‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 2)Chapitre 78 sur 408 · SUB L'OBÉISSANCE RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

SUB L'OBÉISSANCE RELIGIEUSE

EXHORTATION

SUR

L'OBÉISSANCE BELIGIEUSE.

Obeditê prmponiiê veitris, et tubjaeele eit, Obélseei à voi sapérieun, et soyez-leur soumis. Éptin aux Hébreux, cbap. 13.

C'était une règle générale que prescrivait Tapôtre à tous les fidèles , d'obéir aux puissances et de se soumettre sans distinction à toute personne établie de Dieu pour la conduite et le gouvernement du monde. Mais cette règle commune est pour nous, mes chères sœurs, un devoir particulier à l'égard de ces supérieurs dont nous reconnaissons l'autorité légitime, et à qui nous nous sommes assujettis par un vœu authentique et solennel. De tous les vœux qui nous engagent à la religion, c'est sans doute le plus parfait ; et il en est, en quelque manière, de l'obéissance par rapport à la pauvreté et à la chasteté religieuse, comme il en est, selon saint Paul, de la charité par rapport à la foi et à l'espérance. I.a charité est au-dessus de ces deux vertus, quoiqu'elles la précèdent : Mc^or autem horum est charitas (1 . Cor, y 1 3) ; et malgré tous les avantages de cette pauvreté évangélique que le Fils de Dieu a béatifiée ; malgré toutes les prérogatives de cette diasteté qui rend l'homme semblable aux anges, il ÎBxxX convenir que Tobéissance est une vertu souveraine , et qu'elle tient dans l'estime de Dieu le premier

rang. Il est donc d'une conséquence infinie que vcas appreniez a la pratiquer; et pour vous tracer en trois mots tout le plan de cet entretien , je m'arrête à l'observation de saint Bernard ; car il y a, remarque cet incomparable maître de la sainteté monastique et régulière, trois degrés, ou, pour parler plus juste, trois espèces d'obéissance : l'obéissance de l'action, l'obéissance de la volonté, et l'obéissance du jugement. Obéissance de l'action , qui nous fait exécuter ce qui nous est ordonné; obéissance de la volonté, qui nous fait conformer notre volonté à ce qui nous est ordonné; obéissance du jugement, qui nous fait approuver ce qui nous est ordonné. Trois sortes d'obéissance où le religieux sacrifie tout à la fois à. Dieu ses œu\Tes, son cœur« son esprit. Par l'obéissance de l'action, il lui sacrifie ses oeuvres ; par l'obéissance de la volonté, il lui sacrifie son cœur; et par Tobéissance du jugement, il hii sacrifie son esprit. Voilà, mes chères sœurs, ce que Dieu attend de nous, et à quoi je viens aiyourd'bui vous exhorter.

PREMIÈBE PABTIE.

De tous les degrés d'obéissance , le prenier et tout ensemble le dernier, est ce que j'appelle , après saint Bernard , l'obéissance de l'action. C'est le premier degré, puisque c'est parla que le religieux doit commencer , et qu'il ne peut être obéissant fX soumis, s'il n'accomplit , autant qu'il lui est possible* et selon qu'il lui est possible, l'ordre de son supérieur. Mais dans un autre sens , c'est le dernier degré, je veux dire, le moins parfait, puisque cette action , cette exécution pure et simple n'est encore proprement que le corps de l'obéissance , et qu'il y a , comme nous l'expliquerons dans la suite, un esprit qui doit l'animer et la vivifier.-

Quoi qu'il en soit, mes chères soeurs, cette première obéissance est absolument nécessaire et d'une obligation indispensable : comment cela? Vous l'entendez, ce me semble assez. Car je sais bien« elje conviens avec vous, qu'antécédemment à l'état que vous avez embrassé , ces règles , ces observances , ces volontés d'autrui à quoi vous êtes sujettes, n'étaient point des devoirs pour vous. Je sais de plus, et je reconnais à votre gloire, ou plutôt à la gloire de Dieu qui vous a inspirées et appelées, que si vous vous êtes assujetties à ce joug de l'obéissance religieuse, c'est de vous-mêmes et avec une pleine liberté. Mais aussi , vous n'ignorez pas qu'en conséquence du choix que vous avez fait, qu'en conséquence du vœu que vous avez prononcé , ce qui vous était libre, vous est devenu d'une nécessité rigoureuse; que vous avez renoncé à tout droit sur vos personnes et sur votre conduite; que vous l'avez cédé, déposé entre les mains des ministres de l'Église, qui, solennellement et à la face des autels.

