SUR L\ PRIÈRE DE JÉSUS-CHRIST OANS LE JARDIN
Sujet. S*étant avancé un peu plus loin , il se prosterna le visage contre terre , priant et disant: Mon père, s'il est possible, faites que ce calice passe, et qu'il ne soit point pour moi ; cependant que votre volonté s'accomplisse , et non la mienne.
Soumission de Jésus-Christ, modèle de la nôtre.
Divisi02«. La soumission chrétienne renferme deux choses , savoir, le sentiment et l'action : le sentiment dans le coeur pour vouloir tout ce que Dieu veut, première partie ; et l'action dans la pratique pour faire tout ce que Dieu veut, deuxième partie. Deux devoirs que Jésus-Christ nous enseigne ici par son exemple.
•Première partie. Soumission dans le sentiment pour vouloir tout ce que Dieu veut. Ainsi Jésus-Christ dans sa prière, 1. se soumet au bon plaisir de son Père : Mon Père, dit-il , qu'il n'en soit pas comme je le veux, mais comme vous le voulez ; % il s'y soumet dans un soulèvement général de toutes ses passions contre lui-même : ennui, crainte , tristesse, agonie ; 3. il s'y soumet dans un délaissement total, à ce qu'il semble, et de la part du ciel, et de la part des hommes; 4. il s'y soumet de telle sorte qu'il agrée tout sans exception et sans réserve.
Vrai modèle d'une sainte soumission. Être soumis au bon plaisir de Dieu , lorsqu'il n'y a rien que de contraire à nos inclinations, être docile et souple sous la main de Dieu, lorsque toutes nos passions se révoltent et se soulèvent ; se conformer à la volonté de Dieu, lorsque Dieu ne nous soutient par aucune consolation sensible, et que le monde nous abandonne; enfin, ne point mettre de bornes à notre soumission et embrasser tout également , sans accepter une chose parce qu'elle nous fait moins de peine , ni rejeter l'autre parce qu'elle nous en fait davantage. Hors de là notre conformité et notre patience ne peut être d'un grand prix, et n'est pas même souvent une vertu chrétienne. Deuxième partie. Soumission dans la pratique et l'action pour faire tout ce que Dieu veut. C'était la volonté de Dieu que Jésus-Clu-ist fût livré aux Juifs et condamné à la mort. Jusque-là cet Homme- Dieu, malgré toutes ses répugnances naturelles, s'était contenté de recevoir là-dessas l'ordre du ciel, parce que le temps de l'exécutioD n'était pas encore venu : mais dès qu'il se trouve à cette heure marquée par son Père, et que les Juifs avancent pour se saisir de sa personne , quel merveilleux changement se fait en lui ! Auparavant , tout soumis qu'il était de cœur, il tremblait néanmoins , il ressentait les plus violentes révoltes , il se troublait et demandait à être délivré de sa passion : mais tout à coup le voilà plein de courage , qui anime ses apôtres , qui sans se cacher, se fait au contraire connaître à ses ennemis, se présente à eux , défend à Pierre de rien entreprendre pour les arrêter, et s'abandonne lui-même entre leurs mains : Tout cela, dit-il , afin que le monde sac fie que j'aime mon Père, et que j'accomplis fidèlement tout ce qu'il lui plaît de m*or donner.
Or, il y a par rapport à nous-mêmes des volontés de Dieu pratiques et qui tendent à l'action : mais les suivons-nous en effet, et agissons-nous conformément à se^ vues? faisons-nous tout ce qu'il veut, et tout ce qu'il nous prescrit dans notre état? Nous manquons à nos plus essentielles obligations. En vain après cela disons-nous tous les jours à Dieu , Que votre volonté soit faite; ce n'est qu'un pur langage.
Il est vrai que cette soumission en pratique et en œuvres demande de la contrainte et de la gêne : mais Dieu neroéi :tet-il pas bien que nous nous contraignions et que nous nous gênions pour lui ? ne lui obéirons-nous que lorsqu'il ne nous en coûtera rien? En quelque conjoncture que ce soit, imaginons-nous que Jésus-Christ nous dit comme aux. pâtres:
ANALYSES DES SERMONS
U'i*eZ'Wms , et marchons, S(NiTenori6*iiouf de la graDdeor du maître que noua serrona, de set promesses et de ses récompenses; et dana la même résolution que saiot Paul» disoDS-luI : Que vouleL-vous , Seigneur, que je fasse?
SUE La TEAHI805 DE JUDAS.
Sujet. Le Sauveur du monde n'avait pas encore achevé déparier, que Judas, Vun des douze apôtres, arrive,^ et avec lui une troupe d'hommes armés , qui étaient envoyés par les princes des prêtres. Or, le disciple quï le trahissait leur avait donné ce signal , et leur avait dit : Celui que Je baiserai est celui que vous cherchez; saisissez-le.
Ces seules paroles expriment assez toute Thorreur de la trahison de Judas.
DiTisiON. Le principe du crime de Judas, ce fut une l»assion mal réglée, première partie; et le comble de son crime, ce fut un STeogle désespoir, deuxième parlle.
PweaifcaB PAiTiE. Le principe du crime de Judas, ce fut une passion mal réglée. Quelle passion? Sa seule aYarice. Se voyant frustré du gain qu'il eût fait , si l'on eût vendu ce parfum que Madeleine répandit sur les pieds de Jésns-Cbrist, et qu'on lui en eût mis Targent entre les mains, il voulut se dédommager, et vendit pour cela Jésus-Christ même trente deniers.
