SUR L'ALLIANCE DE L*AM£ RELIGIEUSE AVEC DIEU
cepter. De tous les maux à quoi s'est assujetti le divin époux que vous choisissez, il n'y a rien qui vous étonnât et que vous ne voulussiez partager. Mais il n'^t point même nécessaire que vous fassiez cet e£fort de fidélité; et ce serait mal m'expliquér, de dire que tous devez entrer en société de peines et de maux avec Jésus Christ , car dans Jésus-Christ tout s'est converti en biei^ ; et la pauvreté , les souffrances , les croix que nous estimons des maux , sont sur la terre les plus grands biens qu'il ait procurés à ses élus. Ken a-t-il pas fait autant de béatitudes? n'a-t-il pas dit hautement et formellement dans son Évangile : Bienheureux les pauvres , Beati pauperes ( Màtth., 5); bienheureux cçux qui pleurent , Beati qui lugentf (Id.) et ne sont-ce pas là, en faveur des croix et des souffrances dé cette vie , des preuves que les mondains ne détruiront jamais? Or, où a-t-on une plus abondante communication de ces biens spirituels et de ces dons célestes , que dans la religion ? Dans le monde il y a des croix , mais elles sont bien différentes de celles que vous trouverez dans la vie religieuse ; car, comme dit saint Bernard , toute croix n'est pas la croix de Jésus- Christ, toute pauvreté n'est pas la pauvreté de Jé- Christ, toute mortification n'est pas la mortification de Jésus-Christ. On souffre dans le monde; on est humilié, mortifié dans le monde : mais souvent il n'y a rien de tout cela qui porte le caractère de la croix du Sauveur : pourquoi ? parce qu'il n'y a rien en tout cela pour la justice et pour Dieu. Cest dans l'état religieux que les croix sont salutaires, qu'elles sont vivifiantes, qu'elles produisent la sainteté, parce qu'elles sont marquées du sceau de Jésus-Christ. Les croix du monde sont des croix d'esdaves, qui accablent ceux qui les portent : mais les vôtres vous porteront autant que vous les porterez. Vous l'avez déjà bien éprouvé , ma chère sœur, et vous en rendez un témoignage bien authentique par la profession de vos vœux. Le passé vous répond de l'avenir, et vous verrez si la société des croix de rotre adorable époux n'attire pas nécessairement iprès soi celle de ses consolations. Nous en faut-il lin autre garant que saint Paul? Scientes, quod \icut soài passionum esH, sic eritis et consolatioùs (2. Cor,, 1) ; S; chez , mes frères , disait ce grand ipôtre, et soyez fortement persuadés que vous turez part aux consolations de Jésus-Christ , selon |ue vous aurez eu part à ses souffrances. A qui KirlaiMI? à des chrétieus delà primitive Église, !'està-dire à des hommes parfaits, qui faisaient ilors dans le christianisme, par une loi commune, e que font maintenant les religieux par une obligation particulière. De sorte, ma chère sœur, qu'au noment où vous allez ratifier votre alliance avec )îeu , vous vous trouverez pounvue de tous ses résors, de ses grâces, de ses bénédictions , de sa
paix et de ses douceurs intérieures, et qu'il vous dira par avance ce qu'il doit vous dire en 'vous reoevant un jour dans son royaume : Entrez dans la ■ joie de votre Seigneur : Intra in gaudium Domini ^Cfi. (Matth.,25.)
Chrétiens qui m'écoutez, px qui êtes témoins de • cette cérémonie, voilà un modèle que Dieu vous met aujourd'hui devant les yeux. Si vous avez l'esprit et le zèle de votre religion, voilà l'objet d'une émulation sainte que Dieu vous propose, et dont il vous demandera compte un jour. L*exemple de cette jeune vierge qui quitte le monde , sa fidélité • à suivre la vocation de Dieu, la ferveur avec laquelle elle va faire le sacrifice de sa personne, la constance inébranlable da son âme dans l'action la plus héroïque et la plus importante de la rie, sa joie dans le mépris qu'elle fait de tous les avantages . du siècle ; voilà ce qui confondra vos lâchetés , voilà ce qui condamnera vos attachements criminels aux biens de la terre, voilà ce qui réfutera tous les prétextes que vous pourriez alléguer pour justifier vos délicatesses et votre impénitence; voilà ce que Dieu vous représentera , ou plutôt ce qu'il vous opposera dans le jugement dernier, pour vous obliger à prononcer vous-mêmes l'arrêt de votre condamnation. Vous trouvez tout difficile dans l'accomplissement des préceptes et de la loi de Dieu ; et cette jeune vierge, ayant trouvé le joug des préceptes et de la loi de Dieu trop léger pour elle, y ajoute tout ee qu'il y a de plus rigoureux et de plus sévère dans les conseils évangéliques. Vous ne pouvez vous résoudre à rompre les commerces dangereux où le monde vous engage, et elle a la force et le courage de se séparer du monde pour jamais. Vous disputez des années entières pour renoncer à des choses. que votre seule raison vous dit être criminelles ; et elle renonce sans délibérer aux choses même les plus innocentes, les plus légitimes et les plus permises, dont elle veut bien se priver pour Jésus-Christ. Vous ne vous surmontez en rien , et elle triomphe d^elle-même en tout. Vous ne donnez rien à Dieu , et elle se sacrifie elle-même. En faudra-t-il davantage pour conclure contre vous?
Ah! chrétiens, permettez-moi de faire ici une réflexion : elle est importante pour l'édification de vos âmes , et vous conviendrez avec moi de la vérité qu'elle contient. Vous faites quelquefois des comparaisons de votre état avec l'état religieux, et par de vains raisonnements que l'esprit du siècle vous suggère selon les vues différentes , pour ne pas dire selon les caprices avec lesquels vous en jugez, tantôt vous désespérez de votre état, tantôt vous en présumez avec excès; tantôt vous égalez la profession simple du christianisme à la profession religieuse , tantôt vous concevez la vie religieuse comme impraticable et au-dessus des forces de la nature ^