Première partie. Rien n'est plus capable de confondre
la lâcheté des chrétiens do siècle, que de cnoaidénv te perfecUon de l'état religieux. Cette vue, i. leur découvre sensiblement ce qu'ils doivent être et oe qu'ils ne sont pas ; 2. les détrompe de l'erreur dont Us se préviennent souvent, que la loi de Dieu est pour eux quelque chose dlmpraticable; 3. réfute toutes les excuses qu'ils allègueDl, quand
on leur reproche leur paresse et leur négligeoce dantkvnie de Dieu.
1 . Cette vue découvre sensiblement aux ehi^dess du siècle ce qu'ils doivent être et oe qu'ils ne sont pas. Dans les premiers siècles de l'Église, il n'y avait point de refigleux , parce que les clirétiens , vivant en chrétiens , étaient alors comme autant de religieux. Dans la suite des lemps, cet heureux état du christianisme a changé par le dérégiement des moeurs ; et Dieu a suscité les religieux , afin qo^ fussent pour les chrétiens du siècle une image sensible delà perfection dont ils sont déclins et où ils doivent tendre. Que doivent-ils donc dire en voyant la sainteté de la profession religieuse? ce que disait à peu près samt Antoine après avoir vu saint Paul anacliorète : Malheur à moi qui porte en vain le nom de chrétien!
7. Cette vue détrompe les chrétiens du siècle de l'erreur dont ils se préviennent souvent, que la loi de Dien est pour eux quelque chose d'impraticable. Quand ils voieat tant de religieux pratiquer les conseils même les pins hé* roîques , comment peuvent-Ils se persuader que robservation des préceptes leur est impossible? Non polerls quod isti et istœ? Quoi! vous ne pourrez pas faire an mofais une partie de ce que font ceux-ci et celles-là?
3. Cette vue réfute toutes les excuses qu'allèguaDt les chrétiens du siècle, quand on leur reproche leur paresse et leur négligence dans la voie de Dieu. Quel prétexte peut les justifier ? est-ce la naissance , l'éducation, l'âge, le tempérament , les infirmités? mais ils voient dans les oommnnautés religieuses des personnes de toute condition , de tout âge , de tout tempérament , porter avec constance , et même avec une sainte allégresse , tout le poids de la r^le la plus austère.
DeuxièHE PARTIE. Rieu n'est plus propre à consoler les religieux et à les confirmer dans leur vocation, que d'envisager, 1. les misères presque inévitables des cbi^Heos du siècle, 3. leurs obligations indispensables jnsqn'an milieu du monde.
1. Les misères presque inévitables des chrétiens du siècle. Le religieux a ses croix : mais n'en a>t-on pts dans le monde; et, croix pour crohL, celles de la raKgîan ne valent-dles pas mieux, puisqu'elles sont sakitaires? On dépend dans la;religion : ne dépend-en pas dans le inonde; et In servitufle n'y estdle pas tocompanblement pins dure? Ainsi du reste.
2. Les obligations indispensables des chrétiens du sièole. Obligations auxquelles leur sahit est attadié; obllgstions qniy dans oe qu'elles ont de plus essentiel et de plus onéreux, sont aussi étroites pour les personnes du monde que pour les religieux ; enfin , obUgations que les personnes du monde ne peuvent néanmofais remplir qu'avec des violences extrêmes, au lieu que les âmes religieuses ont toutes les facilités imaghiables pour s'acquitter, soit des devoirs communs à tous les états du christianisme, soit des devoirs propres de leur proièssion. te reste » avantages qui ne diminuent en rien le mérite du sacriiee qoe font à Disa ks personnes religieuses.
ANALYSES DES SERMONS
V* mm l'Atat RiLiciBinL : oosparaison mb kusoiocbs
BILIGIBUgBS ATBC iÈSO^-CBUn EnSOSCITÉ.
Sujet. Si nous sommes entés en Jésus'Christ par la ressemblance de sa mort, nous le serons en même temps par la ressemblance de sa résurrection.
État de Jé8ii9<;hrift ressuMîté, vrai modèle de la perfecUoD religieuse; ou, Tie rcligieiue dans sa perfection, fidèle image de l'état de Jésos-Christ ressuscité.
