‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 2)Chapitre 396 sur 408 · SUR LA CIURITÉ ENVERS LES ORPHELINS · texte numérisé non relu

SUR LA CIURITÉ ENVERS LES ORPHELINS

Sujet. La religion pure et sans tache aux yeux de Dieu notre père est de visiter les orphelins dans leur aj- Jliction.

Point de paroles plus propres à exciter tout notre zèle en faveur des pauvres orphelins.

Division. Toute cette exhortation ne doit être, sans autre partage, qu'une exposition suivie de ces paroles de saint Jacques.

I. La religion. La charité commune envers les pauvres est sans contredit une partie essentielle de la religion , puisque c'est un devoir que la religion nous recommande, et sur lequel nous serons jugés de Dieu : mais cela est surtout vrai de la charité parliculière envers les pauvres orphelins , puisqu'il n'y a qu'un esprit de religion qui nous porte à en prendre soin.

II. La religion pure et sans tache. Car la vraie religion doit glorifier Dieu et édifier le prochain. Or, est-ce glorifier Dieu que d'abandonner ces pauvres enfants? n'estce pas renverser l'ordre de sa providence? Et de quelle édification peuvent être pour le prochain toutes les œuvres de piété que nous pratiquons d'ailleurs, si nous manquons à ce devoir important?

lïl. La religion pure et sans tache aux yeux de Dieu notre père. Dieu est le père des pauvres, et spécialement des orphelins : donc la vraie religion doit engager toute âme chrétienne à aimer singulièrement les orphelins, et \ les secourir.

IV. La religion pure et sans tache est de visiter (f a orphelins. Pourquoi les orphelins? Parce que l'orphelin est , de tous les pauvres, le plus destitué de secours et de moyens. Aussi Dieu avait-il ordonné dans l'ancienne loi , que chaque famille adoptât un orphelin , et qu'il fût traité comme les autres enfants. 11 voulait de plus qu'une partie des dîmes fût affectée aux orphelins, et que les juges leur rendissent la justice préférablement à tous les autres.

V. La religion est de visiter les orphelins dans leur affliction. En quel état se trouve cette maison destinée à les recueillir, et que n'y souffrent-ils point? leur sang demandera justice à Dieu contre ceux qui les auront délaissés.

SUR LA CHARrrÉ ENVERS LES NOUVEAUX CATHOUQUES.

Sujet. Que la paix soit sur nos frères avec la charité et la foi.

Tant de nouveaux catholiques et tant d'autres disposés à le devenir, ce sont nos frères, dont la Providence nous a chargés , et que nous devons assister.

AxNALYSES DES SERMONS.

DiTisioTf . 11 faut pounroir à leurs besoins temporels, pre- HMère partie; et il faut eocore plus pour?oir à leur salut éternel , deuxième partie.

Previère partie. U faut pourvoir à leurs besoins temporels, en les assistant dans leur pressante nécessité. Sans eela ils doivent tomber dans une extrême misère. Car ils n*ont plus les secours qu'ils avaient dans Téglise protestante, et qui les faisaient subsister. Si donc ils ne reçoivent encore de nous aucui:e assistance , où en seront-ils? quelle honte sera-ce i>our le service de Dieu et pour son Église?

Leur nombre est trop grand , dit-on : mais le peu^il lire trop? 11 n'est trop grand que i^arcc que plusieurs ne veulent en rien contribuer, ou ne veulent pas assez contribuer. On ne peut non plus s*excuser sur le malheur des temps, et il n'y a qu'à se consulter soi-même de bonne loi , pour découvrir l'illusion de ce prétexte.

DEUXiàvE pàRTiE. Il faut pourvoir à leur salut étemel, en les confirmant dans la foi et en aclievant leur conversion, qni n'est encore qu'imparfaite et qu'ébauchée. Il s'agit pour cela de gagner leur esprit et leur cœur : leur esprit, en leur persuadant toujours de plus en plus la vérité de notre religion ; leur cnpur, en les y aflectionnant et la lenr faisant aimer. Or, jamais nous ne leur ferons mieux connaître b vérité de notre religion , que par la charité qui s'y pratique, et dont ils ressentiront les effets; ni jamais nous ne les affectionnerons plos à cette même religion que par le zèle que noustéuMignerons pour leur soulagement. De là concluons que nous y sommes trèsétroitement obligés : car si nous devons assister nos frères daus les besoins du corps, à plus forte raison le devons-nous dans les besoins de l'&me.

