‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 2)Chapitre 376 sur 408 · DE LA PAUVRETÉ DE J. C. DANS SA NATIVITÉ · texte numérisé non relu

DE LA PAUVRETÉ DE J. C. DANS SA NATIVITÉ

non-sealement restime , mais Tamour et le goût , puisque nous la voyons consacrée dans la personne 4e ce Dieu sauveur, qui ne s*y est réduit et ne Ta embrassée que pour nous.

Cest à cette pauvreté qu*il m'a spécialement appelé par sa grâce ; et un avantage singulier de la profession religieuse est d*y pouvoir imiter plus parfaitement la pauvreté de Jésus-Christ. Il y a des pauvres dans le monde ; mais les uns ne sont pauvres que d*effet et que par la nécessité do leur condition , sans rétre de cœur et d'affection ; et les autres le sont d'affection et de cœur, sans l'être réellement et en effet La pauvreté des premiers n'est qu'une pauvreté forcée, qu'ils déplorent et dont ils se plaignent ; d'où il s'ensuit que ce n'est point la pauvreté de JésusOhrist. laquelle a été une pauvreté volontaire. La pauvreté des seconds est une pauvreté chrétienne et agréable à Dieu ; leur cœur est détacbé des biens qu'ils ont dans les mains, et, selon la maxime de l'Apôtre, ils les possèdent comme s'ils

* ne les possédaient pas : mais ce n'est pas là néanmoins toute la pauvreté de Jésus-Christ , lequel a voulu se dépouiller de toute propriété et de toute possession.

Il n'y a, à bien parler, que le religieux qui soit

I h vrai imitateur de la pauvreté de son Dieu. Il est pauvre en effet, et encore plos pauvre de volonté : pauvre en effet , car il a tout quitté ; encore plus pauvre de volonté , car c'est lui-même qui , par le secours et l'inspiration d'en haut, s'est déterminé à quitter tout, et qui serait prêt à renoncer au monde entier s'il en était mattre. C'est donc en vertu de ce sacrifice que je puis dire h Jésus-Christ, comme les ap6tres : Seigneur, fal tout abandonné pour vous suivre ( Matto., 19); et, si je suis toujours fidèle à ma vocation , c'est en récompense de ce même sacrifice que je puis attendre de la part de Jésus-Christ cette réponse si consolante et cette grande promesse : rous serez assis sur des trônes de gloire. ( Ibid. ) * Avec une telle espérance, et soutenu de l'exemple de mon Sauveur, ai-je lieu de regretter ce que je lui ai sacrifié ? Dois-je même le compter pour quelque chose? dois-je le regarder comme un don que j'ai fait à Dieu , ou n'est-ce pas une grâce que Dieu m'a faite de l'agréer et de vouloir bien l'accepter? La pauvt^té où je vis ne me devient-elle pas honorable, dès que c'est celle de Jésus-Christ ? ne me devient-elle pas plus douce et aimable , dès qu'elle me lie si étroitement à Jésus-Christ ? ne me devientelle pas infiniment chère et précieuse, dès qu'elle me donne un droit particulier au royaume de Jésus-Christ et à une félicité éternelle?

Second point. Si , d'une part , la pauvreté de mon état est plus conforme à la pauvreté de Jésus- Christ , il s'en faut bien d'ailleurs qu'il n'y ait entre

l'une et l'autre une ressemblance entière et une pleine égalité. Pour m'en convaincre , je n*ai qu'à ouvrir les yeux et qu'à contempler cet Enfant-Dieu dans retable où il est né. Cette étable , voilà sa demeure; cette crèche, voilà son berceau; cette paille où il est couché , voilà le lit de son repos ; ces misérables langes qui l'enveloppent, voilà tous ses vêtements. Est-ce qu'il n'eut besoin de rien autre chose pour se défendre du froid de la nuit, de l'extrême rigueur de la saison , de toutes les injures du temps? est-ce qu'il ne fut point sujet aux infirmités de l'enfance, et qu'il ne les ressentit point? Il était homme comme nous , passible comme nous , encore même plus que nous, par la délicatesse de son corps ; et ses larmes, ses cris donnaient assez à entendre ce qu'il souffrait. Mais, du reste, la pauvreté na rien de si rigoureux qu'il n'ait voulu éprouver, et il est venu sur la terre pour en porter tout le fardeau et en soutenir toute la misère.

Saint Bernard s'adresse là-dessus aux riches du monde, et pour leur instruction ou leur condamnation , il les invite à écouter la voix* de cette étable d'un Dieu naissant, de cette crèche, de ces langes. Quoique , dans ma profession , je ne puisse être mis au nombre des riches du siècle, je ne dois pas me rendre moins attentif à cette même voix, et ce qu'elle m'annonce ne doit guère me donner moins de confu* sion. Elle me représente l'état pauvre de mon Sauveur, et, par un juste retour sur moi-même, elle m'engage à me comparer avec lui , c'est-à-dire, à rougir en sa présence de ma faiblesse et à la reconnaître : car, il est vrai , je mène une vie pauvre; mais, dans le fond , à quoi se réduit cette pauvreté? Puis-je la faire entrer en quelque comparaison avec l'étable, avec la crèche , avec ces langes usés et déchirés? Aije les mêmes incommodités à endurer? Me suis-je vu quelquefois dans les mêmes extrémités? Ai-je manqué en quelques rencontres des choses nécessaires? Tout pauvre que je suis, n'ai-je pas ce qui me suffit? La religion s'est chargée d'y pourvoir. Elle ne s'est pas chargée de pourvoir au superflu ni au délicieux : ce n'est point ce que j'en ni attendu , ni ce que j'en ai dû attendre; et sans doute ce serait une étrange pauvreté que la mienne, si je prétendais l'accorder avec les délices et les superfluités. Mais quant à ce nécessaire dont de sages instituteurs ont jugé que je ne pouvais me passer, dont tant d'autres avant moi se sont contentés, et dont tant d'autres comme moi se contentent encore présentement, m'est-il refusé , et ne me le fôurnit-on pas?

En cela même j'ai cet avantage, que la religion me délivre de tous les soins temporels , qui occupent une infinité de gens du monde pour s'assurer ce nécessaire et pour se le procurer. N'est-ce pas assez pour moi? Eh! c'était bien assez pour tout ce qu'il

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