DiTisioif. Conformité de Tétat religieux avec l'état de Jésus-Christ ressuscité , soit par rapport au corps , soit par rapport k l'Ame. Par rapport au corps ; c'est ce que fait l'angélique pureté que professent les personnes religieuses : première partie. Par rapport k TAme ; c'est ce que fiiit l'entier éloignement du monde , et l'intime commerce avec Dieu où vivent les personnes religieuses : deuxième partie.
Prewèrb partir. Conformité de l'état religieux avec rétat de Jésus-Christ ressuscité par rapport au corps : c'est ce que fait l'angélique pureté que professent les personnes religieuses. Quatre qualités des corps glorieux, selon saint Paul, et en particulier du corps de Jésus-Christ ressuscité : 1. corps tout spirituel, Surget corpus spiritaie; 2. corps incorruptible, Surget in incorruptione; 3. corps tout éclatant de gloire , Surget in gloria; 4. corps plein de force ,Surget in virtute. Or, voilà dans une vierge dévouée à Dieu les quatre effets de la chasteté.
1 . Corps tout spirituel , Surget corpus spïritale : c'està-dire, corps affranchi de la servitude des sens. Tel fut celui de Jésus-Christ ressuscité, tels seront ceux des bienheureux après la résurrection , et tel est Fétat où le vœu de chasteté met une personne religieuse.
2. Corps incorruptible , Surget in incorruptione. La chasteté, semblable à ce prédeux parfum que Madeleine répandit sur les pieds du Sauveur du monde, est, dans la pensée des Pères, comme un baume sacré qui mamtient le corps d'une épouse de JésusChrist dans une intégrité parfaite. Hors de la religion elle serait en danger de se corrompre; mais l'état religieux est pour elle un préservatif assuré.
3. Corps tout éclatant de gloire , Surget in gloria. Cest une inviolable chasteté qui fait aux yeux de Dieu le plus bel agrément d'une vierge. C'est elle qui Télève à la noble alliance qu'elle contracte avec le Verbe de Dieu, en deve* nant l'épouse de l'Agneau.
4. Corps plein de vertu et de force , Surget in virtute. La pureté des corps glorieux après la résurrection sera une pureté sans effort ; mais la pureté d'une vierge sur la terre est une pureté victorieuse, qui résiste et qui triomphe.
Du reste , tout cela demande dans les personnes religieiF ses un grand sofai dé se conserver, et l'exercice de tontes les vertus nécessaires pour se maintenir : morale que les chrétiens do siècle doivent s'appliquer à eux-mêmes.
Deoxièhb partie. Conformité de l'état religieux avec l'état de Jésus-Christ ressuscité par rapport à l'âme; c'est ce que fait l'entier éloignement du monde et l'mtime commerce avec Dieu où vivent les personnes religieuses. Comment vécut Jésus<;hrist sur la terre durant les quarante jours qu'il y demeura après sa résurrection ? 1 . Il y fut séparé du conmierce des hommes. 2. Si de temps en temps il se fit voir à ses disciples , ce ne fut que pour des besoins ' importants. 3. Dans ces apparitions il vit ses disciples et leur parla, mais en leur témoignant toujours une sainte
Impatience de les quitter. 4. Du reste, il n'eut d'entretien qu'avec Dieu ,et toute sa conversation fut dans le del. Or, n'est-ce pas là , en figure et en abrégé, la vie d'une Ame religieuse?
1. Jésus-Christ fut séparé du commerce des hommes, et toute la vie d'une Ame religieuse est one vie cachée avec Jésus-Christ en Dieu.
2. Jésos-Christ de temps en temps se fit voir à ses disdples, mais ce ne Ait que pour des besoins importants, pour les rassemUer, pour les confirmer, pour les consoler, pour les bstruire. Une Ame religieuse ne doit avoir de coiiimeroe avec les chrétiens du siède, qu'autant que rédification, le zèle, la charité , la nécessité, le demandent
3. Jésus-Christ dans ses apparitions vit ses disdples et lenr pada, mais en lenr témoignant toujours une sainte impatience de les quitter. Dans les visites qu'une Ame religieuse reçoit qodquefois de ses proches, die n'asph^ qu'à rentrer biontdt dans sa retraite et qu'à retourner à ses exerdces.