SUR LA CHARrré EirVBRS un SÉMINAIRE.

Sujet. Marie-Madeleine prit une livre d'huile de sen-

leur, d'un nard excellent et de grand prix, et elle

en arrosa les pieds de Jésus.

Ce que fit Madeleine pour Jésus-Christ , c'est ce que nous devons faire pour ses ministres assemblés dans celle maison, en répandant sur eux nos charités.

Division. Notre charité aura ces trois avantages, qu'elle sera d'un plus grand mérite auprès de Jésus-Christ que l'aclion même de Madeleine , première partie; qu'elle sera d'une utilité si évidente , qu'Û n'y aura point d'esprits assez critiques pour ne la pas approuver, deuxième partie ; que le fruit s'en répandra dans toute l'Église, troisième partie.

Première partie. Charité d'un plus grand mérite auprès de Jésus-Christ que l'action même de Madeleine. L'action de Madeleine ne fut que l'ombre, que la figure de l'aumône et de la charité chrélienne. Or, la seule figure ayant été d'un si grand mérite auprès du Sauveur des hommes , combien plus est-il glorifié de la vérité même et de l'efTel?

Madeleine ne se contenta pas de répandre ce parfum sur les pieds de Jésus-Christ : elle le répandit encore sur sa tète. Image de ce que nous faisons en assistant les ministres de l'Église. Les autres pauvres sont comme les pieds de Jésus-Christ; mais ceux-ci en sont comme la tête. On a du zèle pour l'ornement des autels : les tabernacles et les autels vivants du Dieu de gloire, ce sont les prêtres.

Deuxième partie. Charité d'une uUlité si évidente, qu'il ne peut y avoir d'esprits assez critiques pour ne la pas approuver. On juge de l'utilité d'une entreprise par la fin

et par les moyens. Or, la fin qu'on se propose ici, c*ett la sanctification de l'Église ; et les moyens qu'on y veut employer, c'est de former de dignes ministres et d'habilei ouvners dans la vigne du Seigneur.

Il y en a assez d'autres : mais d'habiles, de zélés, de laborieux , il y en a peu ; et c'est pour en élever qu'on tnvaille à l'établissement de ce séminaire, qui ne peut £ti« fondé que sur les libéralités des fidèles.

Troisième partie. Charité dont le fruit se répandra pa^ tout. De cette maison sortiront des troupes entières de pré» dicateurs , de directeurs , de docteurs vertueux et sayants, qui se distribueront dans toute la France, et y porteront la parole du salut et la bonne odeur de Jésus-Christ.

Il ne faut point dire qu'on a d'autres pauvres à assister: si l'on veut bien mesurer ses charités, on trouvera de quoi pourvoir aux nus et aux autres.

11 ne faut point ajouter qu'il y a d'autres séminaires dsDS tous les diocèses : ce sont des séminaires particuliers ; mais celui-ci est comme un séminaire général. Si notre foi nous est chère, nous ne manquerons aucune occasion de l'étendre et de lui soumettre les cœurs.

AUTRE SUR LA GHARITÉ ENTER8 UN SÉHINAIRE

Sujet. Le zèle de votre maison me dévore.

Nous pouvons regarder ce séminaire comme la maison de Dieu , et nous devons être là-dessus animés du même 2èle que le prophète.

Division. Dans cette maison de Dieu nous ayons deux choses à considérer : qui sont ceux que nous devons assis* ter, première partie ; et pourquoi nous les devons assister, deuxième partie.

Première partie. Qui sont ceux que nous devons assister ? Ce sont de véritables pauvres , ce sont de saints fwivres , ce sont des pauvres qui ont choisi J. C. en embrassant l'état ecclésiastique, et que J. C. a choisis en les y appelant.

Ce sont de pauvres étrangers, bannis de leur patrie en haine de leur religion. Ce sont des pauvres envers qui noiii pratiquerons tout à la fois l'aumône corporelle , en contribuant à leur subsistance, et l'aumône spirituelle , en les affermissant dans leur attachement à la vraie foi, et en leur associant de zélés ouvriers qui les secondent.

Enfin ce sont des pauvres qui, par leurs prières , nous rendront au centuple ce qu'ils auront reçu de nous. En est-il donc qui méritent plus nos soins et notre assistance?

