SUR LE TRÉSOR CACHÉ DANS LA RELIGION
nioude ne se font pas même un scrapule ; je dis plus, dont les dévots même du monde ne sont pas toujours ennemis. Espérer de Ty trouver, ce serait contredire le Saint-Esprit, et en appeler de Parrét qu'il a prononcé : ?fon inveniturin ferra suaviter viventium; Non, ce renoncement à soi-même, ce cruciGement • de la chair, cette mortiOcation de Pesprit, qui est la vraie sagesse des élus, ne se trouvent point parmi ceux qui affectent de mener une vie commode et aisée. Ne cherchons point Tesprit chrétien dans ces états du monde où Tambition et la cupidité dominent. Si je voulais ici les parcourir tous, je vous y ferais voir tout le christianisme si déGguré, qu'à peine le distinguerait-on du paganisme, même corrompu. Laissons là le monde profane. Mais pour trouver le trésor que nous cherchons , entrons en esprit dans ces sanctuaires de la virginité, fermés pour le monde ; dans ces cloîtres consacrés à la retraite, et où les épouses de Jésus-Christ font leur demeure. Pour ne nous y méprendre pas, arrêtons-nous à ceux où Pesprit de Dieu paraît plus régner, à ceux dont nous savons mieux que Pesprit du monde est banni , à ceux où la règle est dans sa vigueur, à ceux dont Péclatante sainteté, de notre propre aveu , nous édifie. Ne sortons point de celuici , connu pour être , sans contredit , en possession de tous ces avantages. Cest ici que nous découvrons le trésor évangélique ; et , sans le chercher plus loin, c'est ici que nous trouvons le christianisme, non point en spéculation ni en idée, mais en substance et en pratique.
En effet, mes chers auditeurs ( car il est important d'approfondir cette vérité) , en quoi consiste, à le bien entendre , ce christianisme , qui est par excellence le don de Dieu ? Dans des choses inconnues au monde, et qui pour les hommes du monde sont autant de trésors cachés : je veux dire dans la béatitude de la pauvreté, dans la gloire de Phumilité, dans le goût et Pattrait de Paustérité. Voilà ce que te monde ne connaît pas , et à quoi , selon l'Évangile , se réduit néanmoins le royaume de Dieu que je vous prêche. Je m'explique : dans le monde on trouve des pauvres, mais qui s'estiment malheureux de Pêtre ; dans le monde on voit des hommes humiliés , mais qui ont en horreur Phumiliation; dans le monde, on souffre, mais on est au désespoir de souffrir, et on fait toutes choses pour n'y souffrir pas. Or, rien de tout cela n'est le christianisme dont il est ici question : avant Jésus-Christ , il y avait des pauvres sur la terre, comme il y en a encore, et en aussi grand nombre ; mais cette pauvreté n'était pas celle que le Fils de Dieu voulait établir parmi les hommes, ni par conséquent celle qui devait faire leur bonheur dans cette vie , et leur mérite pour parvenir à la vie éternelle. Car on ne trouvait sur la terre qu'une pauvreté forcée; et celle qu'y voulait établir Jésus-
Christ devait être une pauvreté volontaire , une pauvreté de cœur, une pauvreté désirée, choisie, embrassée par état et par profession. Or, il est évident que la pauvreté avec toutes ces conditions ne se trouve point dans le monde; c'est dans la religion, dit saint Bernard, que se vérifie clairement et sensiblement ce divin paradoxe du Sauveur : Beatipauperc5. (Matth., 5.) C'est laque par choix, et même par vœu , on se fait un bonheur de n'avoir rien , de ne posséder rien, de n'espérer rien; là que se trouvent des pauvres évangéliques, héritiers du royaume céleste. Combien de fidèles se sont tenus heureux dans cette vue, de quitter tout et de se dépouiller de tout? Le monde les a traités de fous et d'insensés; mais une partie de leur béatitude a été d'être réputés fous et insensés dans Popinion du monde , pourvu qu'ils eussent Pavantage d'être les imitateurs de la pauvreté du Dieu qu'ils adoraient. Le comble de leur bonheur a été d'être persuadés, comme Moïse, que la pauvreté de Jésus-Christ était pour eux un pluâ grand trésor que toutes les richesses de l'Egypte; et c'est ce qu'ils n'ont trouvé que dans la religion.
Il en est de même de la gloire de l'humilité. Autre paradoxe de PÉvangile : rien de plus commun dans le monde que Phumiliation ; mais en même temps , rien dans le monde de plus rare que l'estime et l'amour de Phumiliation. Des mépris, des disgrâces, des rebuts, des traitements indignes à essuyer, mais tout cela accompagné de chagrins, de dépits, de murmures : voilà ce que produit le monde. Des hommes, par les révolutions de la fortune, abaissés et anéantis; mais jusque dans l'abaissement et Panéantissement, des hommes orgueilleux et superbes: voilà de quoi le monde est rempli. Où se glorifie- t-on sincèrement d'être humilié? Dans la religion; où l'on n'a point d'autre ambition que de n'en point avoir, point d*autre prétention que de ne prétendre rien : où Pâme chrétienne, surtout dans la solennité de son sacrifice , peut dire encore mieux que David : J'ai choisi d'être la dernière dans la maison de mon Dieu, et le (fhoix que j'en ai fuit est celui que j'accomplis aujourd'hui en me séparantdu monde. Combien de grands, revêtus des honneurs du monde, se sont fait un honneur plus grand d'y renoncer, pour parvenir à cette gloire? combien de vierges distinguées par leur naissance ont méprisé les établissements du monde les plus capables de flatter l'amour-propre, pour être les épouses d'un Dieu humble, en prenant le voile sacré? voilà ce que j'appelle le trésor de PÉvangile.
Que trouve-t-on enfin dans le monde? vous le savez, des croix sans onction, des souffrances sans consolation , une pénitence et une austérité sans mérite ; et quel est le partage de ceux qui s'attachent au monde? Pesclavage et la servitude, un éternel assujettissement aux lois dures et tyranni-