SUR LE TRÉSOR CACHE DANS LA REUGION
pour leurs enfants? combien de femmes chargées de crimes devant Dieu par la complaisance sans bornes et rattachement aveugle qu'elles ont eu pour leurs maris? Il n*y a que vous, ô mon Dieu, qui sachiez jusqu'où s'étend cette corruption du monde. Mais c'est encore par là, mes chères sœurs, que nous devons, vous et moi, estimer la grâce de notre vocation , puisqu'en nous retirant du monde elle nous délivre pour jamais de ces devoirs qui , quoique justes, n'auraient pas laissé de nous partager entre Dieu et la créature Une épouse du siècle , dit saint Paul , est occupée et le doit être du soin de plaire à son époux : devoir saint, mais, tout saint qu'il est , joint souvent au danger de déplaire à Dieu. Celle qui s'attache au Seigneur, n'a que le Seigneur à qui plaire. Ainsi elle n'est point divisée, et toutes ses obligations se trouvant réunies dans une seule dont Dieu est l'objet, elle marche avec une sainte conGance, parce qu'elle n'a plus même besoin de tant de discernement , ni pour modérer ses affections , ni pour régler ses actions. Ses affections, du moment qu'elles ont Dieu pour terme, ne sont pi us capables d'excès, et ses actions sont plus que suffisamment réglées par l'état auquel elle se fixe : la voilà donc, et le christianisme avec elle, à couvert du monde corrompu. Allons plus avant.
On voit dans le monde, quoique corrompu , des âmes bien intentionnées, des âmes touchées de leurs devoirs , et qui voudraient de bonne foi chercher le royaume de Dieu ; mais elles sont faibles, et un des effets de leur faiblesse est de ne pouvoir soutenir la censure d'un certain monde libertin et ennemi de la piété ; elles n'osent se déclarer chrétiennes , parce qu'elles craignent de passer pour dévotes et d'avoir à essuyer la raillerie; d'être traitées ou d'hypocrites, ou de petits esprits : lâches esclaves du respect humain, qui semblent n'avoir de religion qu'autant qu'il plaît au monde qu'elles en aient. N'est-ce pas là, mes chers auditeurs, un des scandales du christianisme dont vous avez le plus à vous garantir? car ce n'est pas assez pour le salut, d'être chrétiens, H faut le paraître, il ne faut pas rougir de l'être, il faut faire voir qu'on l'est , il faut pour cela mépriser le monde et ses jugements, et être persuadé que sans cela l'on ne doit attendre de Dieu qu'une aftreuse malédiction : Quimeerubuerit, huncFilius hominis embescet, (Lie, 9.) Mais qu'y a-t-il de plus rare dans le siècle où nous vivons, que ces âmes libres et affranchies de la servitude du monde ? Dans la profession religieuse, nul pareil danger : on n'y craint ni le monde, ni la censure du monde; on y sert Dieu sans être contredit des hommes , on y est chrétien en liberté, on n'y rougit point de souffrir une injure sans se venger, on y est humble et patient sans être accusé de bassesse de cœur. La censure même du monde y est une espèce de
secours pour la pratique du christianisme : pourquoi? parce que nous voyons que le monde, au moins équitable en ceci , ne censure les religieux que quand ils viennent à oublier ce qu'ils sont, et ne les honore que quand ils sont parfaitement ce qu'ils doivent être : autant qu'il a de malignité pour critiquer et railler ceux qui, demeurant dans le monde, y veulent être exactement et régulièrement chrétiens, autant a-t-il de mépris pour ceux qui, ayant quitté le monde, voudraient encore être mondains. Du moment que nous sommes religieux , le monde, mes chères sœurs, tout monde qu'il est, exige de nous une vie exemplaire et irréprochable ; le monde, tout perverti qu'il est, ne nous estime qu'à proportion qu'il nous croit saints, et il n'a de respect pour nous qu'autant que nous lui paraissons avoir d'éloigiiement pour lui. Peut-on se trouver selon Dieu dans une situation plus avantageuse?
Enfin, pour les âmes même parfaites , le christianisme est encore exposé dans le monde : et à quoi ? aux louanges, aux applaudissements, à la vanité, ennemis souvent plus dangereux que toutes les persécutions du monde; mais où se sauve-t-on de leurs attaques? Dans la religion , où, par une protection particulière de Dieu, ils n'ont presque point d'entrée : car, comme disait saint Bernard , prouvant cette vérité par une opposition sensible et convaincante , qu'un chrétien engagé dans le monde fasse la moindre partie de ce que font communément les religieux, on l'admire et on le canonise ; au lieu que les religieux n'en reçoivent nul éloge, parce qu'on suppose qu'ils ne font que ce qu'ils doivent. Or voilà, mes frères, reprenait saint Bernard, ce que nous avons gagné en quittant le monde, de n'être pas estimés saints avant que nous le soyons, ni même quand nous le sommes. Un religieux tiède , en pratiquant ce qu'il pratique, serait , malgré sa tiédeur, regardé dans le monde comme un chrétien parfait ; et un chrétien dans le monde censé parfait , avec sa prétendue perfection , à peine serait-il supporté dans la religion. D'où vient cela? c'est que dans la religion, bien de la régularité, bien de l'humilité, bien de la piété, n'est presque compté pour rien; au lieu que dans le monde, peu, et souvent rien, estcompté pour beaucoup. Combien d'âmespures et élevées segâtcnt tous les jours dans le monde, par la complaisance secrète qu'elles ont pour elle-mêmes, et par le faux encens que le monde donne à leur vertu ? Sans parler de celles qui ne sont dévotes que par ostentation , et qui par là ne le sont pas, combien en voit-on que la dévotion, sans qu'elles s'en aperçoivent, rend au moins intérieurement vaines et présomptueuses? Combien de pécheresses converties se sont laissé éblouir de l'éclat même de leur conversion, et eu ont ainsi perdu le fruit? Car il ne suffit pas, dit un grand pape, d'être en garde contre les tentations