4. Jésus-Christ n'eut d'entretien qu'avec Dieu , toute sa conversation fut dans le ciel ; et une Ame religieuse n'est OGCopée que de Dieu , ni ne goûte que les choses dn del. Heureuse vie dont elle comprend le bonheur, et dont die rend sans cesse à Dieu des actions de grAces.
VI* SUR L'éTAT RELtcnnix : l'aluaucb m l'ahb
RBLIOIEOSE avec DIEU.
Sujet. Mon bienaimé est à moi, et je suis à lui.
C'est l'Ame religieuse qui parle, et qui, sous la figure de l'^use des Cantiques, nous feit connaître la sainte alliance qu'die a contractée avec Dieu.
DivDioif . Trois choses forment une alliance : le choix l'engagement, et la sodété. Que feit donc une jeune personne en embrassant la profession religieuse? Elle choisit Dieu ; première partie : die s'engage à Dieu ; deuxième partie : die s'acquiert , pour ainsi dire , un droit spécial sur tous les trésors de Dieu et sur Dieu même ; troisième partie.
PREMièRE PARTIE. L'Ame religieuse choisit Dieu. Car qu'est ce que la profession religieuse? Le choix le plus singulier que Dieu puisse fiiire de la créature , et le choix le plus authentique que la créature puisse fidre de Dieu. Dieu appelle l'Ame, et l'Ame lui répond. Or, cette corres' pondauce n'est rien autre chose que le choix qu'elle feit de Dieu.
Choix si excellent et si parfait, que l'Ame religieuse a droit pour cela de quitter père et mère, et de rompre en quelque sorte les liens les plus sacrés de la nature. Il n'en est pas de même des vierges dn siède. Toutes vierges qu'elles sont, elles n'ont pas encore choid Jésns-Clirist d'une manière qui les autorise à se retirer de la maison paternelle. Il y a plus : non-seulement l'Ame reUgieuse quitte père et mère , mais elle se quitte encore die-même.
Choix qui devient pour l'Ame religieuse une raison de ier> vir Dieu avec toute la ferveur que demande son état.
Deuxième partie. L'Ame religieuse s'engage à Dieu : 1. engagement sacré, 2. engagement solennel, 3. engagement irrévocable.
1 . Engagement sacré , car c'est un engagement de tcbu. D'où il s'ensuit que c'est le plus grand de tous les engagements , et qu'en ce qui regarde l'observance des choses que l'Ame religieuse a vouées , elle ne peut commettrt d'infidélité qui ne tienne de la nature du sacrilège
ANALYSES DES SERMONS
Cararière de dureU^, dont nous avons un exemple dans la maofais riche, et que Dieu punit très-sévèrement.
m. Il y eut encore du graîn qui tomba au milieu des Ipiiies. Ces épines , selon l'explication même de Jésus- Christ, ce sont les passions du siècle; et ces passions, mlTaot la pensée du môme Sauveur, se réduisent à trois tipèces : savoir, l'inquiétude des soins temporels, la cafldité on le désir empressé d'amasser les biens de la terre, •I rattachement aux plaisirs de la vie. Trois obstacles qui feervent toute la force de la parole de Dieu , trois sortes ITépines qui étouffent la charité dans les cœurs.
Sur cela trois avis : t . point de soin plus essentiel que ealiiide satisfaire aux devoirs de la charité; 2. la cliarité 8Sl récompensée par leA trésors du ciel , et môme par les biCBsde ce monde; 3. de tous les plaisirs, le plus doux doit être de soulager les afîligés.
IV. Il y eut une bonne terre où le grain tomba et où il profita; et il y a des âmes où la parole de Dieu opère et produit des œuvres de charité , mais avec cette différence ! marquée dans la parabole de l'Évangile, qui est qu'elles mdent, les unes trente, les autres soixante , et d'autres .ttnt pour un. C'est-à-dire, que les unes se bornent pré- : daétnent au précepte de l'aumône; que les autres ajoutent aux aumônes d'obligation des aumônes de surérolaitlon ; et que d'autres , enfin , vont jusqu'à une espèce de profhsion.
