‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 2)Chapitre 399 sur 408 · SUR LES FAUX TÉMOIGNAGES RENDUS CONTRE JÉSUS-CHRIST · texte numérisé non relu

SUR LES FAUX TÉMOIGNAGES RENDUS CONTRE JÉSUS-CHRIST

Sujet. Plusieurs rendaient de faux témoignages con» très Jéms , et tous ces témoignages ne s'accordaient point.

Voilà ce qui nous arrive à nous-mêmes en tant de médisances que nous faisons du prochain.

Division. Désordres de la médisance en celui qui la fait , et qui souvent ne se rend pas moins coupable que ces faux accusateurs qui témoignent contre Jésus-Christ , première partie. Désordre de la médisance en cehii qui l'écoute, et qui souvent n'est pas moins condamnable que Caîphe et que tout son conseil , qui |)rêlent si volontiers l'oreille aux accusations formées contre Jésus-Christ, deuxième partie.

PREMiimE PARTIE. Désordrc de la médisance en celui qui la fait, et qui souvent ne se rend pas moins coupable que ces faux accusateurs qui témoignent contre Jésus- Christ. Ces accusateurs du Fils de Dieu avancent contre lui mille impostures : et rien ne nous est plus ordinaire dans nos médisances, que d'y mêler des faussetés : car II n'y a guère de médisances ou la vérité ne soit blessée en quelque manière. Si ce n'est pas toujours à l'égard du fond des choses , c'est au moiiLS à l'égard des circonstances.

Ces accusateurs du Fils de Dieu veulent le noircir dans l'esprit de ses juges et le faire condamner ; et Pinjustice de la médisance est de s'attaquer à fa réputation d'autrui et de la détruire dans l'estime publique. Injustice d'autant plus griève , qu'elle ravit au prochain , de tous les biens naturels, le plus précieux , le plus délicat, le plus difficile et à conserver, et à réparer, qui est l'honneur.

Ces accusateurs du Fils de Dieu n'agissaient que pnr passion ; et le principe le plus commun de tant de médisances où l'on se porte , n'est-ce pas une secrète passiou qui nous anime? C'est une vengeance outrée, une haine envenimée, une aveugle antipathie , une jalousie mortelle, un esprit d'intérêt, une iiuineur cliagrhie et critique, un zèle mal entendu , une envie démesurée de parler, une légèreté indiscrète et sans réflexion.

DEUxiàiMC PARTIE. Désordrc de la médisance en celui qui l'écoute, et qui souvent n'est \\as moins condamnable que Caîphe et tout son conseil , qui prêtent si volontiers l'oreille aux accusations formées contre Jésus-Christ. Écouter volontairement la médisance et sans nécessité, c'est y participer, c'est la favoriser et la fomenter. Or, participer à un pédié, le favoriser et le fomenter, c'est sans contre<lit un péché. Si chacun faisait son devoir à regard du médisant, et qu'on refusât de l'entendre, il serait obligé de se taire.

Voilà néanmoins de quoi l'on ne se fait nul scrupule. Content de n'être point auteur de la médisance , on ne compte pour rien de l'écouler. On l'écoute avec indifTiv rence, on l'écoute avec complaisance, on l'écoute par un respect humain et une lAche condescendance , on l'écoiire par une vaine curiosité , et ce qu'il y a de plus crimtnerj on l'écoute par une secrète malignité.

ANALYSES DES SERMONS

PréfterTODt-Dous donc de la médiftance, comme du poison le plus mortel, soit pour celui qui la Tait, soit pour celui qui Técoule. Quels maux ne cause-t-elle pas? DA reste, si elle nous attaque, imitons la patience de Jésus- Christ.^

iCU LE JL'CEIIENT DU PEUPLE CONTRE JÉSfS-CIIUlST , EX FAVEUR DE BAR4BBAS.

St'iET. Pilale leur dit : Qui voulez-vous qu*on vous remclle des deux? liarabbas, direnl-ils. Pilote leur repartit: Que fer ai -je donc de Jésus, qu'on appelle Christ ? Tous lui repondirent : Qu'il soit crucifié.... Que son sdnj retombe sur nous et sur nos enfants.

Image naturelle clu p^'lu; et du futciieur qui le commet.

Division. Malice du pédié, pretniôie partie. Peine du pécUé, deuxicnnî parlitî. L'une et l'autre ne se trouvent ici que trop bien exprimées.

PuEuiÈKE l'ARTiE. Malice dn \)hM. Les Juifs renoncent Jésus-Christ, ot lui pnTî^rent !iurabbas , malgré toutes los instances et toutes b'snMnonlrancos de Piiate.

Ainsi par' le lulclié sacrilions-nous à nos passions tous les intérêts de Dieu. Car qu'est-ce que le péché? Une préférence refus4*c à Dieu et donnée à la créature. On dit comme les Juifs : 0 lez-moi ce Dieu dont la loi m'importune, et laisse/.-niui mon plaisir, dont j'ai fait ma divinité.

Kt il no faut point rôponuic qu'on n'y procède pas communément avec tant de délibération, et qu'on ne fait point ces réncxions. Car, I . combien de pécheurs les font en effet, et pèchent d'une volonté délibérée? 2. Si d'autres pèchent avec moins d'attention , peuvent ils tirer avantage de leur inadvertance et de leur légèreté dans un sujet qui demandait toute leur vigilance et toute leur précaution?

De tout ceci concluons que l'énormité du péché est aussi grande par proportion , que Dieu est grand et au-dessus de tout être créé. Pour la comprendre tout entière , il faudrait être en état de comprendre ce que c'est que Dieu.

Deuxième partie. Peine du péché. En conséquence du crime des Juifs, lorsqu'ils renoncèrent Jésus-Christ et cprils lui préférèrent Barabbas , le sang de cet Homme- Dieu est relond)é sur eux et sur toute leur postérité.

De là tous les maux dont cette malheureuse nation a été afnigée, et l'est encore : 1. ruine temporelle; 2. aveuglement spirituel; 3. réprobation éternelle.

Voilà, dans une comparaison qui n'est que trop juste, h quelles vengeances de la part du ciel et à quels châlimenta le péché ih>us expose. Pour nous en préserver, que nous resle-t-il? Contiilion, réformation de vie, satisfaction.

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