Deuxième partie. Pourquoi particulièrement les devonsnous assister? Parce qu'ils sont destinés à combattre l'erreur, et à maintenir, autant qu'il leur sera possible, la religion dans des royaumes hérétiques , où l'Église est persécutée et opprimée. Avant que d'agir, il faut qu'ils se disposent et qu'ils se forment. Voilà pourquoi on les relire dans ce séminahre , établi selon l'idée du concile de Trente : mais de quoi y seront-ils entretenus, si les cliarités viennent à leur manquer? C'est donc à nous qu'ils s'adressent comme l'ange de la Macédoine s'adressa à saint Paul.

La charité, dit-on, ne peut fournir à tout. Faux prétexte : on trouve bien de quoi fournir à tant de dépenses inutiles. Ayons plus de foi et plus de confiance en Dieu. Mais, ajoute-t-on, il faudrait pour cela se retrancher bien des choses. Eh bien! peut-on se les retrancher pour une cenvre plus importante?

ANALYSES DES SERMONS

SUR h\

ATtoH on lÈCUU.

SuiET. Paix et miséricorde à (eus ceux qui observeront cette règle.

Rien de plus important que de mainieuâr la règle dam une cnmoiunauté religieuse.

DiTiuoif . Dans la profession religieuse nous ne pouvons , sans l'obsenration de nos règles , conserver la paix , ni avec Dieu, première partie; ni avec nous-mêmes, deuxième partie; ni avec le prochain, troisième partie.

Première partie. Dans la profession religieuse nous ne pouvons , sans Volifienration de nos règles, conserver la paix avec Dieu. Qu'est-oe que la règle qui nous est prescrite dans la religion? C'est une volonté spéciale de Dieu par rapport à nous et pour nous. Quand donc je m'attache à observer cette règle, je m'unis de volonté avec Dieu, et dès là je suis en paix avec lui. Mais , par un eflfet tout contraire , quand je désobéis à ma règle , je me sépare en quelque sorte de Dieu; par conséquent je romps la paix entre lui et moi.

Si je ne la romps pas absolument, cette paix , parce que la transgression de ma règle ne va pas jusqu'au p^dié mort tel , du moins je la trouble , et j'arrête ahisi le coors des communications et des grâces de Dieu.

Mais, dira-ton, la transgression de la règle n'est pas même une offense de Dieu vénielle : à quoi je réponds que l'infraction de la règle peut n'être pas un péché, prise en dle^uême, et l'être dans ses circonstances. Quoi qu'il en soit, fl suffit que ce soit une imperfection , pour m'empê* cher d'avoir avec Dieu une union aussi étroite que je dds laaoobaiter.

DnmÉiB PARTIS. Dans la profession religieuse nous ne pouvons , sans l'observation de nos règles , conserver la paix avec nous-mêmes. La raison en est que nons avons alors dans nous-mêmes deux esprits tout opposés qui sa tombattent sans cesse : savoir, Fesprit de la règle , et l'esprit de la liberté : Fesprit de la règle, qui nous inspire la soumission ; et Tesprit de la liberté , qui nons porte à l'indépendance. Or, dans cette contrariété , commeot mie âme religieuse aura-t-elle la paix? quelles douceurs goûters-telle? Les douceurs du monde lui sont interdites, et elle se prive des douceurs de la religion.

Aussi rexpérienee nous apprend-elle que , des personnes reUgienses qui se trouvent mal contentes dans leur état , la plupart ne le sont que parce qu'elles ne remfdissent pas assex fidèlement leurs devoirs.

TROisites PARTIE. Dans la profession religieuse nous ne pouvons, sans l'observation de nos règles , conserver la psix avec le prochain , c'est^^dire avec nos supérieurs et avec nos frères. Qu'estes, dans une communauté religieuse , que le supérieur ? c'est le protecteur et le tuteur de la règle. Le moyen donc de hi violer, et d'être en paix avec « lui? Il est obligé d'agir contre les transgresseurs, et d'en venir à des punitions; ces punitions aigrissent les esprits , ot de là les mécontentements mutuels et les divisions. Une sainte régularité entretiendrait entre le chef et les membres une parfiiite hitelligence.

La paix même ne peut longtemps subsister entre les inférieurs et les particuliers qui composent une maison, dès que la i^gle n'y est pas tguôée. 11 n'y a plus d'ordre alors; et sans l'ordre , tout est en trouble. Vérité qoi n'est oonfirinée que par trop d'exemples.

SUR LE RENOOTELLEIlRlfT DBS VDEOX DE RdJClOlf.

SojET. Renouvelez-vous en esprit,

Cest Jésu»Christ même qui nous parle par la bouche de son Apêtre, et qui nous demande un parfait renouvellement d'esprit et de cœur.