Or, de quel nombre sommes-nous? c'est ce que nous deTOiis sérieusement examiner devant Dieu , qui lui-méuie sn fera rendre nn compte très-exact.
SUR L\ CH\R1TÉ ENVERS LES PRISONNIERS
L* Esprit du Seigneur s'est reposé sur moi; c'est • ceta qu'il m'a envoyé prêcher l'Évangile aux pauvres, consoler ceux qui sont dans l'affiiction^ êi annoncer aux captifs leur délivrance.
Ces pauvres , ces affligés , ces captifs , ce sont les prisoniriers, que les prédicateurs sont chargés de recommander à la charité des fidèles.
DinsioN. Assister les prisonniers, c'est un des plus exe^ents actes de la charité clirélienne : comment cela? Parce que c'est J. C qui nous en a donné l'exemple, première partie ; parce que c'est J. C. qui en a fait le commandement , deuxième partie ; parce que , en soi , c'est un des moyens les plus efficaces de sanctification et de salut, troisième partie.
Première partie. C'est Jésus-Christ qui nous en a donné l'exemple : et où? Dans tous les hiystères de sa vie. Dans son incarnation , il est descendu sur la terre pour tauver des esclaves. Dans sa prédication , il est venu nous •moncer notre liberté. Dans sa passion , il a versé son sang pour nous racheter. Dans sa résurrection , il est allé Tisiter des captifs qui l'attendaient et qui soupiraient après loi. Dans son ascension, il a emmené avec lui celte troupe d'élus qu'il avait tirés des limbes , et les a mis en possession de sa gloire.
Récapitulation et application de tous ces exemples.
Deuxième partie. C'est Jésus-Christ qui nous en a fait le commandement : car c'est lui qui nous a fait le comoiandement de la charité, et de cette charité particulière. D'où vient que , dans l'arrêt qu'il prononcera nn jour contre les réprouvés y il marquera ce point : Tétais en prison, et vous ne m'avez pas visité,
BOVhDALOVE, — TOKE «f.
n est vrai que celte obligatfon est renfermée dans le précepte général de l'aumône : mais ce précepte de l'aumône est fondé sur les besoins et les misères do prochain. Par conséquent , où les misères sont plus grandes , l'obligation est plus étroite : or, y a-t-ii une misère pareille à celle des prisonniers?
Troisième partie. C'est en soi un des moyens les plus efficaces de la sanctification et du salut. Outre le mérite de la charité et les bénédictions qu'elle attire de la part du ciel , pour peu qu'on fasse de réflexions aux objets qu'on a devant les yeux en visitant les prisons , on apprend à cramdre Dieu, à redouter sa justice et ses jugements, à expier le péché qui en est le sujet, et à s'en préserver.
SUR LA CHARITÉ EXVERS LES ORPHELINS
Sujet. La religion pure et sans tache aux yeux de Dieu notre père est de visiter les orphelins dans leur aj* Jliction.
Point de paroles plus propres à exciter tout notre zèle en faveur des pauvres orphelins.
Divisiosr. Toute cette exhortation ne doit être, sans antre partage, qu'une exposition suivie de ces paroles de saint Jacques.
I. La religion, La charité commune envers les pauvres est sans contredit une partie essentielle de la religion , puisque c'est un devoir que la religion nous recommande, et sur lequel nous serons jugés de Dieu : mais cela est surtout vrai de la charité particulière envers les pauvres orphelins , puisqu'il n'y a qu'un esprit de religion qui nous porte à en prendre soin.
II. La religion pure et sans tache. Car la vraie religion doit glorifier Dieu et édifier le prochain. Or, estrce glorifier Dieu que d'abandonner ces pauvres enfants? n'estce pas renverser l'ordre de sa providence? Et de quelle édification peuvent être pour le prochain toutes les œuvres de piété que nous pratiquons d'ailleurs , si nous manquons à ce devoir important?
