DE L'ENFER
DUcedite a me , maledicii , in ignem œternum /
Kelirez-vous de moi, maudils, et allez au feu élerael! Màtth., chap. 25.
Premier point. Il y a trois choses à considérer dans l'enfer, qui paraissent bien étoimantes , et qui sont pour nous autant de sujets d'horreur. La première est, que Dieu, "pendant toute l'éternité, n'y fera jamais nulle grâce, lui néanmoins qui est la souveraine miséricorde.
Ce Dieu dont la nature n'est que bonté ; ce Dieu qui, depuis la création du monde, fait luire également son soleil sur les méchants et sur les justes ; ce
Dieu qui , pour ses ennemis même et pour des pécheurs, est descendu de sa gloire, s'est revêtu de notre humanité , et a voulu mourir sur une croii : après tant de bienfaits, et des témoignages si-sensibles de son amour, ne jettera jamais un regard favorable sur aucun des réprouvés , ni jamais ne fera distiller sur eux une seule goutte de ce sang, qu*il a répandu toutefois pour eux-mêmes avec tant d'abondance dans sa passion. Tellement que la miséricorde divine, dont les communications sont infinies envers tout le reste des créatures, même les plus viles , demeurera éternellement sans action à 1*égard des damnés. Ils pousseront des cris lamentables , ils se désoleront , ils verseront , selon l'expression de l'Évangile, des torrents de larmes : mais ce Dieu vengeur n'arrêtera pas une fois pour cela son bras, ni ne suspendra pas un moment ses coups ; et tant qu'il sera Dieu (or il le sera toujours, comme il Fa toujours été ) , il verra souffrir des âmes qu'il a formées à.son image , des âmes qu'il a marquées du sceau de sa divinité, desâmesqui porteront le caractère de ses sacrements, sans être ému pour elles du moindre sentiment de compassion. Le pourrais-je croire , s'il ne nous l'avait pas lui-même révélé ? Mais c'est un article de la foi que je professe. Il faut donc qu'une âme réprouvée soit bien affreuse aux yeux de Dieu , puisque la haine qu'il en conçoit est capable de l'endurcir de la sorte, et de fermer à cette âme maudite toutes les sources de la grâce.
Mais encore qu'est-ce qui peut ainsi la défigurer aux yeux de Dieu , et en faire un objet si abominable? le péché qui vit dans elle, et qui n'y mourra jamais. Avec cette tache désormais ineffaçable, elle sera toujours pour Dieu, qui est infiniment saint, une victime décolère et de damnation. Le réprouvé pouvait pendant la vie l'effacer, cette tache si odieuse: il pouvait renoncer à son péché, et par 1^ obtenir grâce. Il était, par son péché, dans un état de réprobation seulement commencée, et non consommée. La mort est venue ; et à ce terme fatal , le même péché que la pénitence eût pu réparer, est devenu irrémissible, parce qu'il est devenu irréparable. Cette damnation anticipée, mais seulement commencée, est devenue une damnation, complèteeta reçu sa dernière consommation. Cette miséricorde, auparavant si prévenante, et si facile à s'épancher et à pardonner, s'est resserrée et retirée sans retour. Comme elle trouvera toujours le péché présent et vivant, ce sera toujours, selon l'ordre des décrets divins , un obstacle invincible qui la retiendra , et qu'elle ne pourra plus surmonter. De sorte qu'il n'y aura dans tous les siècles que la justice qui agira, que la justice qui frappera , que la justice qui vengera ses droits et qui se satisfera. Oh! que je sais aveugle, si je n'apprends pas de là, 1" à redouter la justice de Dieu, et à craindre de tomber dans sa