Divisioif. Quatre choses à considérer : savoir, comment le renouvellement des vœux honoro Dieu ; comment il noiis sanctifie nous-mêmes; comment Jésus-Christ surtout, présent aux yeux des personnes qui le font, a spécialement droit de l'exiger d'elles ; et conmieot enfin elles n'ont jamais été mieux disposées à le faire dignement.

I. Le renouvellement des vœux honore Dieu. Car renouveler ses vœux, c'est ratifier le premier sacrifice qu'on a fait de soi-même à Dieu , et donner à connaître combien le joug du Seigneur est doux ; combien Dieu est un bon maître, un maître fidèle dans ses promesses et magnifique dans ses récompenses; un maître digne de nos service», puisque, après une longue épreuve, on vent bien tout de nouveau se dévouer à lui.

II. Le renouvelleraent des vœux nous sa^tifie nous-m^mes. En ^et , de la manière dont on le pratique , il entretient dans les esprits et dans les cœurs un souvenir sain taire des obligations qn'on a contractées devant Dieu. Or, ce souvenir est le plus excellent moyen pour se maintenir toujours dans une sainte ferveur.

m. Jésus-Christ, présent à ce renouvellement des Tœux, a un droit spécial de l'exiger des personnes qui le fitat. C'est devant le sacrement do nos autels que se passe cette cérémonie. C'est donc en présence de Jésus-Christ sacrifié pour nous. Or, en cet état, n'a-t-il pas droit d'exiger de noui; sacrifice pour sacrifice?

lY. Jamais les personnes qni font ce renouvellement de leurs vœux , ne furent mieux disposées à le fUre d'une manière digne de Dien. Elles s'y sont préparées par la retraite , par la revue de leurs foutes, par des œuvres de pénitence ; et elles y sont encore animées par la solennité de la cérémonie, et par les exemples les unes des antres.

SDR L'OBÀSSAWK REUCmnSB.

Stuir. Obéissez à vos supérieurs , et soyez-leur soumis.

Cette règle générale que l'Apôtre donnait à tous les fidèles, convient particulièrement aux religieux. L'obéissance est une des plus excellentes vertus de leur état.

DrviBioN. Obéissance de l'action , première partie ; obéissance de la volonté , deuxième partie ; obéissance du jugement, troisième partie.

Première partie. Obéissance de l'action. Elle consiste à fSdre ce qui est ordonné. Obéissance nécessaire en vertu

du VOBU.

Mais de plus, obâssance qui doit être prompte et sans retardement.

Universelle et sans bornes.

Indépendante de toute considération humaine et sans acception de personne.

Telle a été l'obéissance de Jésus-Christ; mais souTcnt ee n'est pas la nôtre. On obéit, mais lentement, msis imparfaitement, mais trop humabeineot

DsDxiftMB partie. Obéissance de la ^okiilé. Sans eette disposition do cœur et eette Tolonté» nous n'avons qu'oïl*}^ obéissance servile et d'esclave. Or, nneiobéisssnce servHe

ANALYSES DES SERMONS

et dVâclave n'est point une obéissance religieuse, ni une vertu. Tout le mérite d'une vraie obéissance est dans le sacrifice de la volonté.

De là trois conséquences : que je dois trembler, quand un supérieur m'ordonne des clioses selon mon inclination et selon mon goût, parce que je dois craindre alors que ma volonté ne soit pas sacrifiée.

Que je dois au contraire me réjouir selon Dieu et en Dieu, quand un supérieur m'emploie à des fonctions qui me murtilient et qui me gênent , parce qu'alors le sacrifice de ma volonté est plus certain et plus excellent.

Que c'est une erreur de croire pratiquer l'obéissance , quand, par des sollicitations et des poursuites, on amène les supérieurs à tout ce qu'on soubaite.

Ce n'est point ainsi que Jésus-Christ a obéi. Il a pleinement soumis sa volonté à la volonté de son Père. Mais , par un étrange renversement, quelle est quelquefois l'obéissance des personnes même religieuses? Une obéissance de respect humain, une obéissance de contrainte, une obéissance d'artifice ou d'une espèce de violence.

Troisième partie. Obéissance du jugement. C'est par là que nous achevons de soumettre tout l'homme à Dieu , en lui soumettant notre esprit et notre entendement. Soumission d'un prix inestimable, et sans laquelle toute notre obéissance, soit de l'action, soit de la volonté, ne peut se soutenir. Car comment ferai-je avec exactitude et avec promplit|^de ce que mon supérieur m'enjoint, et conunent m'y aCfectionnerai-je , si je le condamne dans ma pensée ?