III. La religion pure et sans tache aux yeux de Dieu notre père. Dieu est le père des pauvres, et spécialement des orphelins : donc la vraie religion doit engager toute âme chrétienne à aimer singulièrement les orphelins, et \i les secourir.
IV. La religion pure et sans tache est de visiter les orphelins. Pourquoi les orphelins? Parce que l'orphelin est , de tous les pauvres , le plus destitué de secours et de moyens. Aussi Dieu avait-il ordonné dans l'ancienne loi , que chaque famille adoptât un orphelin , et qu'il fût traité comme les autres enfants. 11 voulait de plus qu'une partiii des dîmes fût affectée aux orphelins, et que les juges leur rendissent la justice préférablement à tous les antres.
V. La religion est de visiter les orphelins dans leur affliction. En quel état se trouve cette maison destinée k les recueillir, et que n'y soufTrent-ils point? leur sang demandera justice à Dieu contre ceux qui les auront dâaissés.
SUR LA CHARrré ENVERS LES NOCTEAUX CATHOUQUES.
Sujet. Que la paix soit sur nos frères avec la charité et la foi.
Tant de nouveaux catholiques et tant d'autres disposés à le devenir, ce sont nos frères, dont la Provideaf» ivmis a chargés , et que nous devons afisisteT.
ANALYSES DES SERMONS
2. Engagement solennel. Il n'est appelé profession que parce qu'il est contracté à la face des autels, et devant les ministres de TÉglise. DifTérence d*un vœu solennel et d'un vœu particulier. L'Église accepte le premier, et n'acoepte pas l'autre.
3. Engagement irrévocable. Les vœux de l'àme religieuse sont indissolubles. Elle a néanmoins encore tout à craindre de sa volonté, qui, par son inconstance, peut, non pas se dégager de l'obligation , mais se relAcher dans l'observation de ses vœux; et voilà ce qui doit exciter sa vigilance.
Troisième partie. L'àme religieuse acquiert un droit . spéciaUur tous les trésors de Dieu et sur Dieu même. Dieu ^ est le Dieu de tout le monde, mais il se donne spécialement aux Âmes qui ne veulent que lui , et qui ne s'attachent qu*A lui. Or, que veut autre chose l'àme religieuse , et quel autre bien se réserve-t-elle? Deux témoignages tirés de l'Écriture, Tun de David , l'autre des Juifs lorsqu'ils entrèrent dans la terre promise.
11 est vrai que l'àme religieuse, en faisant alliance avec Jésus^hrist, fait alliance avec un Dieu pauvre, avec un Dieu humilié, avec un Dieu crucifié, et qu'elle doit entrer avec lui en société de peines et de maux ; mais dans Jésus- Clirist tout s'est converti en biens. Ce sont des maux pour les mondains qui n'en profitent pas, et qui les portent sans consolation : mais ce sont des biens pour l'àme religieuse , qui se les rend salutaires, et qui, par la grâce de Jésus- Christ, y goûte une ouction toute divine.
Voilà ce qui doit servir de modèle aux chrétiens du siècle. L'exemple d'une àme religieuse, sa fidélité, sa ferveur, sa constance, son détachement, confond leur tiédeur, leur lâcheté, leurs attaches criminelles aux biens de la terre. Du reste, quelque différence qu'il y ait entre l'état religieux et celui des gens du monde , deux vérités sont certaines : 1. que les gens du monde peuvent eux-mêmes être parfaits dans leur état et selon leur état, comme les religieux ; 2. que non-seulement ils le peuvent, mais qu'ils y sont même indispensablement obligés.
EXBORTATIOK SUR LA CHARITÉ ENVERS LES PAUVRES
Sujet. Donnez, et wnu serez entièrement purifiés.
La corruption du siècle , selon saint Bernard , vient surtout de trois sources, qui sont : l'orgueil des richesses, les attraits d'une vie sensuelle , et la dissipaliou des affaires humaines. Or, point de meilleur préservatif contre ces trois écndls, que les œuvres de la charité chrétienne.
Division. Rien do plus efficace que les œuvres de la charité chrétienne pour défendre notre humilité de l'orgueil des richesses , première partie ; notre pureté , des attraits d'une vie sensuelle, deuxième partie; notre piété, de la dissipation des afTaires humaines , troisième partie.