SUR L'OBÉISSANCE REUGIËUSE.

aa nom de Dieu et au nom de la religion , ont reçu Totre sacrifice. D*où il s'ensuit que vous n'êtes plus à TOUS , mais au saint ordre où vous vous êtes dévouées, Aon esHs vestrUi. Cor., 6); que vous êtes liées par votre profession encore plus particulièrement et plus étroitement que ne Test le reste des chrétiens par les promesses du baptême, Propria pro/euUme teneris (Bebn.); eo un mot, que vous êtes dépendantes : or, dépendre, c'est, selon la plus claire notion et la plus évidente, être tenu d'obéir; et qu'est-ce qu'obéir, si ce n'est pas faire ce qui est légitimement ordonné ? Donc , obéissance de l'action, obéissance si essentielle, qu'il y va du salut , qu'il y va d'une éternelle damnation. Ce que je dis , mes chères sœurs , et ces expressions dont je me sers, quelque fortes qu'elles soient, ne vous étonneront point dans la préparation du cœur où vous vous trouvez, et dans la disposition où je ne puis douter que vous ne vous soyez toujours maintenues, d'exécuter à la lettre tout ce qui vourest prescrit , et de vous y conformer par la pratique la plus exacte et la plus fidèle.

Mais vous allez plus loin, et vous voulez savoir quelles sont les qualités de cette obéissance, qui consiste précisément à pratiquer et à faire. Car est-ce assez d'agir? Je prétends que ce doit être une obéissance prompte et sans retardement, universelle et sans bornes, indépendante de toute con* sidération humaine et sans acception de personne. Appliquez-vous atoutescescirconstances.il n'y en a pas une qui ne renferme une leçon particulière, et qui ne soit comprise dans le point que je traite.

Obéissance prompte et sans retardement : pourquoi? Parce que, dès que Dieu parle, ou par luimême , ou par la boudie de ses ministres qu'il a constitués en sa place, il n'y a point à délibérer ni àdiflférer : toute lenteur alors ne lui peut être qu'injurieuse, et il est de l'honneur et de la grandeur du roattre qui ordonne, d'être obéi sur l'heure, et de oe pas voir dans l'accomplissement de ses volontés le moindre délai. Et en effet, hésiter d'obéir , tarder à obéir, remettre à obéir, c'est faire l'œuvre de Dieu avec négligence, c'est ne s'en acquitter que par une espèce de violence et de contrainte : or, suivant l'oracle et la menace du Saint-Esprit , malheur à quiconque fait négligemment l'œuvre du Seigneur : Maledictw qtU/acUopus Deinegligenter. (Jeaem., 48.) Quel est donc le vrai obéissant? dit saint Bernard. Celui qui ne balance jamais , qui ne réplique jamais, qui ne demeure jamais , qui ne connaît point de lendemain, quand il peut satisfaire dans le jour présent,qui n'attend pas même qu'on lui commande, mais prévient le commandement aussitôt qu'il l'a entrevu, et court au-devant; enfin, qui, par une vigilance continuelle, et transporté d'une sainte ardeur, a toujours les yeux ouverts pour considérer.

toujours les oreilles attentives pour écouter, toujours les pieds levés pour marcher, toujours les mains préparées pour travailler au gré des supérieurs qui le gouvernent, et qui peuvent disposer de lui comme il leur plaît. Que faut-il pour lui faire tout quitter, et pour l'appeler? Le son de la cloche, et le premier son, rien davantage. Ce son de la cloche, c'est pour lui la voix de Dieu; l'a-t-il entendue, il y répond dans le moment; et il la suit, Ut audivU; surgit cito, et venU ( Joan., 11) : ce son de la cloche, c'est le signal qui lui annonce la venue de ce grand maître auprès de qui il doit se ranger; il part dans l'instant et lui va rendre ses devoirs : IJoc signum magni RegU est, eamus. {Offic. Epiph.) Obéit-on autrement dans le monde, et surtout obéit-on autrement dans les cours des princes ? qu'ils aient prononcé une parole , cela suffit; on use de toute la diligence possible, et l'on s'en fait un mérite ; on s'empresse , on se précipite , on vole. Or , ne serait-il pas bien honteux pour nous , mes chères sœurs , de servir notre Dieu avec moins de zèle ? ne serait-ce pas le déshonorer luimême? et comment pourrait- il agréer une sorte d'obéissance que les maîtres de la terre ne comp* teraient pour rien, et dont souvent ils se tiendraient offensés?

