‹ Œuvres de Bourdaloue (volume 2)Chapitre 80 sur 408 · SUR L'OBÉISSANCE RELIGIEUSE · texte numérisé non relu

SUR L'OBÉISSANCE RELIGIEUSE

jours vos ordres avec soumission, et j'y attacherai mon cœur. Oui, nous l'avons dit; mais combien de vous Pont peut-être oublié? combien n'y ont plus pensé? combien dans la pratique Font rétracté? combien se sont accoutumées à faire leur volonté, et à vouloir qu'on fît leur volonté? Au lieu de dire à une supérieure, dans un plein abandonnement d'ellesmêmes : Que voulez-vous que je fasse? Quidme vis facere{Acty 9)? combien Ton! réduite à leur dire, par une condescendance forcée : Puisque rien ne vous contente, expliquez- vous donc, et marquez-moi comment vous prétendez que je me comporte à votre égard .* Quidtibi visfaciamf (Luc, 18.)

Quoi qu'il en soit, mes chères soeurs, comme il n'est rien de plus héroïque ni de plus grand devant Dieu qu'un entier assujettissement de la volonté, aussi n'est-il rien communément de plus rare. Car qu'est-ce souvent que notre obéissance? faisons-en dans le fond de nos âmes l'humble confession. Ce que c'est? une obéissance de politique, une obéissance de respect humain , une obéissance contrainte , une obéissance d'habitude, une obéissance d'artiGce, ou d'une espèce de violence. Vous me pardonnerez toutes ces expressions; et, sans vous scandaliser des termes, vous vous arrêterez aux choses qu'ils expriment, et vous vous appliquerez ou à les corriger, ou à vous en préserver. Obéissance de politique : on veut être en grâce auprès des supérieurs et des supérieures , on veut par là s'établir dans un certain crédit; on a ses vues pour l'avenir, on a ses jntérêts à ménager : et c'est pour cela qu'on se rend si souple, si flexible, et que, passant même les bornes d'une dépendance raisonnable, on va jusqu'à la flatterie et à la servitude. Obéissance de-respect humain : on ne veut pas se distinguer des autres , ni faire parler de soi dans une maison ; on estbien aise de s'y conserver la réputation de fille régulière et sage ; et dans cet esprit on garde tous les dehors de l'obéissance , sans en avoir les sentiments. Obéissancede contrainte : on n'aime pas à recevoir des avis, et l'on est sensible aux répréhensions, on les craint , et Ton se captive pour les éviter; c'est-à-dire, mes chères sœurs , qu'on se réduit à l'obéissance la plus indigne de vous, et selon le monde, et selon la religion. Selon le monde (car je puis ici vous rappeler les idées mêmes du monde).: Ré quoi! étiez-vous donc nées pour vous avilir de la sorte, et pour vous abaisser jusqu'au rang des serviteurs que la crainte fait obéir? Selon la religion : malgré les engagements qui vous y attachent, n'est-ce pas un état de liberté , je dis de ia sainte iiberté de l'Évangile? et si vous êtes liées , n'est-ce pas , comme saint Paul , dans le Seigneur et par amour pour le Seigneur? f^inctus in Domino. [Ephes., 4.) Obéissance d' artifice : 00 a des patrons qu'on interpose, on a des I ou des prétextes spécieux dont on s'auto-

rise, on a des manières insinuantes, desdéférencn et des soumissions étudiées : tout cela , pourquoi? pour obéir, à ce qu'il parait; mais réellemeat et dans la vérité, pour faire tout ce qu'on veat, et ne rien faire de tout ce qu'on ne veut pas et qn'on devrait voulohr. Enfin, obéissance que je traite de violence, et qui l'est en effet : il y a quelquefois de ces esprits hauts et obstinés , sujets aux éclats dans une communauté, et devenus redoutables, ai jel'oie dire, aux supérieures qui, par sagesse, let épargnent et s'accommodent, pour ne les pas ehoqoer, à toutes leurs idées. Ils sont disposés à obéir, oo lis se vantent de l'être; mais à cette condition, qo'oo ne leur imposera point d'autre loi que eelle qa'tla auront eux-mêmes dictée.

Concevons mieux, mes chères sœurs, le devoir de l'obéissance. Le prophète disait : Si vous cherchez le Seigneur, cherchez-le véritabiement, 5i quœritis, quserite (Isai., 21); et moi je tous dis : Si vous obéissez , obéissez religieusemenL Que le Seigneur, qui vous a rassemblées dans sa sainte maison , vous donne à toutes un même esprit pour l'honorer, et pour exécuter ses ordres d'un grand cœur et d'une pleine volonté : Det vobis cor tontm tU cokUit eum, et faciatis voiuntatem eju$ corde magno et animo volenti. (2. Mach., 1.) Ayex la consolation de pouvoir vous rendre le même témoignage queVrésus-Christ se rendait : Je fais toujours ce quf platt à mon Père et à mon Dieu : Qnxpki' ciiasuntei,faciosemper[Jokff.^ 8): il ne tient qu'à vous, et c'est un des plus grands ayantages de la profession religieuse. Depuis le matin jusqu'au soir, toutes vos actions sont réglées par robëissance ; il n'y eu a pas une qui ne soit marquée du sceau de la volonté de Dieu : de sorte que voua n'avez pas un moment dont vous puissiez disposer selon votre volonté propre. Si quelquefois elle se révolte, si elle munnure, répondez-vous à vouamême : N'ai-je &it vœu d'obéir que pour TÎTre et pour agir en tout à mon gré? Fallait-il un vœu pour cela ; et si mon vœu se bornait à cela , en quoi serait-il saint? Que la propre volonté cesse, dit saint Bernard, et qu'on y substitue la volonté de Dieu, il n'y aura plus d'enfer, parce qu'il n'y aura plus de péché. Cette volonté propre, poursuit le même Père, est un mal bien pernicieux , puisqu'elle enlève même à nos bonnes œuvres leur mérite et leur bonté : Grande malum propria volunttu, qtta JU tdbona tua non sint Ubi bona. Au contraire, l'obéissance relève tout, sanctifie tout, perfectionne tout ; j'entends une obéissance , non-seulement d'action et de volonté, mais de jugement, ainsi qu'il me reste à vous l'expliquer dans la troisième partie.

SUR L'OBÉISSANCZ RELIGIEUSE.

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