‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 2)Chapitre 368 sur 408 · DE L'HUMILITÉ DE JÉSUS -CHRIST DANS L'INCARNATION · texte numérisé non relu

DE L'HUMILITÉ DE JÉSUS -CHRIST DANS L'INCARNATION

Semetipêum exinanivit.

Il t'eit anéanti lui-même. Philip. , chap. 3.

Premier point. C'est un mystère incompréhenfiible à l'esprit humain que le mystère de l'incarnalion ; et il n'y avait que l'Esprit de Dieu qui pût nous en donner une juste idée, ni bien l'exprimer. Or, il Ta fait dans cette seule parole, qui comprend tout le fond et toutes les merveilles de ce mystère adorable : Dieu s'est anéanti. (Philipp., 2.) Voilà ce grand secret caché dans Dieu durant toute l'éternité, et révélé dans le temps.

Qu'est-ce que l'incarnation du Verbe? c'est l'anéantissement d'un Dieu : cela dit tout. Il s'est anéanti, ce Dieu demajesté : comment? parcequ'étant Die;! il s'est fait homme , et que de l'homme à Dieu , qui est le souverain Être , ou de Dieu à l'homme , qui n'est qu'un néant, il y a une distance inQnie. Après cela , je ne vois plus rien qui m'étonne dans tous les autres mystères de la vie de Jésus-Christ ; car qu'un Dieu fait homme embrasse la pauvreté, les mépris, les souffrances, la croix , ce sont les suites et comme les engagements de l'humanité dont il s'est revêtu; mais qu'un Dieu, tout Dieu qu'il est, ait voulu se faire homme, c'est à quoi il n'a pu être porté que par un excès d'amour, et à quoi il n'a pu avoir d'autre engagement qu'une charité sans bornes. Si un homme se réduisait à l'élat d'un vil insecte, à l'état d'une fourmi , on dirait qu'il s'est détruit lui-même , et qu'il s'est mis dans une espèce d'anéantissement; Diais que serait-ce là néanmoins en comparaison d'un Dieu incarné? car enûn, entre un homme et le plus petit insecte, il y a toujours quelque proportion; au lieu qu'il n'y en eut jamais et que jamais il n'y en aura entre l'homme et Dieu.

Encore l'Écriture nesecontente-t-elle pas de nous apprendre que ce Fils unique de Dieu s'est fait homme; mais elle se sert d'un terme qui nous donne à connaître qu'il a choisi dans l'homme ce qu'il y a *de plus grossier et de plus terrestre , qui est la chair : Le Ferbe s'est fait chair. ( Je4N, 1. ) Celte chair si méprisable , cette chair sujette à tant de misères , cette chair qui nous est commune avec les bétes, il se Test associée et se l'est rendue commune avec nous. Mais ne devait-il pas au moins, en se faisant homme , se faire d'abord homme parfait , c'est-à-dire, se délivrer des faiblesses de l'enfance , et venir tout à coup au monde tel que fut formé le premier homme? Non : il a voulu être conçu dans les entrailles d'une vierge, il a voulu demeurer neuf mois dans le sein de sa mère domme les autres enfants , îl a voulu

nattre enfant comme eux , et s*assajettir à toutes les humiliations et toutes les infirmités de cet âge.

Ce n'est pas tout : car quoiquli se fît en&nt, il pouvait du reste se faire monarque, indépendant, souverain. Il le pouvait; mais c^est ce qui! n*a pas voulu : il a voulu dépendre, et qui plus est, il a voulu se faire esclave. ( Philip. , 2. ) Il est vrai, s^ Ion le témoignage et l'expression de FApdtre, qu'i7 n'en a pris que la forme ( Ibid. ) , et que , sous cette forme d'esclave , il était roi en effet , et roi de l'anivers ; mais c'est cela même qui doit bien nous surprendre, que lui, qui était le maître et le roi du monde entier, il se soit abaissé jusqu'à la forme d'un esclave pour s'humilier davantage et pour s'anéantir. O abaissements, d anéantissements de mon Dieu, que vous êtes inconcevables!

Mais ne dois-je pas ajouter, pour ma eonfosion, qu'une chose est presque aussi difficile à coneevoir et à croire ; c'est qu'à la vue de ces abaissements d'un Dieu , je nourrisse dans mon cœur un orgueil qui ne se fait que trop sentir à moi , et qui ne se fait même que trop sentir aux autres dans les rencontres? Puis-je soutenir la moindre humiliation qui m'arrive? puis-je supporter la moindre parole qui me blesse? puis-je recevoir avec docilité et sans aigreur le moindre avis que me donnent ceux que Dieu a chargés de ma conduite? Combien suis-je délicate la plus légère répréhension? combien suis-je jaloux de certaines préférences et de certaines distinctions? combien y suis-je sensible , soit lorsqu'on me les refuse, ou lorsqu'elles me sont accordées? Bien loin de vouloir descendre , comme mon Seigneur, je voudrais toujours monter; et, de degré en degré, il n'y a rien dans mon état où je ne voulusse parvenir Terre et cendre y pourquoi vous enorgueUUssei' vous, et de quoi? ( Eccles., 10. ) Ce reproche du Saint-Esprit convient à tout homme, puisque tout homme , de son fonds, n'est qu'un sujet de mépris : il convient encore plus à tout chrétien , puisque tout chrétien , par le caractère de sa foi , adore un Dieu anéanti; mais à combien plus forte raison meooovient-il, à moi religieux, à mol spécialement obligé, comme religieux, de prendre tous les sentiments de Jésus-Christ? Hélas! sous un saint habit et sous un vêtement d'humilité, j'ai peut-être plus d'orgueil et plus d'envie de m'élever, que je n'en aurais eu dans le monde. N'est-ce pas démentir ma profession? n'est-ce pas me démentir moi-même?

Second point. En même temps que le Verbe divin s'est humilié si profondément et jusqu'à s'anéantir, c'est de ce néant mémeoù l'humilité l'a réduit que Dieu a tiré sa plus grande gloire, et c'est par là que le Fils unique de Dieu, en réparant la gloire de son Père, a tout à la fois opéré le salut de l'homme. Combien de mérites, combien d'effets merveilleux

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