Obéissance universelle et sans bornes, c'est-à-dire obéissance qui s'étend à tout, soit grandes, soit petites choses, soit faciles, soit difficiles, soit commodes, soit incommodes, soit praticables, et soit en quelque manière impraticables. Car le même motif de la volonté de Dieu intimée et déclarée par l'organe du supérieur, cette mêmeraison se trouve partout; aussi bien, selon la belle réflexion d'un des plus savants et des plus saints directeurs des âmes religieuses, aussi bien lorsqu'il faut reposer, que lorsqu'il faut veiller; aussi bien lorsqu'il faut parler, que lorsqu'il faut se taire; aussi bien lorsqu'il faut cesser, que lorsqu'il faut commencer; aussi bien lorsqu'il faut prendre quelque relâche et se récréer, que lorsqu'il est question de subir une pénitence et de se mortifier. Tout cela, dis-je, marqué du même sceau , est également du ressort de l'obéissance; et vouloir y faire le moindre retranchement , vouloir user sur tout cela de restrictions , d'exceptions, d'interprétations, c'est entreprendre sur les droits de Dieu, c'est s'attirer sa haine et s'exposer à ses châtiments, ainsi qu'il s'en est expliqué lui-même , quand il nous défend de rien dérober du sacrifice qui lui doit être offert tout entier eXsSiïïSTéstTs^xOdiohabensraplTiaminholacausio. (IsAi., 61.) Mais ce que je retranche n'est rien en effet. Non, si vous voulez, ce n'est rien, à le regarder en lui-même et dans sa substance; mais, dèt que vous le considérerez comme faisant partie di loi qui vous est imposée, comme enfermé idiwfj

SUR L'OfiElSSANCE REUGIEDSE.

gle que Dieu vous a tracée, comme matière et sujet de Tobéissance que vous avez vouée, ce rien vous deviendra respectable et sacré, et vous vous efforcerez de mériter reloge et la récompense de ce bon serviteur de FÉvangile, à qui le Maître dira : Parce que vous avez été fidèle dans les plus légères occasions, et que vous n*avez pas négligé un seul point de tout ce qui vous était marqué, entrez dans la joie du Seigneur : Quia super paucaJuUtl fidcUs, Mra in gaudium Domini tui, (Matth., 25.) Mais cette suite de menues observances , qui se succèdent perpétuellement les unes aux autres, est bien gênante et d'une sujétion bien importune. Il est vrai, et c*est justement en cela qu'est le mérite : voila le joug. Prenez chaque article en particulier, vous n'y trouverez nulle peine; il n'y a que cet assemblage, que cette totalité qui coûte; et autant que vous diminuerez de ce poids, autant devez-vous perdre du prix de votre obéissance. Mais ce qu'on exige de moi m'est insupportable, je ne le puis soutenir. Hé! -*«es chères sœurs, nous sommes-nous donnés à Dieu pour ne rien souffrir, pour ne nous faire nulle violence, pour ne voir en aucune rencontre nos inclinations combattues et contredites? avonsnous promis une obéissance dont nous n'eussions jamais à sentir la pesanteur, et qui ne demandât de nous nul effort? Quelques difficultés que nous ayons à vaincre dans l'obéissance religieuse , y en a-t-ilqui égalent celles qu'on surmonte tous les jours dans l'obéissance militaire? Quoi! pour une couronne corruptible, pour une gloire mondaine, des gens obéissent jusqu'à l'effusion de leur sang, jusqu'au péril de leur vie! que leur exemple au moins nous instruise, et souvenons-nous à qui nous devons obéir, et pourquoi nous devons obéir; que c'est à Dieu que nous devons cette soumission, que le fruit de cette soumission doit être une couronne immortelle : du moment que nous aurons compris ces deux vérités, il n'y aura plus rien qui nous arrête; car c'est ainsi que tout devient possible à rhom me obéissant : Et iUi quidem ut corruptibilem coronam accipiant, nos autem incorruptam, ( 1 Cor., 9.)

Obéissance indépendante de toute considération humaine et sans. acception de personne. Je m'explique : les supérieurs qui nous conduisent peuvent être considérés en deux manières, ou comme hommes , ou comme supérieurs. En tant qu'hommes , ils peuvent avoir des qualités toutes différentes : l'un peut être plus prudent, et l'autre moins éclairé; l'un plus insinuant, et l'autre moins affable; l'un plus saint, et l'autre moins parfait. Mais en tant que supérieurs , ils ont tous le même pouvoir et la même 6, parce qu'ils occupent tous la même place, ; eelle de Dieu. De là je puis bien, à ne les 'çuê parleurs qualités personnelles, et