De là concluons trois clioses, qni regardent toute passion en général : combien il est dangereux de fomenter une passion dans notre cueur, puisqu'elle peut nous couduire aux plus grands désordres. Klle a fait de Judas un apostat et un homicide. Aussi quand Dieu a voulu punir les hommes sur la terre, et les plus grands hommes, il n'y a pofait employé de plus terrible châtiment que de les livrer à leurs passions.
Combien il est important d'attaquer la passion de bonne benre , puisque , lorsqu'elle s'est fortifiée ou ne peut , sans une extrême difficulté, la surmonter.
Combien il est nécessaire de n'en épar^er aucune et de les réprimer toutes , puisqu'une seule suffit pour nous perdre. C'est une maladie mortelle , et il ne faut qu'une maladie mortelle pour nous causer la mort. Prière à Dieu.
Deuxième partie. Le comble du crime de Judas, ce fut un aveugle désespoir. Un apôtre réprouvé , quel abtme des jugements de Dieu ! C'est là néanmoins que s'est terminée la trahison de Judas : pourquoi.' Parce qu'il désespéra de la miséricorde de Dieu. 11 fut touché de repentir, mais d'un repentir de démon , parce qu'il n'était pas accompagné de l'espérance chrétienne. Il reconnut son péché, mais il ne I reconnut pas en même temps , remarque saint Bernard , la | bonté de Dieu envers les pécheurs. Il rendit le prix pour | lequel il avait vendu son maître; mais , dit scint Augustin , il ne fit point attention au prix dont son maître l'avait racheté. C'est ce qui le porta à ce dernier attentat , où s'arrachant lui-naêrne la vie , il consomma son éternelle damnation.
De là apprenons , 1 . à craindre Dieu , et à opérer notre aalut avec tremblement, en quelque état et en quelque IMTofession qne nous soyons ; 2. à ne point séparer la coufiance de la crainte, mais à espérer toujours en Dieu, quelque pécheurs que nous ayons été. Le plus grand artifice de Tesprit séducteur est de nous donner de la confiance «^ ant le péché , et de nous l'ôtcr après le péché. Tant que
le péchenr se confiera eo la grAce divine , ce aéra toujours
pour lui une ressource , parce qne ce sera OB molir capable de rattirer à Dieu, et de lui faire prcodie une aaiote résolution de te convertir.
sua LB aKIlUBIEWT M SÂOIT HEUB.
Swrr.Quelque temps après, ceux qui se trouvèrent là dirent à Pierre .Assurément vous éte$dece$gens4à; carvousétes aussi de Galilée. Maisii wewUià/ain des imprécations, et à dire avec sentent: Je ne eoi|. nais point cet homme-là dont vous me parlez.
Cest ainsi que l'on renonce encore Jésua^brist , Jusque dans le christianisme.
Division. Jésus^^hrist renoncé par les mauvais chiétienf, première partie ; les mauvais chrétiens renonces pv Jetas- Christ , deuxième partie. Deux vérités affligeantea, qoe le reniement de saint Pierre nous donne lic^i de conaidéBer.
PasinÈRS PAETK. Jésus-Christ renoncé par les maoraii chrétiena. Faiblesse de Pierre , qui , malgré toutea les protestations qu'il avait faites au fils de Dieu d'une lidélilé inviolable, le méconnut dans l'occasion et le renonça. Aiaa le renoncent tant de mauvais chrétiens.
Renoncement le plus universel. Car on le re&ooee ea tout. C'est-à-dire , dans sa vie et ses exemples : on ne vent point s'y conformer. Dans sa mort et dans sa croix : c'est souvent pour nous, tout à la fois, et une folie et un sandale. Dans son Évangile et sa morale : on suit la monle du monde préférablement à la sienne. Dans ses sacremeaU, et surtout dans celui de son corps : on le désbonoie par mille immodesties, i)ar mille abominations, par un délaissement presque total. Dans ses disdples et ses sectateurs : on les méprise et on en raille.
Renoncement le plus criminel. Pierre fut d'autant plus coupable en renonçant Jésus -Christ, qu'il était un de ses apôtres; et ce qui nous rend plus criminels quand nous renonçons ce Dieu sauveur, c'est la quaUté de chrétiens dont nous sommes revêtus. Nous tombons alors dans une contradiction où ne tombent ni les infidèles même, ni les hérétiques.
Deuxième partie. Les mauvais chrétiens renonces par Jésus-Christ. Il n'en fut pas ainsi de Pierre, parce que «a pénitence répara son péché. Mais comme les mauvais chrétiens ajoutent à leur péché Timpénilence, ils verront s'accomplir à leur égard cette terrible menace de l'Évangile, où il est dit du. Fils de Dieu , qu'il' sera la ruine de plusieurs, même en Israël.
Dès sa vie mortelle, il a commencé à contredire et à renoncer le monde et les partisans du monde : mais c'est dans son jugement dernier qu'il les renoncera avec plus d'éclat.
Or, entre ses ennemis qu'il réprouvera, il n'y en aura point qu'il traite plus rigoureusement que les mauvais chrétiens : pourquoi? 1. parce qu'ils auront été les plus rebelles ; 2. parce qu'ils auront été les plus ingrats; 3. parce qu'ils auront eu plus de part aux avantages de sa loi. Voilà ce que nous ne pouvons prévenir avec trop de soin, sur le soufflet donné a Jésus-christ devant lb grand