DE LA TIÉDEUR DANS LE SERVICE DE DIEU
Quia tepidus es, ineipiam U evamere.
Paiee qu« Toos ètflt Uède , Je vais oommcDoer à TOUS r^eter . Jpoe,,€sb»p.Z.
Pbbmier point. En peu de paroles saiot Bernard décrit admirablement l'état de tiédeur : Un'y aguéredecommunautésreUgleusesoûronnetrotwe des âmes lâches et languissanies , qtd portent le joug de la religion, mais qui le portent de mauvaise grâce; qui tâchent, autant qu'elles peuvent, ou de le secouer, ou d'en diminuer la charge; qui ont sans cesse besoin d'aiguillon pour les piquer, et de correction pour les redresser: qui s'abandonnent à la vaine Joie; qui se laissent abattre à la tristesse, dont la componction dure peu, dont la conversation est toute mondaine ; qui n*ont que des pensées charnelles, et animales, c'est-àMlîre, qui ne pensent qu'à elles-mêmes et à leurs commodités, qu'à ce qui peut leur plaire et les contenter; qui obéissent sans vertu, qui prient sans attention, qui parlent sans circonspection, qui lisent sans en tirer aucun fruit pour leur édification, (Bebn.) On voyait dès le temps de saint Bernard des religieux de ce caractère : mais aussi dès lors comment les regardait-on ? comme des religieux de nom, sans l'être d'effet. Voilà le portrait qu'en faisait ce grand saint : n'est-ce pas le mien? Du moins est-ce à moi d'en bien considérer tous les traits , et d*examiner si je ne dois pas m'y reconnaître.
Or, le désordre et le danger de cette tiédeur spirituelle consiste en ce que les tièdes ne sont pas même touchés de leur état. Ils ne s'estiment pas grands pécheurs : 1* parce qu'au lieu de penser au mal qu'ils font et au bien qu'ils devraient faire et qu'ils ne font pas, ils ne pensent communément qu'au mal qu'ils ne font pas et au peu de bien qu'ils font; 2» parce qu'au lieu de se comparer avec ceux qui dans la religion sont plus fervents , plus réguliers qu'eux, ils ne se comparent qu'avec d'autres qui le paraissent moins; 3* parce que dans cette comparaison qui les flatte et qui les trompe , ils se disent, avec la même confiance que le pharisien, qu'ils n'ont pas tels et tels défauts de celui-ci et de celui-là. D'où il arrive qu'en servant Dieu très-lâchement, ils se rendent encore des témoignages avantageux d'eux-mêmes, comme s'ils accomplissaient toute justice.
État bien funeste, puisque, selon la parole du Saint-Esprit , un état encore plus mauvais, c'est celui du péché, lui serait néanmoins préférable. Et en effet, il eût mieux valu pour certaines êimt's qu'el-
les fussent tombées dans un péché grossier el grief « que dans cette vie tiède et relâchée ; car elles n'aih raient pas longtemps soutenu les remords de ce péché. Ce péché, en les humiliant et en les efifrayant par son énormité, les eût bientôt forcées à se convertir; au lieu qu'elles ne se font aucun roproebe ni aucun scrupule de leur tiédeur. C'est de là que tous les maîtres de la vie chrétienne et religieuse ont conclu qu'il était plus difficile de sortir de l'état de tiédeur que de l'état du vice et du libertinage; et entre les autres, Cassien témoigne qu'il avait vu un grand nombre de mondains devenir, par leur conversion , des hommes fervents et spirituels ; nmn qu'il n'avait jamais vu le même changement dans des religieux tièdes. Cette expérience ne doit-elle pas me faire trembler?
État encore d'autant plus à plaindre, qu'il nous rend le joug du Seigneur plus pesant. Tandis que rame fervente le porte avec une sainte allégresse, parce que l'onction de la grâce lui adoucit tout, Tâme tiède en sent au contraire tout le poids, et n*y éprouve que de la peine. Châtiment visible de Dieu, qui dès ce monde punit la tiédeur par la tiédeur même. Mais il ne s'en tient pas là ; et selon qu'il s'en explique lui-même, la tiédeur lui devient si insupportable, qu'elle le provoque à une espèce de vomissement, dont la seule idée fait horreur. Il ne rejette pas encore absolument une âme tiède , mais il commence à la r^etcTy en s'élolgnant d'elle. Cette tiédeur est donc un commencement de réprobation; et que me faut-il davantage pour travailler à m'en retirer? Attendrai-je queje sois tout à fait réprouvé de Dieu?
Second point. Après avoir considéré le malheur et le désordre de l'état de tiédeur, si j'en veux connaître les causes,jedois les chercher dans moi-même; car cet état ne peut se former dans moi sans quej*ea sois librement et volontairement le principe. Je dois donc me l'imputer, et le comble de l'injustice serait de vouloir l'attribuer à Dieu. Dieu permet bien quelquefois qu'une âme sainte tombe dans des états de sécheresse; mais ces états de sécheresse, suivant les vues de Dieu , ne servent qu'à la purifier, qu'à la détacher des consolations sensibles, qu'à la perfectionner dans son amour. Ainsi, il ne faut pas confondre ces sécheresses avec la tiédeur. L'âme sainte et fervente gémit de ces sécheresses; mais l'âme tiède et lâche ne gémit point de sa langueur. L'une est dans un état violent, dont elle est innocente; mais Tautie est dans un état qu'elle aime et dont elle est coupable. Voici comment.
Une des causes de la tiédeur, c'est la facilitée omettre les exercices ordinaires de piété : Toranon, la lecture, la communion, les examens de conscience, les œuvres de pénitence et de mortification. La moindre affaire en détourne ; le moindre empê-