les comparant comme hommes, estimer l'un plus que l'autre ; mais ce n'est point là ce que je dois avoir en vue qjuand il s'agit de leur obéir . je ne dois me les proposer alors que comme supérieurs , je ne dois avoir égard qu'à leur autorité; et puisque cette autorité est en tous la même, je leur dois par conséquent à tous le même respect et la même obéissance. Règle admirable que nous donne le grand api^tre : Obéissez à vos maîtres ; mais prenez garde comment vous obéirez : car, en leur obéissant, vous ne devez pas les regarder comme des hommes, et votre principale attention doit être, au contraire, de ne chercher pas à leur plaire , ni à leur obéir comme à des hommes, mais comme à Dieu, le souverain Seigneur que vous reconnaissez dans eux, et qu'ils vous représentent : Non sicut hominibut placentes, sed ut Domino servientes. (Ephes.^ 6.) Suivant ce principe, à quels maîtres le christianisme nous oblige-t-il de rendre obéissance ? Souvent à des maîtres vicieux, impies, libertins; à des maîtres durs , cruels , impitoyables ; à des maîtres sans probité, sans équité, sans lumières, sans talents : fussent-ils mille fois encore plus déréglés et plus imparfaits , saint Paul veut qu'avec l'œil de la foi nous découvrions dans leurs personnes Jésus-Christ même, et que dans leurs personnes, quels qu'ils puissent être , nous obéissions à Jésus-Christ milme. Voilà , si nous sommes chrétiens , notre devoir : Do» mino Christo seroite. {Colos.^ 8.) Si donc, à plus forte raison , je suis religieux , que m'importe à qui j'obéis , et en quel examen ai-je droit là-dessus d'entrer ? n'est-ce pas assez pour moi qu'un supérieur, qu'une supérieure ait parlé; et que reste-t-il autre chose que d'exécuter l'ordre que j'ai reçu, eomme étant l'ordre du Seigneur? Domino servientes, (nom., 12.)

Telledoit être, mes très-chères sœurs, cette obéissance d'exécution : telle a été l'obéissance du divin Époux que vous avez choisi. Il ne s'est pas eontenté de vous faire des leçons sur une des vertus les plus nécessaires dans toutes les sociétés, il a voulu vous en donner l'exemple; et pour renverser tous les prétextes de la nature indocile et ennemie de la gêne, pour lever tous les obstacles qu'elle formerait et qui pourraient étonner votre faiblesse, il a voulu , par son exemple, vous exciter et vous fortifier. Car, sans autre motif, il doit me suffire ici de vous mettre devant les yeux cet exemple d'un Homme- Dieu : tout Dieu qu'il était, il a obéi; et quels ont été les caractères de cette obéissance de mon Sauveur? voilà ce que je me demande à moi-même, ou pour m'instruire et m'édifier, ou pour me confondre et me condamner : reprenons , et suivez-moi.

Obéissance la plus prompte. Dès le moment de son incarnation , il s'est fait une loi inviolable d'accomplir la volonté de son Père : loi écrite pour lui

SUR rOBÉISSANCE RELIGIEUSE.

il télé du livre, c*est-à-dire, loi qu'il a observée et l^aeU« il s'est soumis dès le premier instant de ifie mortelle; serevêtaotdenotrechair pour obéir la volonté de son Père, se chargeant de toutes « infirmités pour obéir à la volonté de son Père, £dsant la victime de notre salut pour obéir à la lonté de son Père : car c'est ainsi qu'il s'en est pliqué par son prophète : M capite Ubri scrip' n est de me utjacerem, Deus, voluntaUm tuam. talm. 39.) Obéissance la plus universelle et la li eomplète. Comme il était venu, non pour dédre la loi , mais pour Téta'blir, avee quelle exactile ne Fa-tril pas gardée? en a-Vil omis une lettre? UiUiuannanprmUfibUale^.(MATTm.,S.) Mais eore quelle était à son égard cette loi qu'il a reme dans toute son étendue? à quoi l'engageait-elle , josqu^à quel point s'est-il fait obéissant ? Ah ! mes ers sœurs, plaignons-nous de la rigueur de nos servances, et prévalons-nous de dispenses imagiires et préteiûlues, lorsque nous voyons notre ea obéir jusques à prendre la forme d'un esclave , fir jusqu'à la mort de la croix : Foetus obediens fm ad moriemj tnortem autem crucis. ( Philip., lEnfin, obéissance sans distinction des personnes, sans attention à leurs bonnes ou à leurs mauvaises lalités, à leurs perfections ou à leurs défauts, à irs vertus ou à leurs vices. Il s'est soumis à Mas, toute sainte, et il s'est soumis à Hérode, le plus ipie et le plus barbare des hommes ; il s'est soumis Joseph, simple artisan, mais du reste, plein de Kgion et de mérites; il s'est soumis à Auguste, ipereor de Rome, mais idolâtre et païen ; que dis- ? n'a-t-il pas obéi aux juges qui le condamnaient , K soldats qui l'outrageaient, aux bourreaux qui le ■eifiaient? Quel modèle pour nous, mes chères sors! étudions-le, méditons-le souvent, et, par le otile comparaison , apprenons ce que nous detts Élire, et humilions-nous de ne l'avoir pas ente assez Élit jusqu'à présent.