Mais l'obéissance doit-elle être aveugle? Oui. Non pas qu'en certaines conjonctures elle ne puisse découvrir ce qu'elle pense et le représenter, pourvu que ce soit avec humilité et avec docilité. Du reste, dans son aveuglement elle est plas éclairée , plus droite , plus sûre , que toute la sagesse de l'esprit humain. Le supérieur peut se tromper dans ce qu'il me commande, et c'est à lui d'y prendre garde : mais moi je ne me trompe point eu lui obéissant , |)ul>que je fais ce que Dieu veut de moi.

De plus, nous ne pouvons douter que Dieu n'éclaire les supérieurs; et en agissant selon leurs vues, nous agissons spJun les lumières de Dieu. Enfin, nous ne devons pas aisément juger d'eux : car souvent ils ont des raisons trèstoUdes, mais qui nous sont inconnues.

POUR UNE GOMMUIfÀUTÉ DE CARMÉLITES SUR SAINTE THÉRÈSE.

SUJET, n Viendra avec V esprit et la vertu d*ÉUe pour former au Seigneur, un peuple par/ait.

C'est avec ce mème^sprit que Thérèse est venue et pour le même dessein.

Division. Conmient Thérèse , animée du double esprit d'Élie, et réformatrioe d'un gi and ordre, a réformé le corps par la mortification, qu'elle a elle-même pratiquée avec une constance héroïque , première partie ; et comment elle a perfectionné l'esprit par l'usage de l'oraiaon , où elle s'est exercée avec de si merveilleux progrès, deuxième partie.

Première partie. Comment Thérèse a réformé le corps par la mortification , qu'elle a elle-même pratiquée avec une constance héroïque. Son premier désir fut celui du martyre, et c'est pour cela que, dès son enfance, elle quitta la maison de ses parents, voulant aller en Afrique.

Hamenée bientôt dans la maison [)atemoIIe , là elle se €ODdamne à un autre martyre plus rigoureux par sa durée ,

qui est une mortification entière de ses sens. Esprit de pénitence que Dieu lui inspira par un attrait particulier, par des signes visibles et des apparitions.

De là cette devise qu'elle prit : Ou souffrir, ou mourir. Sentiment qui lui fit surmonter tout; et c'est par ce même sentiment qu'une âme religieuse devient yictoriense de tout.

Cependant de son cœur elle fait passer l'amour de la croix dans le cœur d'une infinité d'autres, par la réforme qu'elle établit au Mont-Carmel. RéfQrme qu'elle oppose à la fausse réforme de Luther et de Calvin. Réforme la plus morlifiante , et dont elle porte la première toute l'austérité.

Ce ne fut pas sans de grandes difficultés et de grandes contradictions qu'elle entreprit ce saint ouvrage; maise»fhi elle le conduisit à sa perfection et le déposa , pour ainsi dire, entre les mains de ses filles, à qui elle le confia. Or, elles ne le soutiendront Jamais mieux que parce qui en a été le principe, c'est-à-dire, par la mortification et une pleine abnégation d'elles-mêmes. Quel sujet de reproche , si elles le laissaient déchoir !

Deuxième partie. Comment Thérèse a perfectionné l'es prit par l'usage de l'oraison, où elle s'est exercée avec de si merveilleux progiès. Il s'agit ici de cette oraison extraordinaire , où elle fut ^levée ; et son exemple nous apprend trois clioses : l« par où l'on se doit disposer à ce don de Dieu; 2^ avec quel esprit il le faut recevoir; 3** de quelle manière on en peut faire le discernement.

Elle s'y est disposée par l'oraison commune et ordinaire, où elle a persévéré pendant vingt-deux ans, malgré toutes les aridités et toutes les sécheresses dont elle a été éprouvée de la part de Dieu. Kous , au contraire , nous abandonnons Souvent cette ok-aison commune, ou du moins nous la négligeons , dès que nous y sentons la momdre peine , et qu'il y a la momdre violence à nous faire.

Elle a reçu ce don de contemplation et d'une oraison sublime et extraordinaire , avec humilité , et sans rien perdre d'une docilité parfaite à la conduite de ses directeurs : mais nous , si nous n'y prenons garde , nous nous laissons enfler d'orgueil dès les pre^^ères faveurs que nous recevons de Dieu , et nous ne voulons plus d'autre guide que nousmêmes.