PREwiRB partie. Rien de plus efficace que les œuvres de la charité chrétienne pour défendre notre humilité de l'orgueil des richesses. Car si le riche a du bien , il doit , en vertu de l'obligation de l'aumône et des œuvres de charité, se dire à lui-même, que ce bien n'est point proprement à lui , qu'il ne Ta que par commission , et qu'il en est comptable à Dieu et aux pauvres : à Dieu , dont il Ta reçu; aux pauvres , pour qui il l'a reçu.
De là il s'ensuit qu'il ne doit se considérer que comme le tuteur des pauvres, et comme ayant été établi de Dieu , pour les servir..
Servhr les pauvres, ministère honorable, puisque c'est servir Jésus-Christ même ; mais du reste, ministère bien capable de rabattre les enflures de notre cœur et les hauteurs de notre esprit. Exemples de saint Louis, et des deux saintes Elisabeth.
Deuxième partie. Rien de plus eflicace que les œuvres de la charité chrétienne pour défendre notre pureté des attraits d'une vie sensuelle. La raison est, que la pratique des œuvres de charité nous engage à voir les pauvres, et à être témoin de leurs misères. Or, celte vue est le remède le plus prompt et le plus sûr contre l'amour de nous-mêmes et les sensualités du siècle.
De là l'on apprend à s'occuper moins de sa personne , à retrancher les excès dans les ornements mondains et dans les repas, à souffrir dans les occasions, enfin à soutenir les austérités de la pénitence.
Troisième partie. Rien de plus efficace que les œuvres de la charité clirétienne pour défendre notre piété de la dissipation des affaires humaines. Une vie agissante est à craihdre par la dissipation où elle jette ; non pas néanmoins qu'elle soit pour cela condanmable. Il y a des soins dans la vie, et des soins humains, dont on est obligé de se diarger : mais le moyen d'en éviter la dissipation , et d'y entretenir sa piété , c'est d'y joindre les œuvres de charité.
Car ces œuvres de charité étant plus communément pratiquées avec une intention sainte et en vue de Dieu , elles inspirent la dévotion, elles la nourrissent, ou elles U rallument lorsqu'elle commence à s'éteindre.
AUTRE SUR LA CHARITÉ ENVERS LES PAUVRES
Sujet. Le bon grain, c'est la parole de Dieu.
Ce bon grain , cette parole de Dieu, se dispense encore à certains jours dans les assemblées de charité , et dans les exhortations que les prédicateurs , figurés par le laboureur de l'Évangile, y font en faveur des pauvres. Mais d'oii vient qu'on en retire si peu de fruit ? c'est ce qu^O faut présentement examiner.
Division. Dans les différentes qualités de la bonne et de la mauvaise terre où le grain est jeté , nous pourrons reconnaître les divers caractères des personnes qui assistent aux assemblées de charité et aux exhorlations qu'on y fait ; et de là nous apprendrons pourquoi les pauvres re* tirent si peu d'avantage de tant de discours. Point d'autre partage de cet entretien.
I. Le laboureur alla semer son grain. C'était de bon gram; mais d'abord une partie de cette semence tomba près du chemin : les passants la foulèrent aux pieds , et ks oiseaux la mangèrent. Qu'est-ce que ce grand chemin oovert à tout le monde ? Ce sont ces âmes volages et dissipées, qui apportent aux assemblées de charité un esprit distrait et sans arrêt. Tout ce qu'on leur dit en faveur des pauvres ne fait nulle impression sur leur cœur. Elles n'en profitent, ni pour la réformation de leur vie , ni pour le soulagement des pauvres.
A cette dissipation, que doivent-elles opposer? Le re* mède d'une sérieuse réflexion.
U. Une autre partie du grain tomba sur des pierres. Image de ces âmes dures que rien ne peut émouvoir. On a beau leur représenter les besoins des pauvres, elles y sont insensibles. S'agit-il d'elles-mêmes, elles sont délicates jusqu'à l'excès. S'agit-il d'autrui , elles n'y prennent aucune part.