GrAees à la Providence, qui veille spécialement xeette maison,je sais que la règle y est en vigueur, que l'obéissance s'y maintient. Je sais qu'il ne f trouve point de ces âmes inflexibles qu'on ne peut icr, et qui n'ont de l'état religieux que la clôture que rhabit. Je le sais , et vous ne pouvez trop bér le ciel de n'avoir point au milieu de vous de ces aodales qui causent tant de désordres dans les «munautés; esprits intraitables, que des supé- Bors sont quelquefois obligés d'abandonner à eux- (OMS, parce qu'ils ne peuvent rien obtenir d'eux les réduire à rien. lion , mes chères sœurs , vous avez point de tels objets devant les yeux, et, si t rose dire, vous n'êtes point infectées de cette SDtagion. Mais après tout, dans les maisons même ù se conserve toujours un certain fonds de régula^ ité, l'obéissance, en mille occasions et en mille

BOQBDALOOB. — T. m.

sujeU particuliers , ne laisse pas de recevoir bien des atteintes. On obéit, mais lentement : de tout ce qu'on fait et qu'on doit faire, on ne fait rien dans le temps précis, on ne fait rien qu'à Fextrémité, on ne fait rien que lorsqu'il n'y a plus à reculer ni à remettre. Une fille est la dernière à tout ; et si l'on voulait se conformer à ses heures, il faudrait changer toute la discipline religieuse, et en former une nouvelle : encore ne s'y rendrait-elle pas plus assidue et plus diligente ; et c'est assez qu'une chose soit de la règle et du devoir de l'obéissance, pour qu'elle y apporte des retardements infinis, et qu'elle diffère toujours à s'en acquitter. On obéit, mais imparfaitement; on ne fait qu'à demi ce qui est prescrit. On veut bien s'assujettir à telle et telle pratique, mais on néglige cette autre , parce qu'elle paraît trop légère, et qu'elle n'est bonne, dit-on , que pour des commençantes et pour des novices. On veut bien accepter tel et tel emploi , où Ton n'est pas destiné; cet autre où l'obéissance nous destine, c'est justement celui dont on s'excuse, parce qu'on prétend qu'il est trop pénible et trop fatigant : parce qu'on se persuade que la santé y sera intéressée , qu'on n'en pourra soutenir le travail ; parce qu'on se figure, chacun selon son idée, mille causes de refus qu'on est éloquent à exagérer et à faire valoir. De là tant d'allées et de venues, tant de remontrances à une supérieure, qui se voit enfin comme obligée de se rendre, etdecéder à l'importunité de ces longues et ennuyeuses représentations. On obéit, mais pourquoi ? C'est qu'on estime cette supérieure, c'est qu'on lui est plus étroitement attachée , c'est qu'on lui trouve un air et des manières qui la font goûter davantage et qui plaisent; c'est qu'elle a des dispositions naturelles, une habileté, une sagesse, des talents qui préviennent en sa faveur, et qui lui attirent la confiance. Une autre n'est pas pourvue des mêmes dons, et l'on ne découvre dans elle qu'un mérite très-borné : on la méprise intérieurement , et ce mépris de la personne porte au mépris de tes ordres : comme si c'était aux personnes qu'on doit obéir, et non pas à Dieu dans les personnes, de quelques vertus qu'elles soient douées, ou quelques défauts qu'on y puisse remarquer. Obéissons, mes chères sœurs, mais obéissons religieusement , c'est-à-dire , obéissons pour Dieu et en vue de Dieu. Dès que vous aurez cette vue de Dieu, il vous sera indifférent d'obéir à celle-ci ou à celle-là : et de même qu'en matière de foi nous ne devons être précisément, ni à Pierre, ni à Paul, mais à Jésus-Christ, ainsi, en matière d'obéissance, vous ne ferez nul discernement des supérieures ; vous les écouterez toutes avec la même docilité; vous exécuterez ce qu'elles vous ordonneront avec la même exactitude; et, sans vous contenter de l'obéissance d'action, vous y ajonteres robéissaiioe de volonté.

Page 1