SUR LE TRÉSOR G4CUÉ DANS LA REUGION
ti«n que vous étiex , vous devenez mondain et vous vous pervertissez , sinon par les mœurs et par les actions, au moins par les sentiments. Qui me donnera , s'écriait David , en vue d'une si dangereuse corruption , qui me donnera les ailes de la colombe , aGn que je prenne mon vol et que je cherche en m'élevantun air plus épuré? Quis dabit mihi pennas siaU columbœ , et volqbo et requiescam, {Ps, 54.) Ah! Seigneur, ajoutait ce saint roi , vous m'en avez appris le secret : c'est de me séparer du monde, et de me renfermer dans une sainte retraite , où , dégagé des objets créés , et occupé de vous , j*éloigne de moi tout ce qui pourrait altérer l'innocence de mon âme, et donner quelque atteinte à mon cœur : EcceelongavifugiensetntansiinsoUtudine. (Ibid. ) Or voilà, mes chers auditeurs, ce que fait l'âme religieuse : convaincue qu'elle est de la malignité du monde, et persuadée de sa propre fragilité; simple comme la colombe, mais, dans sa simplicité même, prudente comme le serpent, elle se sauve en fuyant et en s'éloignant : Ecce etongavifugiens. Elle fuit le monde, tandis que vous avez la présomption, je ne dis pas d'y demeurer, mais de vous y plaire, de vous y aimer, de vous y intriguer, de vous y pousser, et malgré tout cela de vous y croire en sdreté ; elle s'en éloigne, tandis que vous y entretenez des liaisons etdes habitudes où succomberait la vertu des saints et même la vertu des anges. Dépositaire, comme chrétienne, du don de la foi, qui est le trésor que Dieu lui a confié , pour ne pas risquer ce trésor, elle te renferme, et elle se renferme avee lui dans la solitude qu'elle a choisie pour sa demeure : Et mansi insoUtudine. Voilà le parti que la prudence du salut lui fait embrasser-, et si vous agissez comme elle par l'esprit de Dieu, malgré les prétendus engagements de vos conditions , voilà en quoi , par proportion, chacun de vous doit Timi ter. Dounons plus de jour à cette pensée.
Le monde, dans son désordre même, ou plutôt par la raison même de son désordre , a ses maximes et ses lois essentiellement opposées à celles de Dieu. Cependant, parce qu'on est du monde, on croit ne pouvoir pas se dispenser d'obéir à ces lois; et ce qui est encore bien plus déplorable, d'y accommoder jusqu'à sa religion. Ces lois du monde se trouvent confirmées par des usages qui sont autant d'abus, autorisées par des exemples qui sont autant de scandales , fortifiées par des occasions qui sont autant de tentations et de tentations les plus ▼iolentes. Mais parce qu'on est du monde , on se fait malheureusement un point de sagesse de vivre selon ces usages, une nécessité de se conformer à ces exemples, un capital intérêt de rechercher ces occasUms : faut-il s'étonner si la corruption qui s'en- .mit delà est un mal universel.' Je sais que qui en m» de la sorte n'est plus chrétien que de nom ; et
je sais que la première loi du christianisme est de contre dire les lois du monde, d'aller contre le torrent des coutumesdu monde , d'être pour cela, s'il le fout, singulier dans le monde; afin de pouvoir dire comme David : Singulariser sum ego donec Iran* eam. {Ps. 140.) Mais qui le fait, et où est l'âme assez heureuse pour être dans ces dispositions? C'est vous , digne épouse de Jésus-Christ, qui , renonçant au monde, allez pour jamais vous engager d.nns un état de vie , où ces dispositions , quoique héroïques , vous deviendront comme naturelles : dans un état où l'Évangile est la seule règle que vous aurez à observer; ou vous n'aurez qu'à suivre la coutume pour marcher dans la voie de Dieu, et pour vous sanctifier; où il ne se présentera à vos yeux que des objets qui vous détermineront a faire le bien; où» parl'éloignementdes occasions, vous vous trouverez dans une espèce d'impuissance de faire le mal; où nul scandale ne vous troublera , où nulle fausse maxime ne vous séduira, où les exemples vous soutiendront, où les conversations vous édifieront. N'aije donc pas raison de conclure que par là vous vous assurez ce précieux trésor de la grâce qui vous fait chrétienne?
Ce n'est pas tout : dans le monde , les choses même indifférentes de leur nature, par une maligne qualité que leur communique le monde, corrompent lecœur de l'homme. Car, comme a très-bien observé saint Chrysostôme, on se perd dans le monde par les richesses, et on s'y perd par la pauvreté; l'élévation y fait naître l'orgueil , et l'humiliation y jette dans le désespoir; on y abuse de la santé, en la faisant servir à ses plaisirs , et l'infirmité y est un prétexte pour vivre dans l'impénitence; mais rien de semblable dans la religion : pourquoi ? parce que la religion, par une grâce qui lui est propre, fait de ces choses indifférentes autant de moyens efficaces pour arriver à sa tin. C'est dans la religion que tout contrmue au salut et au bien des élus du Seigneur ; c'est là que Ton se sanctifie par les richesses en les sacrifiant à Dieu, et par la pauvreté en l'embrassant et la professant pour Dieu; là que les exercices humiliants servent de fond aux plus sublimes vertus, et que les honneurs dont on se dépouille , rendent l'humilité plus méritoire; là que Ton immole sa santé à l'austérité d'une règle, et que l'on se perfectionne par la maladie, en s'accoutumant et en apprenant chaque jour à mourir; car voilà les véritables et incontestables privilèges de la vie religieuse : et de là quelle assurance pour y conserver purement et inviolablement l'esprit chrétien! Il y a plus encore . dans les devoirs même les plus légitimes, les chrétiens du siècle trouvent des pièges et des embûches queleur dresse l'ennemi de leur salut. Combien de pères et de mères réprouvés dans le christianisme par l'amour désordonné qu'ils ont eu