouloir porter trop haut son premier vol , et de ne s'attacher dès les commencements qu'à certains suîets |rf«ssih blimes et plus relevés. Il y a là souveot beaucoup d'orgueil et de présomption; du moins ti y a bien d^ rillusion. On se repaît de belles spéculations , mm dont on voit peu d'effet dans la pratique. Quand il platt à Dieu de nous ravir , comme saint Paul» su troisième ciel, suivons le mouvement de sa griee; mais de nous-mêmes , niarçlions pas à pastel fsmo^ les routes les plus battues : oe mal Ir^ p4iu La bonne oraison e^t celle qui aous mml plus liers, plus humbles, plus cliaritablf^s, plu> plus mortifiés.

En cinquième Iteu , dans Im plus propres et le:^ plus solide

SUB rORAISON MENTALE.

faisofintm^nb, et 1*oïi ne s'enlretîcnt point assez dans les affections et les s^ntiineirts. ilestnécessàirct avant toutes choGes^ de convaincre Tesprit ; mais H est ennoreplus important dVxciter ensuite le cœur et d« rémouf oir. Car c'est dans 1t cœur que se foriiient les résolutions, et c'est par les résolutions gu'on passe a Taction.

En sixième lieur à l'égard même de ces résolu ttons, U y a une erreur d'autant plus dangereuse, qu'die est plus subtile et plus spécieuse : c'est de s*en tenir à des propositions universelles et iudétertninées ^ au Heu de ciescendre au détail de notre vie et à œrtains points essentiels, qui nous regardent personnellement et qui demandent actuellement uotre attention/Ce détail est d'une extrême ulllUé; et si Ton y entrait, on ne manquerait pas si tôt de matière dans Toralson , et Ton aurait cbaqne fois un grand champ à parcourir.

En septième et dernier lieu, le défaut capital que nous avons à corriger dans reierelc© de Toraison, et le principal obstacle au fruit que nous en pouvons retirer, c'est un fonds de paresse naturelle et de négligence à quoi Ton se livre, et quon ne s efforce point de vaincre. Pour faire oraison, il fauts'applîquer, et toute applicatiou coûte : or, c'est justement ce qu'on ue veut point. On voudrait qu'il n'en eotïtât ni violence, ni combat, ni travail pour se reoieillir, pour s'animer , pour se réveiller de Tas- Mupissement et de la langueur ou Ton est* Jacob n'obtint la bénédiction de l'ange qu après avoir lutté «outre lui pendant une nuit entière ; et en vain espérons-nous que Dieu bénisse notre oraison, tandis que nous y demeurons dans une nonchalance et uat oisiveté volontaire*

Thqisiemb poii^T. Faux prétextes qui détournent de rciercice de Toralson* Les uns allèguent fiour excuse qu'ils ont trop d'affaires, et qu'ils n'ont pas le temps de s'adonner h l'oraison; les autres, qulls y sont trop distraits, et qu'ils ne peuvent retenir la vivacité de leur esprit; d'autres ^ qu'ils s'y trouifent en de continuelles arldilés, et qu'Us tirissent dans un instant; plusieurs, qu'ils s'y ennuient, et que cet ennui les en dégoûte ; enfin quelques-uns, âne roraison est tropdiacile pour eux, et qu ds Ts>n jugent pas capables. Voilà ce que disent la lupart desgens du monde, et ce qu on entend iuême dire à de-s personnes religieuses. Mais 5t 1 on était bonne

de nous servir de Toraison comme d'un préservatif contre nos fréquentes occupationfi et contre la dissipation qu'elles peuvent causer. Plus les saints étaient chargés de soins, et même de soins tout spirituels, plus th pensaient devoir s'attacher à Toraîson. ils savaient en trouver le temps : qui nous empêche de le trouver aussi bien qu'eux? De plus, il n'est point d'esprit si vif et si distrait qui ne puisse faire quelque réflexion. On en fait tant dinutilet et de nuisibles : pourquoi n'en ferait-on pas de sérieuses et de salutaires? il est vrai que les uns ont sur cela plus de peine que les autres; mais il n'y aurait qu'à la vouloir prendre, cette peine, et qu'à savoir un peu se surmonter et se contraindre. D'ailleurs, malgré toutes les distractions, Poraison nous sera toujours utile, dès que ce ne sera pas des distractions %-alonUiires, et que nous ferons effort pour les rejeter. Nous aurons devant Dieu le mérite de les avoir combattues, et il nous restera toujours quelque teinture de^ saintes véritésque nous aurons idché de méditer.

Il en est de même des sécheresses et des aridités. Ne manquons à rten de tout ce qui dépend de nous, et conGons-nous en Dieu. C'est de cette sorte qu'il éprouve notre ûdélilé et notre constance. Si nous nous rebutons, nous perdons tout; mais si nous persévérons dans la prière, il a ses moments pour nous écouter et pour nous dédommager. Quoi qu'il en soit, liumi lions-nous en la présence du Seigneur, et imitons ce saint solitaire dont toute l'oraison consistai t à redire sans cesse ces courtes paroles : fùUê gui m 'avez créé, ayez pUiéde moi. Ce ne sera point là un temps perdu. Ajoutez que c'est une couvre de mortiGc^lion fort agréable à Dieu , que d'accepter en esprit de pénitence, et de soutenir l'ennui et le dégoût que donne quelquefois l'oraison. Jésus- Christ, la veille de sa passion, pria sans goât, et ni^^nie dans une désolation entière : unissons-nous n lui; et quand notre oraison ne nous serait bonne alors qu'à pratiquer la patience et toutes les vertus que la patience renferme , cela seul ne serait pas un petit gain pour nous , et nous devrions l'estimer comme un profit très-considérable.

EnBn, il ne faut point nous former une idée li parfaite de l'oraison, que nous désespérions d'y et teindre. EUe est à la portée de tout le monde, et la science humaine n*y est pas d'un grand secours. Car H^ne s'sgit point de discourir beaucoup : mais avec

^ ^^'^^^*" pensée, et une pensée très-commune,

ia plus simple peut se porter à Dieu de la ma-

plus affectueuse et la plus ardente. Or, c'est

Igtt intérieure de l'âme avec Dieu qui fait

B||^ et tout le prix de l'oraison. Il n'est

^^^%e bonne volonté : apportons-la au

J \^ tout nous dcTiendra pratica-

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