‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 2)Chapitre 6 sur 408 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

S'assurer un trésor, quand on l'a trouvé, c'est à quoi nous porte le premier instinct de la cupidité; et lorsqu'il s'agit d'un trésor de biens spirituels, c^est à quoi le zèle de la charité , que nous nous devons à nous-méme, doit premièrement et soigneusement pourvoir. Car malheur à nous qui sommes, en qualité de chrétiens, les enfants de la lumière,

si nous avions là-dessus moins de prudence que les enfants du siècle ! J'en conviens, mes chers auditeurs, le christianisme où Dieu nous a appelés, est pour nous un trésor de grâces. Mais par une fatalité qu'il ne sufOt pas de déplorer, si nous n'avons soin de nous en garantir, ce trésor de grâces, selon les caractères différents de ceux qui le trouvent, ou qui prétendent l'avoir trouvé , est exposé dans le monde à trois grands dangers : car pour les âmes vaines et dissipées , il est exposé à la corruption du monde; pour les âmes faibles , quoique d'ailleurs touchées de Dieu , il est expose à la crainte des railleries et des persécutions du monde; et le dirai-je.^ pour les âmes même parfaites, il est exposé à la vanité, qui est lepernicieuxécueil de toutes les vertus du monde. Trois dangers dont Thomme chrétien doit mettre à couvert sa religion , qui est son trésor , trois dangers qu'il n'évitera jamais qu'en se séparant du monde , non-seulementd'espritetdecœur, mais, autantqu'il est nécessaire et que sa condition le peut permettre, de commerce et de société ; et trois dangers contre lesquels la profession religieuse est un préservatif comme infaillible, puisqu'il est vrai, selon la remarque de saint Bernard , que dans l'état religieux on pratique le christianisme aisément, librement et sûrement : aisément, sans être dans la nécessité de combattre toujours les maximes du monde corrompu; librement, sans être sujet à la censure du monde, ennemi et persécuteur de la piété ; sûrement, sans craindre l'ostentation et sans avoir à se défendre de l'orgueil secret , qui est la tentation ordinaire du monde, même leplus régulier. Appliquez* vous, chrétiens , et pendant que je vous fais voiries avantages de ceux qui renoncent au monde pour suivre Jésus-Christ, concevez bien l'obligation où vous êtes de vous tenir en garde contre le monde, si vous y voulez conserver cet inestimable trésor du christianisme , dont la possession vous doit être plus chère que la vie.

11 faut pour cela se préserver de la corruption du monde. Première vérité, dont la pratique est un des plus sûrs moyens du salut. Car, comme raisonnait saint Chrysostôme , il n'est point nécessaire d'être né vicieux , ni d'avoir un mauvais fonds d'esprit ou de naturel , pour être exposé dans le monde à l'air contagieux que l'on y respire. Pour peu qu'on manque de vigilance et d'attention sur soi-même, avec de bonnes inclmatîons, avec de bons principes et une bonne éducation , avec de bonnes intentions même , on se perd dans le monde, et on s'y corrompt; il suf-* fit d'y être dissipé, pour être en danger de s'y perdre. Et en effet , cessez d'y marcher avec cette circonspection que demande 1 apôtre , et qui doit aller jusqu'au tremblement, dès là Tesprit du monde s'empare de vous , dès là vous en prenez les impressions , dès là, par un progrès presque insensible, de chré-*

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