ANALYSES DES SERMONS
C!ararière de dureté, dont nous avons un exemple dans le nuiufais riche, et que Dieu punit très-séTèrement.
III. 11 y eut encore du grain qui tomba au milieu des épines. Ces épines , selon l'explication même de Jésus- Christ, ce sont les passions du siècle; et ces passions, suivant la pensée du môme Sauveur, se réduisent à trois espèces : savoir, l'inquiétude des soins temporels , la cupidité ou le désir empressé d'amasser les biens de la terre, et rattachement aux plaisirs de la vie. Trois obstacles qui énervent toute la force de la parole de Dieu , trois sortes d*ép{nes qui étouffent la charité dans les cœurs.
Sur cela trois avis : 1 . point de soin plus essentiel que celui de satisfaire aux devoirs de la charité; 2. la charité est récompensée par Ica trésors du ciel , et môme pur les biens de ce monde; 3. de tous les plaisirs, le plus doux doit être de soulager les afîligés.
rv. 11 y eut une bonne terre où le grain tomba et où il profita; et il y a des Âmes où la parole de Dieu opère et produit des œuvres de charité , mais avec cette différence marquée dans la parabole de l'Évangile, qui est qu'elles rendent, les unes trente, les autres soixante , et d'autres cent pour un. C'est-à-dire, que les unes se bornent précisément au précepte de l'aumône; que les autres ajoutent aux aumônes d'obligation des aumônes de suréropalion ; et que d'autres , enfin , vont jusqu'à une espèce de profusion.
Or, de quel nombre sommes-nous? c'est ce que nous devons sérieusement examiner Rêvant Dieu , qui lui-même nous en fera rendre un compte très-exact.
8DR L\ CH\R1TÉ ENVERS LES PRISONNIERS
SwBï. L'Esprit du Seigneur s'est reposé sur moi; c*cst pour cela quHl m'a envoyé prêcher l'Évangile aux pauvres, consoler ceux qui sont dans Vaffiiction, et annoncer aux captifs leur délivrance.
Ces pauvres , ces affligés , ces captifs , ce sont les prisonniers, que les prédicateurs sont chargés de recommander à la charité des fidèles.
Division. Assister les prisonniers, c'est un des plus excellents actes de la charité chrétienne : comment cela? Parce que c'est J. C. qui nous en a donné l'exemple, première partie ; parce que c'est J. C. qui en a fait le commandement , deuxième partie ; parce que , en soi , c'est un des moyens les plus efficaces de sanctification et de salut, troisième partie.
Première partie. C'est Jésus-Christ qui nous en a donné l'exemple : et où? Dans tous les mystères de sa vie. Dans son incarnation , il est descendu sur la terre pour sauver des esclaves. Dans sa prédicalion , il est venu nous annoncer notre liberté. Dans sa passion, il a versé son sang pour nous racheter. Dans sa résurrection , il est allé visiter des captifs qui l'attendaient et qui soupiraient après lui. Dans son ascension, il a emmené avec lui celte troupe d'élus qu'il avait tirés des limbes , et les a mis en possession de sa gloire.
Récapitulation et application de tous ces exemples.
Deuxième partie. C'est Jésus-Christ qui nous en a fait le commandement : car c'est lui qui nous a fait le commandement de la charité, et de cette charité particulière. D'où vient que , dans l'arrêt qu'il prononcera un jour contre les réprouvés, il marquera ce point : Tétais en prison, et vous ne m'avez pas visité,
B0URDAL0CE. — TOME Hl.
n est vrai que celte obligation est renfermée dans le précepte général de l'aumône : mais c« précepte de l'aumône est fondé sur les besoins et les misères du prochain. Par conséquent , où les misères sont plus grandes , l'obligation est plus étroite : or, y a-t-il une misère pareille à celle des prisonniers?
Troisième partie. C'est en soi un des moyens les plus efficaces de la sanctification et du salut. Outre le mérite de la charité et les bénédictions qu'elle attire de la part du ciel , pour peu qu'on fasse de réflexions aux objets qu'on a devant les yeux en visitant les prisons , on apprend à craindre Dieu, à redouter sa justice et ses jugements, à expier le péché qui en est le sujet , et à s'en préserver.