Elle en a fait le vrai discernement par trois signes doq suspects, dont le premier est l'attachement à la foi de PÉglise; le second , la fidélité aux devoirs de son état; et le troisième , l'utilité de ces faveurs célestes dont Dieu la gratifiait C'est aussi, à notre égard, par où nous les pouvons discerner; sans cela, on prend pour vrai don d'oraison ce qui n'en a que l'apparence.

sur la dignité et les devoirs des prêtres.

Sujet. Que vos prêtres. Seigneur, soient revêtus

de justice et de sainteté. <

Rien de plus nécessaire aux prêtres que cette sainteté et cettejustice.

Division. Les prêtres doivent être saints, parce qu'ils sont les sacrificateurs du corps de Jésus-Christ, première partie; parce qu'ils sont les pasteurs de l'Église de Jésus- Christ , deuxième partie.

Première partie. Les prêtres doivent être saints, parce qu'ils sont les sacrificateurs du corps de Jésus-Christ. En cette qualité , ils tiennent la place de Jésus-Clinst , qiri fut

ANALYSES DES SERMOISS.

(iua

lui-iuéme le premier sacrificatenrdegon propre corps , lorsqu'il inslitiia son adorable sacrement. Or, quelle saiuteté est nécessaire pour occuper dignement mie telle place , et pour exercer un tel ministère ? D'autant plus que le prêtre , quoique substitut de Jésus-Christ , a néanmoins dans Texercice de son ministère, une espèce de pouvoir sur Jésus-Christ même.

Quelle dignité ! s'écrie saint Augustin ; c*est en quelque sorte dans les mains des prêtres que le Verbe de Dieu s'intvirne tout de nouveau. L'Église, poursuit ce môme samt docteur, croit en avoir beaucoup dit, quand elle chante qne le Verbe divin n'eut point horreur de demeurer dans le sein d'une vierge , toute sainte qu'elle était. N'est-ce pas le marne Dieu qui descend sur l'autel , et que les prêtres portent dans leurs mains? Combien donc doivent-ils travailler k se sanctifier !

Mais par un étrange abus , on ne voit que trop de prêtres bien éloignés de la sainteté qui leur convient; c'est-àdire, qu'on ne voit que trop de prêtres mercenaires et intéressés, de prêtres ambitieux , de prêtres vains et présomptueux , de prêtres oisifs et voluptueux , de prêtres tout mondains. Honte du christianisme , ou plutôt de ceux qui déshonorent ainsi ce qu'il y a de plus vénérable dans le christianisme.

DEfJxiè» E PARTIE. Les prêtres doivent être saints , parce qu'ils sont les pasteurs de l'Église de Jésus-Christ. Ils réconcilient les hommes avec Dieu , ils confèrent les sacrements, ils remettent les péchés , ils instruisent le peuple de Dieu : car tout cela est renfermé dans ces paroles de Jésns<:;hrist à ses apôtres : Tout ce que vous lierez sur la terre, sera lié dans le ciel; et tout ce que vous délierez sur la terre , sera délié dans le ciel.

Après cela, nous ne devons point nous étonner que les plus grands monarques du monde aient témoigné tant de révérence pour les prêtres. Mais ce qui doit nous surprendre , c'est que ces prêtres , si distingués par leur caractère , ne s'efforcent pas d'avoir toute la pureté et toute la sainteté des anges. Conunent pourrout-ils s'entremettre d'une réconciliation aussi sainte que celle des pécheurs avec Dieu , s'ils sont eux-mêmes ennemis de Dieu ? Commentoseront-ils administrer les sacrements de Jésus-Clirist, et verser sur les fidèles les mérites de son sang avec des mains impures? Comment entreprendront-fls déjuger, de condamner, d'absoudre, dans des dispositions toutes criminelles? Enfin, comment instruiront-ils le peuple de Dieu, en détruisant par leurs exemples ce qu'ils enseignent par leurs paroles?

Car leurs exemples font beaucoup plus d'impression que leurs paroles. Leurs moindres fautes sont remar- «{iK'es , et les scandales des prêtres n'ont que trop de fois Rorvi à autoriser le libertinage des laïques. De là le décri du sacerdoce. De là le compte rigoureux que Dieu exigera «le tant de prêtres. Les saints eux-mêmes en ont tremblé. Terribles paroles de saint Grégoire et de saint Chrysoslôir.c. Avis important du bienheureux Laurent Justinien.

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